PRODUIT
de la retenue pour l'année.
D^PBKSBS
administratives
pour l'année.
SOMUB
des dépôts
au 31 décembre.
1,720,154 fr.
1,686,868 fr.
499 millions
Cette amélioration de fortune des Caisses d'épargne de France est surtout remarquable dans les départements où les Caisses d'épargne scolaires ont été d'abord établies et en plus grand nombre : ce qui autorise à dire que déjà les Caisses d'épargne scolaires font la fortune des Caisses d'épargne, sans parler de l'avenir qui recevra par les Caisses d'épargne scolaires une génération nouvelle profondément améliorée, une plus large clientèle de déposants adultes, fructueux pour les Caisses d'épargne. Il importe que les instituteurs, les autorités scolaires, tes w^es notabilités locales, puissent préseûter ces arguments d'expé*
rience aux administrateurs des Caisses d'épargne ; et Ton ne saurait trop insister sur ce point, sensible à ilntérôt personnel, à Tintérôt légitime, de ces administrations.
4. Perfectionnements proposés, — S'il faut préserver les Caisses d'épargne scolaires des altérations inspirées par des intérêts privés mal entendus, il ne serait pas bon d'écarter absolument toute suggestion nouvelle : toute œuvre bumaine est perfectible; seulement il convient de n'admettre les combinaisons nouvelles qu'avec réserve, et surtout après s'être assuré qu'elles se déduisent bien de l'esprit de l'institution.
Ainsi, nous recommandons la combinaison des bons points-centimes ^ qui a été expérimentée d'abord, en 1875, à l'école communale de Sannois (Seine-et-Oise), et qui s'est ensuite propagée avec un môme succès dans diverses parties de la France.
Ces bons points-centimes sont ordinairement donnés par les conseils municipaux ou les personnes bienfaisantes qui avaient coutume autrefois de donner aux élèves méritants, le jour de la distribution des prix, des livrets de Caisse d'épargne gratifiés de cinq, dix ou vingt francs. C'est une transformation ingénieuse et plus efficace des dons de livrets de Caisse d'épargne aux écoliers.
Voici le mécanisme : l'instituteur reçoit la somme allouée; il l'aménage pour dix mois ou pour quarante-quatre semaines. Et, dans le cours de chaque semaine ou de chaque mois, il distribue aux élèves méritants la quantité de bons points^centimes dont la valeur est disponible pour la période.
Ces bons points-centimes sont de : un centime, dix centimes, vingtcinq centimes et cinquante centimes. Bien peu coûteux sont les frais pour la confection et l'impression de ces petits cartons qui remplacent d'ailleurs les anciens satisfecit.
Chaque carton est d'une couleur différente, suivant la valeur qu'il représente; il porte une inscription dans ce genre :
École communale de Bourgneuf.
1 bon point = 1 centime.
Les bons points-centimes 4élivrés aux élèves se réalisent chaque mois, quand Tinstituteur prépare son bordereau de la Caisse d'épargne scolaire. A ce moment, les élèves sont invités à présenter leurs bons points -centimes; pour chaque élève, l'instituteur inscrit la somme
comme un dépôt ordinaire qui serait fait en espèces à la Caisse d'épargne scolaire ; et, de pins, 11 la note snr nn Jaunud spécial des bons points payés, qui Ini sert de comptabilité et de contrôle.
A la fin de Tannée scolaire, i la distribution des prix, Tinstituteur fait sur son Journal des bons points payés le leleyé des bons points gagnés par chaque élève; et la liste de ces totaux annuels de récompenses quotidiennes e^ lue au palmarès. Cette liste, ainsi publiée, constitue d'ailleurs une sorte de c<Hnpte rendu public de la gestion du fonds alloué.
Pour une école de deux cents élèyes, la somme allouée pour Tannée est ordinairement de 100 fr.
Voici les avantages et le bienfait de cette pratique, d'après Texpérience :
Le bon point-cenlime, remplaçant Tancien satisfecit, rehausse la récompense par une valeur réelle. L'autorité du maître en est accrue, soit aux yeux de Tenfant, soit aux yeux des parents, qui prennent dès lors plus d'intérêt à la bonne conduite, à l'exactitude et au travail de Télève en dehors de la classe.
Les bons points-centimes remplacent en détail et au jour le jour la récompense autrefois donnée en gros une fois Tan sous la forme d'un livret de Caisse d'épargne de cinq francs ou plus ; ils rendent plus sensible à Télève la récompense accordée à ses mérites ; ils rapprochent la récompense de chacun des actes méritoires, suivant l'esprit à courte visée de Teofant; et les mérites de l'écolier sont d'ailleurs ainsi récompensés deux fois : au jour le jour, presque à Tinstant de chaque acte louable; et, ensuite, à la fin de Tannée, à la distribution des prix, par un rappel d'ensemble des centimes gagnés pendant les dix mois scolaires, quand le palmarès publie la liste des élèves gratifiés de bons points et les sommes gagnées par chaque d'eux dans tout le cours de Tannée.
5. Les Caisses d'épargne scolaires à tétranger, — Les rapports officiels des parlements d'Angleterre, d'Autriche-Hongrie et d'Italie nous font connaître que le succès des Caisses d'épargne scolaires de France a excité, à l'étranger, l'intérêt et l'émulation des hommes d'État et des personnes soucieuses des progrès sociaux. En Angleterre, le Post-Office, en 1876, a pris à sa charge les frais des imprimés et môme de notices pour la propagande. En Italie, la loi du 27 mai 1875 sur les Caisses
d'épargne postales a accordé des priyiléges et ménagé des primes pour les directeurs des écoles qui auront coopéré le plus efficacement aux Caisses d'épargne scolaires, surtout en considération du « bon effet éducatif obtenu ». En Autriche, un membre du parlement, M. le docteur Roser, secondant l'œuvre d'une Société générale (Sparverein fur Kinder), s'est dévoué depuis 1877 à doter les écoles de son pays de ce nouveau service ; et en Hongrie, M. le conseiller royal Franz Weisz, président de l'Académie commerciale, a pris à cœur de réaliser le vœu testamentaire de son ami Franz Deak. Même mouvement en Allemagne et dans les autres pays du Nord, en Espagne et en Portugal. Le souverain du Brésil a rapporté l'idée et l'institution de son récent voyage d'Europe ; et aux États-Unis, M, Townsend, de New-York, vice-président de la plus importante de toutes les Caisses d'épargne d'Amérique, disait tout récemment au Congrès des institutions de prévoyance, comment il avait introduit la question en Amérique : « En m' autorisant des heureuses expériences des pays d'Europe, notamment de la France, j'ai recommandé cette institution, cette nouvelle branche d'éducation populaire, dans mon mémoire lu au congrès de l'Association américaine de la science sociale, à Saratoga Springs, le 6 septembre 1877, et j'ai lieu de croire que mes paroles ont été bien entendues. «
En nous adressant aux instituteurs, nous pensons nous adresser aussi aux institutrices. Dans la prévoyance, les femmes ont un rôle peut-être plus considérable encore que les hommes. Dans les ménages d'ouvriers et d'artisans, c'est la femme qui est chargée de faire et de régler la dépense dans les détails ; c'est donc elle surtout qui peut faire les économies courantes ; c'est elle qui peut aussi, par le menu, amasser les sommes nécessaire» aux grosses dépenses éventuelles ou périodiques, loyers, vêtements, approvisionnements, etc. Et c'est pourquoi un vieil adage dit que la femme ruine ou élève la maison. Il est donc de la première importance de former les jeunes filles aux habitudes d'ordre, d'économie, de prévoyance.
Suivaat nos eonseild, nos Caisses d'épargne scolaires de France sont aussi bien répandues dans les écoles de filles que dans les écoles de garçons. Et, en 1876, le gouvernement anglais, revisant le Code de l'éducation de 1870, et voulant introduire l'enseignement régulier de l'épargne dans les écoles, a commencé par inscrire les SavUig Banhi daafi le ptogromme des écoles de filles.
Observation intéressante autant qu'honorable pour de corps de renseignement de France : A la différence de ce qui s'est vu en quelques pays étrangers, les instituteurs en France se sont montrés les coopérateiirs les plus empressés et constamment dévoués pour les Caisses d'épargne scolaires ; dans un grand nombre de départements, les inspecteurs d'académie et les inspecteurs primaires ont pris l'initiative et ont rencontré d^ns les instituteurs un concours franc et soutenu. Dans aucune localité de France, — le fait mérite d'être noté ici, — les autorités scolaires n'ont refusé d'accueillir et de favoriser cette nouvelle branche d'éducation, laissée pourtant à leur libre vouloir. Quand les inspecteurs d'académie, les inspecteurs primaires ou les instituteurs ont résisté, c'est seulement dans les localités — heureusement très-peu nombreuses — où certaines Caisses d'épargne, mal inspirées, ont voulu imposer aux instituteurs des procédés défecteux ou dangereux, contraires à la Méthode, c'est-à-dire de fausses Caisses d'épargne scolaires ; et, à l'occasion, nous avons nous-môme encouragé cette sage résistance. Mais, nulle part, en France, un membre de l'enseignement ne s'est refusé à servir la vraie Caisse d'épargne scolaire.
Il est juste aussi de reconnaître que, sauf quelques rares exceptions que nous avons dû indiquer ici, mais sans les nommer, les administrateurs de nos Caisses d'épargne se sont faits les patrons dévoués, souvent les promoteurs, de l'institution nouvelle, et plusieurs dès le début môme de notre entreprise d'amélioration nationale. Nous serons heureux de leur rendre cette justice dans VHistoire générale des Caisses d'épargne, que nous préparons, en mettant en œuvre nos études et nos travaux de missions en France et à l'étranger depuis dix ans. Le devoir nous sera doux de nommer alors tous les hommes d'inteUigence et de cœur qui ont concouru à cette œuvre de rénovation sociale, à cet effort heureux de relèvement national, dont nos Caisses d'épargne, comme nos conseils généraux et nos municipalités, peuvent revendiquer une bonne part.
A cet ordre d'améUorations sociales se rattache l'institution des Bureaux d'épargne des manufactures et ateliers^ fondée en France en 1876, et -expérimentée avec succès, d'abord dans les manufactures de l'État. Ce sera l'objet d'un prochain article.
Manoyyimp. Berger-LevrauU et G>«.