Absinthe et Absintheurs , par Henri Dalesta
mulations fibrillaires des lèvres, de la langue et des muscles de la face ; la perte des cheveux, les rides et les caractères de la caducité. »
Nous l'avons dit et nous le répétons : les résultats moraux d'une semblable passion sont encore plus na\Tants et plus désastreux que les désordres physiques qu'elle produit. Elle tue l'intelligence comme le corps, elle mine l'âme aussi bien que la santé. Le chemin des débits d'alcool, quelle qu'en soit la forme : rhum, eau-de-vie, absinthe, genièvre, etc., n'est pas seulement celui de l'hôpital et du cimetière, c'est encore , c'est surtout le chemin de la cour d'assises et du basne.
les femmes pieuses de la maison de France. — Leur influence dans la société moderne. — Coup d'oeil sur leur histoire. — Une Vie de Madame Louise, fille de Louis XV, par une religieuse de sa communauté.
Il y aurait tout un livre à écrire sur l'action exercée dans les sociétés modernes par les femmes pieuses de la Maison de France. Gibbon et, après lui, Joseph de Maistre, ont écrit que la France a été faite par les évêques. M. le comte de Montalembert a prouvé, récemment encore, que les disciples de saint Benoît ont le droit de réclamer une large part dans la formation de notre nationalité. Les uns et les autres auraient pu ajouter que les prélats comme les moines ont eu pour auxiliaires, dans cette œuvre immortelle, les femmes, les sœurs, les fdles et les mères de nos rois, la plupart des reines et des princesses qui, de sainte Clotilde à la duchesse d'Angoulème; d'Albollède, sa-urde Clovis, à Clotilde de Sa-
voie, sœur de Louis XVI ; de Madame Isabelle , la fondatrice de Longchamp, à Madame Louise, la supérieure de Saint-Denis, ont été des modèles de vertu, de sagesse et de sainteté. Il semble que la loi salique, en reléguant les femmes sur les marches du trône, à l' arrière-plan de la politique, et en leur refusant l'exercice direct et apparent de la souveraineté, ait eu pour effet d'accroître leur puissance secrète, leur influence cachée, mais irrésistible et féconde sur la marche des faits qui constituent notre histoire. Les rois barbares ont été domptés par le seul ascendant de leur douceur et de leur foi. Attirés par les rayons de grâce et de pudeur qui illuminaient le front de leurs royales épouses, ces rudes guerriers se sont vus enchaînés à la vérité évangélique et transformés en soldats du Clirist au moment où ils croyaient ne suivre que l'attrait de leur cœur et n'accepter d'autre empire que celui de la beauté. Il serait curieux et attachant d'étudier à travers les âges les diverses manifestations de cette mission providentielle dont le point de départ remonte ù celle qui a jeté les fondements de la France monarchique et chrétienne. En conduisant au baptistère de Reims le Sicambre adouci, sainte Clotilde a renversé la domination hérétique des rois visigoths et burgundes au profit de la monarchie des Francs, et elle a constitué la puissance mérovingienne au profit de la vé-
FEMMES PIEUSES DE LA MAISON DE FRANCE. 3oO
ritable Eglise. Ce jour-là fut accomplie l'alliance du catholicisme et de la France, de la papauté et de la monarchie, alliance féconde qui, pendant quatorze siècles, a fait la force de la chrétienté et a été l'honneur de nos rois.
Depuis lors, un nombre presque incalculable de reines et de princesses ont marché sur les traces de sainte Clotilde et poursuivi son œuvre. Cependant, chose étrange et significative, c'est à peine si les historiens connaissent leurs noms. Tout au plus tiennent-ils compte des pieuses légendes de sainte Radegonde et de sainte Bathilde. Les plus érudits vont jusqu'à saluer en passant la reine Ultrogothe, femme de Childebert, et cette Gales-svinthe dont la mélancolique et douce figure « traversa la barbarie mérovingienne comme une apparition d'un autre siècle ' . » Mais, pour la plupart, ils ne se doutent guère qu'une floraison magnifique et toute céleste est sortie de la tige royale arrosée par la main de saint Remy'. Aussi, tandis qu'ils consacrent des volumes à redire la sanglante histoire des Brunehaut et des Frédégonde, se taisent-ils sur les Clotilde^, les Andouère,