‹ Les signes du tempsChapitre 87 sur 148 · EUGÈNE DELACROIX · texte numérisé non relu

EUGÈNE DELACROIX

Dix-sept tableaux. Bien que la plupart de petite dimension, ils peuvent suffire à apprécier les qualités et les défauts de ce maître, un des plus discutés de l'école moderne. Nul n'a excité plus d'enthousiasmes ni plus de colères, plus d'admirations de parti pris ni plus de dédains atfectés, et l'on sait que cette destinée n'est pas d'ordinaire réservée aux hommes médiocres. M. Delacroix est le Victor Hugo delà peinture : même richesse de palette, même éclat, môme puissance d'effets. La Pri.se de Constantinopley le Giaour et le Pacha, le Chef arabe,

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le Lion et le Tigre, le Lion déchirant le corps d'un Arabe, sont des pages détachées des Orientales. Cela vit. Mais, tandis que le poëte se montre très-préoccupé de dessin et de style, que chez lui l'idée aime à revêtir une forme précise et en quelque sorte ciselée et sculptée, l'œuvre du peintre n'offre que des lignes indécises et des contours vagues; les figures ne présentent nul relief, nulle science de dessin, elles n'ont pas forme humaine. C'est un chaos. Passons sous silence les toiles religieuses. Malgré de nombreuses commandes officielles, M. Delacroix n'est et ne sera jamais un peintre religieux dans le sens catholique du mot : il n'a pas l'intelligence des sacrés mystères. Non, ce type d'une rare vulgarité n'est pas celui du Sauveur dont la radieuse figure apparut aux disciples d'Emmaiis au moment de la fraction du pain. Non, ce ne sont pas là les saintes femmes qui pleuraient aux pieds du Crucifié, et dont la douleur immense, mais contenue, avait l'auréole de la résignation; les saintes femmes de M. Delacroix sont des convulsionnaires, et, en les regardant, on se croirait au cimetière de Saint-Médard.

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