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LEYS

C'est un descendant direct des vieux Flamands, un peintre arcliéologique dont les œuvres ne ressemblent guère à ce qu'on voit dans les ateliers d'aujourd'hui. Pour leur trouver un terme de comparaison, il faut remonter au moyen âge, aux manuscrits rehaussés d'or et d'azur où s'étalent dans leur raideur un peu magistrale des prélats et des

moines, des bourgeois enveloppés de fourrures, des jeunes filles au long corsage et aux doigts effilés, etc. Les deux tableaux que nous avons sous les yeux offrent des scènes du seizième siècle : Un Prêche et Albert Durer à Anvers. Le Prêche est retracé avec un pinceau dramatique trempé dans les ardentes couleurs des premiers historiens protestants. Albert Durer est admirablement peint , avec intelligence, avec science surtout. Les costumes, les meubles, les types de la renaissance , revivent avec une fidélité merveilleuse sur ces deux toiles, que l'on étudie avec satisfaction et que l'on ne quitte qu'à regret. M. Leys est un reconstructeur; il est doué de facultés assimilatrices de premier ordre; ce n'est point un créateur ni un inspiré. Voltaire disait : « Quand on imite, il faut tuer son homme. » M. Leys a, je le répète , beaucoup imité les Flamands primitifs , mais le vieux Van Eyck est toujours vivant.

MEISSONMEll.

La faveur du public reste acquise à ces toiles lilliputiennes, à ces petites scènes qu'on est forcé de contempler à la loupe pour en pénétrer le détail. La foule les entoure et elles deviennent inabordables dès que la salle se remplit. Eii bien, dussent les partisans exclusifs du grand art m'écraser sous leurs dédains, je trouve que la foule n'a pas tort. Assuré-

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ment nous sommes loin ici des hauts sommets de Pécoie académique, de l'art nu et drapé, mais nous demeurons à une distance à peu près égale de l'école réaliste, bien que certains écrivains aient, dans des pages peu réfléchies, assimilé l'art de M. Meissounier à celui de M. Courbet. On a dit : Ce sont là des scènes sans idéal , sans intérêt, dont tout le mérite consiste dans une reproduction minutieuse et qui n'exigent aucun eti'ort de pensée. Je ne saurais souscrire à un tel jugement. Ce que se propose M. Courbet, c'est la représentation exacte et purement matérielle de la nature dans toute sa laideur, dans toute sa grossièreté. Plus elle est vulgaire et plus elle attire son pinceau. M. Meissonnier prend aussi son point de départ dans la nature , dans les scènes de la vie familière, mais comme il sait les transformer et les embellir !

Voyez, par exemple, son Jeune homme relisant son manuscrit : l'artiste n'a eu garde de le placer dans le milieu réaliste et très-prosaïque de la vie contemporaine; revêtu de l'élégant et gracieux costume du dix-huitième siècle, il habite une chambre dont toute la disposition intérieure, les meubles, les tapisseries, exhalent la poésie du passé, le parfum des jours disparus. Une lumière douce et discrète descend sur une table de travail encombrée de livres et de portefeuilles, de crayons, de plumes, de tous les

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instruments de la pensée. Oh ! les délicieux petits volumes ! qu'ils sont provoquants avec leur reliure de parchemin et leur tranche rouge, et qu'il doit faire bon vivre avec eux, loin des hommes et du monde, dans cette solitude studieuse ! Aussi le jeune auteur ne s'inquiète guère, je vous assure, des bruits du dehors. Il est tout à son affaire, je veux dire à son manuscrit, qu'il lit et qu'il repasse con amore, et que , j'en suis sûr, il admire avec la naïve sincérité d'un écrivain novice. Le regard s'arrête avec complaisance sur tous les recoins de ce charmant réduit, sur les divers détails de cette petite scène , où tout est propre, coquet, délicat et fin. Le jeune homme est rasé de frais, poudré, frisé; il a jabot et manchettes; il ressemble à M. de Buftbn traçant les premières pages de ses écrits.

Si M. Courbet avait eu à traiter un sujet pareil, il n'eût pas manqué de nous donner en spectacle un membre de la Société des gens de lettres composant,- en manches de chemise et les pieds sur le manteau de la cheminée, quelque gros mélodrame aussi débraillé ({ue lui. Il eût fait du réalisme, tandis que M. Meissonnier exprime sur la toile tout l'idéal que peut renfermer le sujet qui s'ortVe à son pinceau; il sait envelopper les scènes les plus communes, les plus vulgaires objets , d'une atmosphère qui les transfigure en les épurant. Après cela je suis

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forcé de convenir qu'il n'est guère porté à choisir ses sujets dans une sphère élevée et que, s'il brille par une qualité, ce n'est point par l'imagination. Toute sa galerie ne représente guère que le même jeune homme, lisant le même livre, fumant la même pipe ou mangeant le même déjeuner.

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