LA PEAU ET LES POILS DU CHIMPANZÉ
qu'ils montrent chez le mâle (1). Les mains et les pieds des femelles sont aussi plus étroits et plus grêles. Chez la femelle jeune les rapports corporels décrits ici se montrent à un degré atténué, correspondant, si je puis dire ainsi, à l'état enfantin. Ces femelles peuvent d'ailleurs devenir des créatures très puissantes et très courageuses. C'est ce que prouva entre autres un spécimen qui prospéra admirablement pendant de longues années au jardin zoologique de Hambourg, grâce aux soins fidèles du vieux Siegel (2).
La peau du Chimpanzé a une teinte carnée spéciale, claire, mais très terne. Cette teinte tire fortement sur le brunâtre. Beaucoup d'individus présentent sur différents points du corps, mais surtout sur le visage, le cou, la poitrine, le ventre, les bras et les mains, les cuisses et les jambes, plus rarement sur le dos, des taches plus ou moins grandes, plus claires ou plus foncées, isolées ou rapprochées par groupes, de couleur brun noirâtre ou bistre ou passant au noir bleuâtre. Dans le visage, la coloration carnée qui passe, peu de temps après la naissance, un peu au jaune brunâtre, prend graduellement une teinte plus foncée à mesure que le corps se développe. Le revêtement pileux du Chimpanzé est formé de poils lisses ou un peu ondulés par-ci, par-là. Les poils dominants ou jarres sont le plus souvent raides et élastiques. Sur la tète, les cheveux sont partagés par une raie, et cela parfois avec la même régularité que s'ils avaient été frisés artistement (ûg. 6). Immédiatement en arrière de la région dans laquelle les deux arcades orbitaires très voûtées, confluentes le plus souvent chez le gorille, arrivent à se toucher, il se développe chez cet animal de très bonne heure un espace parsemé d'un petit nombre de poils ou même complètement chauve. Autour du visage les poils croissent et s'insèrent à la manière d'une barbe. Sur la nuque ils atteignent 60 ou 80 ou même 100 mm . Ils tombent également en longues touffes sur les épaules, le dos et les hanches. Le revêtement pileux des membres est moins long ; sur le bras les poils sont dirigés en bas, sur l'avant-bras en sens inverse et même un peu en avant et en arrière, car souvent ils sont partagés par une raie longitudinale suivant la ligne médiane de la face interne de cette partie
{\) Voy. Hartmann, Der Gorilla, fig. n° 8. C'est incontestablement une des meilleures figures du Chimpanzé, pour les détails de la conformation, de l'expression et du maintien.
(2) Voy. id., fig. n° 7, p. 27, .représentant l'animal de Hambourg d'âge moyen En outre, dans le môme ouvrage, fig. 6, représentant la féroce Paulina de l'expédition allemande au Loango. Dans la légende de cette figure l.c, p 25, on trouve par suite "d'une abominable faute d'impression, l'épithète de mâle au lieu de T emelle.
des membres. Sur le dos du poignet, ils forment une sorte de tourbillon. A partir de celui-ci les poils supérieurs se recourbent en haut et en arrière, les poils moyens en arrière, les poils inférieurs en arrière et en bas. Le dos de la main et la base des doigts sont poilus. Sur la cuisse, les poils du côté externe comme ceux du côté interne, se dirigent à la face antérieure vers le bas, à la face postérieure au contraire en arrière. Sur la jambe, ils se dirigent en bas à la partie antérieure, dans la région de la crête du tibia; mais du côté externe et interne, ils sont tournés en arrière et en bas. Le dos du pied et les bases des orteils sont également poilus. Le visage, le menton et les oreilles sont pourvus de poils plus courts, clairsemés; sur les arcades orbitaires se trouvent de 8 à 20 et même un plus grand nombre de poils raides analogues à des sourcils. Les cils sont développés, de même que les sourcils qui sont raides et disséminés.
Dans la plupart des cas le pelage du vrai Chimpanzé est de couleur noire. Autour de la partie inférieure du visage, autour du menton, ainsi que autour de l'anus s'étendent des poils blanchâtres. Parfois la couleur du pelage de ces animaux présente un chatoiement noir brun rougeàtre particulier.
UOrang-Outan, le principal représentant des anthropoïdes asiatiques, se distingue des formes africaines de ce groupe, presque au premier coup d'œil, par son crâne élevé, comprimé d'avant en arrière et raccourci dans le même sens. Néanmoins chez les mâles vieux ce dernier est pourvu de crêtes osseuses hautes et escarpées. Aussi la région faciale des mâles vieux est-elle très proéminente. Nous choisissons d'abord ceux-ci comme type de notre description. Le front est haut ; il s'élève presque verticalement et n'est pas fuyant comme chez le Chimpanzé ; il est dégarni et présente des bosses légères. Assez souvent on voit proéminer au milieu du front une faible bosse ovale arrondie ou allongée. Les arcades orbitaires sont fortement voûtées, mais cependant moins proéminentes que chez le Chimpanzé et sont loin d'être aussi saillantes que chez les Gorilles. Les yeux ne sont pas largement fendus, les paupières sont ridées et les rides sont surtout profondes sur la paupière inférieure. Le dos du nez est étroit, le plus souvent fortement déprimé ; il ne proémine que rarement, en légère carène, du fond d'une dépression longitudinale médiane du visage. Le bout du nez, séparé des yeux par un espace généralement , plus long que chez le Chimpanzé, n'est pas aussi gros que chez ce .dernier et que chez le Gorille. Il a deux ailes étroites, remontant fortement en se voûtant et séparées par un sillon vertical ; sous ces ailes s'ouvre une paire de petites narines ovales arrondies,
LA TÈTE ET LE TRONC DE l'orANG— OUTAN 31
séparées par une cloison mince et peu élevée. La lèvre supérieure haute et large, bombôa en avant, rarement très plissée, est, de chaque côté, séparée du haut du visage et des joues par une dépression profonde. Sur les côtés et en arrière des joues se développent assezsouvent deux gros renflements adipeux allongés ou triquètres qui descendent d'arrière en avant. Les lèvres sont très mobiles; elles ne sont pas très épaisses, 1 mais ridées. Le menton est fortement fuyant et assez uniformément arrondi en avant (lig. 7). L'oreille est petite ; elle a en moyenne une hauteur de 35™ et une largeur de 12™. Sa forme générale est analogue à celle de l'oreille humaine (fig. 8). A la partie antérieure du cou, épais et court, la peau présente des sillons annulaires irrègufiers et parfois très profonds. Le sac larynger forme, dans cette peau plissée et flasque, un renflement qui retombe comme une grosse bourse vide (voy, fig. 7 et tl).
Los autres parties du corps ne présentent pas ce développement puissant et en quelque sorte bien proportionné que nous observons chez le Gorille et même chez le Chimpanzé. Le tronc avec
Fig. 1. — Tête et épaules d'un Orang-Out
ses épaules larges, mais assez anguleuses et un peu aplaties d'avant en arrière, avec sa poitrine aplatie, son dos voûté et son abdomen voûté plus fortement encore, revêt un aspect disgracieux et prend la forme d'un tonneau. Chez les individus maigres, la région i se h ia tique proémine et rappelle À peu près le croupion