IV. — LE CRANB ET LE SQUELETTE DE L ORANG-OUTAN
Le squelette de VOrang offre également ses particularités. Déjà plus haut, qnand il a été question de la forme extérieure de la tête de cet anthropoïde asiatique, nous avons parlé de son crâne paraissant raccourci dans le sens antéro-postérieur et fortement surélevé. Chez l'Orang mâle vieux cette partie de la charpente osseuse présente des dimensions plus faibles que chez le Gorille mâle vieux. La voûte crânienne de l'Orang est plus courte et plus arrondie que celle du Gorille et du Chimpanzé. La crête longitudinale du milieu du vertex existe également ici; mais grâce à la forme sphérique plus prononcée de la portion pariétale de la capsule cérébrale, cette crête décrit une courbe supérieure plus forte chez l'Orang que chez le Gorille, où elle remonte avec une pente faible jusqu'à la crête occipitale transverse qui, haute et aiguë, se relève en arrière. Cette dernière saillie existe aussi chez l'Orang, mais elle est moins élevée et dirigée plus en arrière. Par suite de cette conformation, la partie supéro-postérieure du crâne, vue de profil, paraît plus escarpée et plus aiguë chez le Gorille que chez l'Orang. Les arcades orbitaires ne proéminent pas autant et ne sont pas aussi distinctes du reste du crâne. Chez le singe asiatique l'écaillé occipitale s'abaisse également faiblement inclinée en avant, mais elle possède en somme une voussure plus prononcée que chez le Gorille. Les orbites tantôt plus arrondies, tantôt plus carrées, de l'Orang ne sont séparées que par une cloison mince. La région comprise entre elles et l'orifice nasal est moins haute
60 COMPARAISON DE l'homme ET DBS SINGES ANTHROPOÏDES
que chez le Gorille. Tandis que l'espace situé entre la racine du nez et les bords alvéolaires des maxillaires supérieurs est convexe chez ce dernier singe, à peu prés plan chez le Chimpanzé, il se montre concave chez l'orang (rig. 22). Les mâchoires,
Fig. 22. — Crûne de l'Orang femelle d'âge
armées de fortes canines, sont très prognathes, quoique cependant elles ne le soient presque jamais autant que chez le Chimpanzé. Le corps de la mâchoire inférieure est haut; ses branches Sont élevées et larges. Le crâne de l'Orang' femelle est dépourvu des crêtes osseuses mentionnées plus haut. La région pariétale et l'écaillé occipitale sont voûtées; les maxillaires supérieurs sont moins hauts ; le maxillaire inférieur n'est pas aussi puissamment développé que chez le mâle. Chez de très jeunes singes de cette espèce asiatique on observe une prôdomînenco du volume de la boite crânienne, fortement bombée, sur celui du squelette de la face. -C'est peu à peu seulement que cette dernière proémine davantage (fig. 23).
L'orifice nasal antérieur de l'Orang est étroit dans sa partie supérieure et large à la base. Il forme une ouverture plus nettement piriforme (apartura piriformi») que chez le Gorille et te Chimpanzé. Chez ces animaux, en effet, l'ouverture se montre plus large, plus régulièrement arrondie. Bischoff a raison de dire que la région sous-orbitaire, qui est largo et inclinée en dehors et en
SQUELETTE DE L'ORANG-ÔDTàN 6l
: tente chez le Gorille, est étroite et descend plu:
Fin. 23. — Squelette ,,
H <i,tibia; s, métatarse; f, doigts;,,,? .
iliaque ; (, colonne vertébrale ; m, onioplati
en ligne droite' chez l'Orang. Les os nasaux de ce dernier sont
hauts et n'ont qu'une très faible largeur. Brûhl attribue au crâne de TOrang une apophyse styloïde, qui ne paraît guère moins développée que celle de Phomme. Elle s'élève du fond d'une fossette assez profonde. Brûhl ne put au contraire, comme nous Pavons déjà dit (p. 46), trouver nulle trace d'une semblable apophyse dans les crânes du Chimpanzé et du Gorille (1) î
Le crâne de POrang présente un grand nombre de vastes cavités osseuses. Il en existe dans les grandes ailes et dans les apophyses ptérygoïdes du sphénoïde, dans les portions mastoïde et écailleuse du temporal, dans les os lacrymaux, dans la portion basilaire et dans les condyles de l'occipital, dans l'os zygomatique. Les grandes cellules antérieures de l'écaillé temporale communiquent par une large ouverture avec les sinus de la grande aile et des apophyses ptérygoïdes du sphénoïde. Un sinus, situé dans la grande aile, débouche le plus souvent par un grand orifice rond dans les cellules antérieures de Pécailie temporale. Les sinus de la grande aile et de l'apophyse ptérygoïde communiquent, mais pas toujours, avec la fosse nasale. Ces mêmes sinus communiquent parfois encore entre eux par un large orifice à la base de cette apophyse. L'écaillé temporale est creusée d'une cavité celluleuse, qui est reliée aux cellules de l'apophyse mastoïde, en bas à la cavité tympanique et en avant aux cellules de la portion rocheuse de la paroi inférieure de cette cavité (2). Le sinus maxillaire est même en communication avec des cellules de l'os lacrymal. Les pariétaux eux-mêmes présentent des cellules très spacieuses. Dans le crâne de POrang on ne trouve rien qui corresponde au canal de Vidi du sphénoïde; tandis que l'équivalent de ce canal existe chez le Gorille et le Chimpanzé.
La colonne vertébrale de POrang-Outang n'a pas ces apophyses épineuses colossales qui distinguent celle du Gorille. Il existe en outre beaucoup d'autres caractères moins frappants, par lesquels le squelette de POrang diffère de celui du Gorille et du Chimpanzé. L'Orang a le plus souvent 12 vertèbres dorsales, dont les corps augmentent de grosseur de haut en bas, et dont les apophyses transverses longues, épaisses, couvertes de tubérosités, sont fortement redressées. Les quatre lombaires montrent des apophyses transverses courtes et des apophyses mamillaires assez insignifiantes, situées latéralement par rapport aux apophyses articulaires supérieures. Le sternum de POrang jeune est le plus souvent formé d'un grand os supérieur, suivi de six os plus petits. Chez les animaux vieux le corps du sternum est composé de trois os
(\) Brûkl, Zur Kenntnlss des Orang kopfes, etc., p. 2 et 3. (2) Brûhl, l. e.,p. 4-6 #