V. — LE SQUELETTE DES GIBBONS
La structure du squelette des Gibbons (p. 7) présente un grand nombre dé différences spécifiques, que nous ne pouvons suivre en détail, parce que nos matériaux sont encore trop insuffisants; Cependant, en se plaçant à un point de vue général, on peut donner une esquisse de ce système d'organes. La boîte crânienne de ces animaux est ovalaire arrondie et dépourvue des crêtes, si caractéristiques des autres anthropoïdes, qui n'atteignent même chez les Gibbons mâles vieux qu'un développement à peine digne de mention. L'occipital est même un peu arrondi chez les mâles; et souvent toute la région occipitale est légèrement déprimée de haut en bas, en même temps que la région pariétale s'aplanit. La boîte crânienne s'élargit graduellement vers sa partie postérieure, de sorte que le crâne vu d'en haut, apparaît piriforme. Sur le frontal, peu élevé, fortement fuyant, on remarque chez les mâles vieux de fortes arcades sus-orbitaires formant une sorte d'encadrement osseux, saillant sur le reste du crâne, autour des orbites arrondies.
Dans la face peu prognathe les deux os nasaux larges et courts forment une large cloison enfoncée entre les orbites. Les bords des maxillaires, fortement arqués en parabole, ont une longueur considérable ; il en résulte que la voûte palatine est longue et étroite. Les branches du maxillaire inférieur sont larges, peu hautes et pourvues d'apophyses coronoïdes peu développées. Les dents, surtout les canines, sont, il est vrai, longues et pointues chez les mâles vieux; mais elles n'atteignent jamais le développement relativement considérable qu'elles ont chez les autres anthropoïdes.
Le nombre des vertèbres semble être soumis à des variations considérables même dans certaines espèces considérées en particulier. Les indications des .auteurs diifèrent à cet égard. Tandis que S. Mùller compta chez un certain nombre d'espèces différentes (Hylobates syndactylits, H Icuciscus, H variegatus et H concolor), 13 dorsales, 5 lombaires, 4 sacrées et 3 coccygiennes, Cuvier trouva chez les Siamang 13 dorsales, 5 lombaires, 4 sacrées et 3 coccygiennes. D'après Cuvier, un Hylobates leuciscus possédait 13 dorsales, 5 lombaires, 4 sacrées et 3 coccygiennes. Un Hylobates syndactylus m'a présenté des vertèbres coccygiennes allongées. Le sacrum allongé de ces animaux a tout à fait l'apparence d'un os qui servirait d'attache à une courte queue (os coccygiens), c'est-à-dire, il ressemble déjà lui-même à la racine d'une queue. Quant aux vertèbres cervicales, dorsales et lombaires elles présentent une conformation qui ne diffère que légèrement de celle qu'elles ont chez l'homme.
Dans la cage thoracique, s'élargissant brusquement vers le bas, les côtes sont fortement arquées. Les plus inférieures d'entre elles se distinguent par la largeur de leur partie moyenne. Dans le sternum il y a le plus souvent disproportion entre le corps peu développé et le manche qui est grand et large. L'apophyse xiphoïde de cet organe est longue et large et se termine inférieur rement en spatule.
Dans la charpente de l'épaule nous trouvons des clavicules très grêles et fortement arquées. Les omoplates au contraire, sont hautes et étroites, en forme de palettes, avec un acromion très saillant, une apophyse caracoïde développée et des fosses épineuses profondes. Les membres supérieurs, en harmonie avec tout le reste de l'organisation de ces singes, sont caractérisés par la gracilité et l'allongement extraordinaires du corps des os du bras et de l'avant-bras, dont les extrémités ne présentent qu'un faible développement. Leurs tubérosités, surtout celles du coude, sont petites. Le carpe, le métacarpe et les phalanges sont également très allongés et très grêles.