SON ROLE DANS L OCCIDENT ; OCCIDENT ET ORIENT
(Il
Une analogie prodigieuse existe entre les deux parties de l'Europe séparées par cette longue ligne qui s'étend de Hambourg à la mer Adriatique. La lutte de la chrétienté orientale et de la chrétienté occidentale contre la barbarie offre des points de comparaison aussi curieux qu'instructifs. Ainsi TEspagne, retranchée dans ses montagnes, a opposé aux Musulmans une barrière infranchissable ; la France, au contraire, s'est élancée vers les entreprises lointaines. L'Espagne défendait chez elle son existence, la France allait à la recherche de l'ennemi. La race germanique, peu
à peu entraînée dans le mouvement commun, a insensiblement tourné à son seul profit les succès remportés sur les Barbares. Le margraviat d'Autricbe, autrefois établi pour la défense de l'empire Franc contre les Infidèles et les Slaves, estparvenu à se faire l'unjque héritier de toutes les conquêtes des armes chrétiennes sur cette même terre slave.
Les contrées montagneuses de llllyrie et de la Servie ressemblent, sous beaucoup de rapports, à l'Asturie et à la Catalogne. Leurs luttes guerrières et leur littérature offrent également plusieurs caractères semblables. Ce sont les pays aux entreprises aventureuses, aux joutes chevaleresques ; il n'y est question que de princesses enlevées, de couronnes conquises à coups de lance. On se croirait transporté en Espagne, lorsqu'on lit les monuments littéraires des Serviens.
Pendant longtemps aussi, le sort de la Pologne fut celui de la France. L'une et l'autre n'ont rien gai dé de leurs conquêtes sur les Infidèles ; il ne leur en est resté que de grands souvenirs et la sympathie des nations. Les peuples se sont accoutumés à voir en elles les représentants d'une haute et généreuse pensée, les champions de l'avenir, combatlant pour l'intérêt commun du monde.
Enfin les Bohèmes et les Russes offrent plus d'un point de ressemblance qui les rapproche de la race germa'nique.
Nul doute que si l'on poussait trop loin la comparaison, si l'on voulait l'appliquer dans tous ses détails, nul doute qu'elle ne finît par devenir fausse ; mais le Bohème, que les Allemands ont surnommé le bœuf, le Bohème honnèle, laborieux et lenl, enclin comme l'Allemand aux idées abstraites, représente assez bien l'esprit germanique au milieu des Slaves. D'un autre côté, le Russe me semble en tout rappeier l'Anglais, l'allemand normalisé ; tous deux ont la même persévérance tenace dans le but, la même force dans l'exécution. L'activité, la célérité qui les distinguent de la pesanteur de l'Allemand, ils les doivent peut-être à l'esprit normand qui s'est également acclimaté en Angleterre et en Russie.