LA SATIRE
Le vulgaire prend naissance dans les villes ; partout le peuple agricole et chasseur s'exprime avec noblesse. Les anciens Romains le savaient. Ils appelaient la poésie vulgaire, triviale, c'est-àdire poésie de carrefour ; ils permettaient aux citoyens de jouer sur le théâtre des scènes populaires oîi l'on représentait les paysans et les soldats; mais la farce citadine leur était sévèrement défendue, et celui qui y prenait part perdait ses droits de cité. La farce proprement dite et tous les genres qui s'y rapportent sont sortis des villes. En
Allemagne elle commença à l'époque de Luther, à l'époque de la chute de la poésie chevaleresque. Ce fut un contemporain de Luther qui, le premier, composa des farces et créa le genre de la comédie satirique. Ce genre ne peutexister chez les peuples qui n'ont point de villes. La satfre n'est pas un genre slave, elle est le produit de l'élément qui s'appelle l'esprit chez les peuples de l'Occident, et qui suppose un fond de sentiments haineux et violents. Le même esprit qui crée la satire et la comédie forme dans sa décadence la caricature. Au contraire, la poésie populaire, proprement dite,, dans son progrès, s'élève au sublime; et Jorsqu'elle est déviée et qu'elle tombe, elle dégénère en exagération ; elle devient quelquefois niaise, mais jamais elle n'est lriviaj[e. -C'est une remarque capitale pour la poésie slave ; même dans les chansons les plus gaies, on ne trouve pas l'esprit épigrammatique. C'est une gaieté franche ; elle pourrait produire une comédie de caractère, jamais un genre satirique. La satire d'ailleurs marque toujours l'époque de la décadence de la grande poésie. Fort heureusement pour le pays slave, elle n'y a pas encore commencé.