Les socialistes et le travail en commun
' Dans ce siècle où tout. Je monde est animé,, je dirais, presque tourmenté, par lUdée du progrès, i! s’est trouvé de prétendus penseurs qui, sans tenir aucun compte de l’œuvre du temps, de la force des clmses, dc.s nécessites soeiales, des lois naturelles, des dispositions du cœur humain, ont voulu tout organiser ou réorganiser. Ces hommes paraissent croire qu’avaal eu.\ tout allait mal dans Icjnondc, et que beaucoup de clioscs n’allaient pas du tout.De ce qu’il n’y avait ni décrets, ni lois, ni ordonnances pouD'^égictacnlcr le travail, ils ont supposé que le génie du sièdo, en cu:t persounifié, devait apporter là.sa règle et.spn-.compas..
Il y a bien de l’orgueil à prétendre que tout est â
réTormcr dans un ordre social qni est le résultat du progrès de dixdinit.sièges. Ajoutons, pour être juste, que nos pUlanlbropes, Theveat touchés des misères trop fréquentes qn’Os aperceraient autour d’eux, en ont cherché le remède, pour la plupart du moins, avec un rériuhle amour de l’humanité'; mais ils ont trop cru que les maux delà société tenaient exclusivement à la constitution politique et industrielle. Ils n’ont pas vu que les principales causes de ces maux étaient dans la nature en général et dans celle de l’homme en particulier. Les réformes sociales ou industrielles ne changeront point ces choses-là; clics ne feront pas, par exemple, qu’il y ait deux végétations chaque année, et qu'avec nn léger travail les terres donnent à l’homme en abondance tout ce qui lui est nécessaire. Elles ne feront pas non pins, ces-réformes, que tous les hommes naissent avec la même force, la même inlclligcüie, la même activité, la même sagesse. Voilà pourtant ce qu’il faudrait pour réaliser les utopies de nos rcformuicurs. 'QÎie tôie? ce ne serait pas assez : il-faudrait que Dieu lit tomber du ciel tout ce qui est nécessair.? à l’homme; car, tant qu’on dem produire cc necessaire par lo iravail, fl y aura fatalement de grandes inégalités, parce Dieu a créé les hommes très-inégaux dans leurs aptitndes an travail.
* Les rèvenrs philanthropes, les démagogues de tous les temps et de tons les pays, ont semblé croire qu’il J avait qndqne part une grosse masse de richesses données par IMen, et qni pourrait suffire à tout le monde, Sf qudqiws aristocrates ne 6*en étaient pas empares arec un ^ûme impitoyable.' Celte idée est, à leur insu
pcut-clrc, la.basc de tous leurs systèmes, de toutes leurs (léclamatious. Que siguificrait sans cela cette cterneUe assertion, que la révolution de février est sociale et non pas politique? Que signifierait cet autre axiome du catéchisme socialiste, que les richesses sont mat réparlies? On voit dairement derrière ces propositions Tidéc qu’il y a des richesses innées, préexistantes au travail, qui appartiennent à tous, et qui, étant mal réparties, appellent une rèvolutîdn sociale. S’il est démontré que ces richesses innées, dpnnces par Dieu, n’existent pas ; qu’il n’y a d’autres richesses que celles produites par le travail (et la démonstration est des plus faciles), que devient la doctrine, de la révolution sociale, d’où l’on veut faire sortir une meilleure répartition des richesses? Cette'rcparlition n’est plus que le vol fait au travail, à l’intelligence, à l’économie; c’est l’œuvre du frelon pillant la ruche de l’aheille industrieuse. Si nous voulions imiter la violence de certains publicistes, ne serionsnous pas autorisé à leur renvoyer la qualification qu’ils ont appliquée au détenteur de la propriété?
On ne saurait trop s’étonner que les yeux ne soient pas frappés de cette vérité écrite, pour ainsi dire, sur toute la surface du sol : qu’il n’y a de richesses que celles qui sont produites par le travail de chaque jour’, de chaque année; que les richesses produites, fruit du travail aussi, sont infiniment minimes, en raison des besoins d’une société de trente-six millions d’âmes; que, lors méihe qu’on les prendrait à ceux qui les possèdent pour les distribuer à ceux qui ne possèdent pas ou presque pas, on n’Bméliorerait point la situation des derniers; que, loin de là, on les appauvrirait. La terre
sak, éunt créié jvX^, pomrait paraître, au premier aperen, nne nÀesse-préexisUBte'au travail et appartenant i tout k monde. L'Uëëitait vraie au moment delà crâtion, i edà'p^^qonh terre n’est pas, par àÜMoimtj nne.THitèsse danaJa Téritable acception du mot; ce n’ërt qs’iuie: vaste arène j^ar le travail de rhonme ehfffisé..0in8 son dtat prim^/'çllè ne pouvait nourrir qoe InmiiBes saovÿgef avec les fruits
et les'racines dès fiiréts. La valear qiùUéla aujourk fnmnl qui la bii.u' donnée. Que de sièdes, que de eapitaox, qoeie saeiirs.il a fallu enfouir dans sim sdn.poar la Ûre ce que noos là voy.'.r s ! L’un de nos ^ns.savants agronomes, M.~ de.Dombasle, a pradaméone vérité qui, i elle seule, peut combattre Fodiense et absurde assertion de. qqdques-uns de nos rdimnatean, à savoir, que Impropriété est un vol « La terre, à-t-il dit à propos de la colooisatiou de l’Algérie, n’a d’antre vdeur qoe celle qu’on lui .donne par les captiax,brasba éens, qu’on lui applique, avec intclligoieeT > Cda est reconnu de tous les. agronomes quelque peu observateurs. Us disent: < La terre nlcst qu’une matrice, nnmoule ou un instnunent.de travail.. Si l’on cdeulait tout ce qu’ont coûté les propriétés rurales pour les mettre en .rapport, non pas dèpqis que l’homme ctriûve, maissenlement depuis deux siëdes., on trouv erait une somme fort sapérieure à la-valeur actuelle des propiétés. > On n’oitend parler ici que- des travaux caoraordinaires, fondamentaux,, (ds^que les défdcbements, les dessèchements de marais, l’extraction des rodwrs, les transports de terre et d’amendements minéraux', les plantations d’arbres et de vignes, les construc-
tîôns rurales, et enGn les bestiaux et les instruments aratoires. 11 faut en excepter- les cultures ordinaires annuelles j qui sont remboursées par leé récoltes.
Je demanderai aux hommes qui ont l’inci^yable audace de prodamer'que la propriété est un vol, si lo prix de la semaine ou du .mois du simple ouvrier n^Cst pas quelque chose de sacré ? Ils me repoUdront certainement qu’il n’y a rien de plus sacré au monde. Eh bien ! le travail des mois, des années ^ des siècles, qui a constitué la propriété ce qu’elle est, n’est-il pas aussi respectai le que le travail d’une semaine ou d’un mois? Cessez donc vos blasphèmes contre la propriété; au lieu de dire que le premier qui a clos un champ et l’a défriché était un fou ou un scciérat, bénissez-le, honorcz-lc, respectez son oeuvre ; car, sans cela, l’espèce humaine aurait péri, ou, clairsemée sur le sol, elle serait plongée dans la plus profonde misère.
Je crois avoir déjà démontré qu’il h’y a pas de ricliesses préexistantes au travail, puisque la terre ellemême n’est devenue une richesse que sous la main active de l’homme. 11 est également vrai que la richesse erééo n’est rien , que ce qui sc crée par le travail de tous les jours, de tous les ans, a seul une grande'impor> tance. Les principales richesses d’une nation sont :
1“ Les produits de la terre, qui nourrissent l’hoidme et lui fournissent les matières premières pour se Vêtir ;
2” Les objets fabriqués, qui l’habillent et M donnent les commodités de la vie.
Eh bien! y a^t-il des aristocrates qui détiennent dans leurs nrains les cent-quarantc millions d’hectolitres de tous grains, les quars"^ millions de riu ,
la laine, le clianm, le lin, la viande, l’huile, clc., que la France doit prodqirect consommer en 1849 ? Y a-t-ii d’autres aristocrates qui détiennent les meubles et les étofiies pour la consommation de la 'France pendant un an? Non, fl faut que tout cela se produise par le travail incessant de tons ou presque tous. Si le- travail s’arrêtait seulcflient pendant quelques mois, la nation niourrait de faim et serait nue, car elle n’a pas dans les richesses produites les avances nécessaires pour suppléer ù ce chômage.
Supposons qu’on la dispense de ce travail incessant. Amélicrcrait-on son sort en lui partageant la richesse déjà créée, c’est-à-dire la terre., les maisons, l’argent, tout c» que possèdent ceux qu’on appelle les riches ? Examinons.
Combien sont-ils, ces riches, contre lesquels on allume si imprudemment la colère du peuple? Votre ancienne loi électorale peut vous le dire : vous aviez deux cent vingt mille électeurs payant 200 francs d’impôts et au-de^. La plupart sont pauvres. La propriété, représentée par 200 francs d’impôts, est souvent grevée d’hypothèques pour une grande partie de sa valeur : dans, tons les cas, çlle alimente une nombreuse famille, «t c’est te ut au plus si, p^mi ces deux cent vingt mille âeçtoirs. on trouverait soixwte mille familles pouvant avoir du luxe, dn superflu. C’est considérons ces dmix cent vingt miUe électenm comme riches, et, au liea de le spolier gradueflepirat, ainsi que l’entendent certaiiis éc^nû^îes, par l’impôt ordinaire progressif, .par l’iippôt extranrdinaire, qui n’atteint qu’eux, par les droits de succession progressif#, prcnons-Icur tout d’un
coup la totalité de ce qu’ils possèdent, et distribuons leurs dépouilles aux trente-quatre millions d’individus qui, ne possédant pas ou ne possédant que très-peu, ' vivent presque entièrement de Icùr travail journalier. Que sera-ce pour chacun? Une fort chétive somme, qui ne les dispensera pas d’un jour, d’une heure de travail. Leur situation scra-t-pUc améliorée? Je dis qu’elle sera crapiréc : ces .deux cent vingt mille riches qu’on auradépouillés, qu’ctaîent-ils? Iæs directeurs, les propagateurs du travail. Les capitaux avec lesquels ils alimentaient l’industrie, étaUt disséminés dans toutes les poches, n’auront plus la puissance de créer le travail. Q’csr comme un levier qii’on aurait coupé en plusieurs tronçons, il ne peut plus soulever le fardeau. La société, privée de rintclligcnce des directeurs et du grand moteur de l’industrie, le capital concentre, tomberait dans, le marasme; elle descendrait à un état pire que celui des Arabes, lesquels du moins ont pour eux l’espace , qui leur permet de nourrir de nombreux troupeaux. Voilà ce que l’on gagnerait à la ruine de cette bourgeoisie contre laquelle on excite les simples travailleurs, au lieu de leur faire comprendre qu’il y a entre eux et la bourgeoisie communauté complète d’intéréts, réciprocité de services; que la bourgeoisie n’est pas une caste privilégiée, que c’est une partie du peuple luimême, qui s’est élevée par le travail; que lés artisans entrent tous les jours dans la boiirgeôisie, pendant que des bourgeois, par suite des vicissitudes du commerce et de l’industrie, rentrent aussi tous les jours dans la classe d’où ils étaient sortis. C’est là le mouvement naturel et providentiel,de la société, car c’est le désir de
s’élever cl de rester dans les rangs de la bourgeoisie qui crécrémulatinn, la vie sociale.
Si^ à Dieu ne plaise, les théories socialistes promenaient sur. la nation un niveau qui ne peut être que celui de-'la misère,croit-on que cette égalité du malheur durerait longtemps? Non; la force des choses concentrerait de nouveau les capitaux dans les mains les plus actives, les plus intelligentes, et, pour le bien de tous, nous aurions encore les ehefs du travail. Zo messe des hommes a besoin d’ùlre conduilc. Je sais bien que les socialistes me répondront que la diffusion des capitaux dans toutes les poches, loin d’être un obstacle au travail, serait au contraire un bienfait pour l’humanité. Les capitaux se concentreront par l’association des ouvriers , et ceux-ci, au lieu d’être exploités par le possesseur unique du capital, jouiraient de tout le fruit de let» travail. Celte théorie vaut assurément la peine d’être étudiée, car elle serait admirable si elle pouvait être généralement appliquée, si elle produisait les avantages maitéricls, moraux et politiques qu’on en attend; maisj avant de la discuter, constatons d’abord qu’on ne-.pourrait diviser entre tous les capitaux crées sans commettre la plus odieuse des spoliations, puisque tout capital vient du travail. On ne changerait pas la nature devcct acte en l’appelant une révolution sociale. r~ La meure est-elle juste? dit Aristide ù Thémistocle. —Non, répondit celui-ci ; mais elle est utile nu salut de la république.— N’importe, elle est mauvaise,: puisqu’elle est injuste.
Aürüit-on du moins ici d’excuse, de l’utilité? Nous allons voir. Distinguons bien, au préalable, le but pé-
cuniaire ; en réalité, après la spoliation des riches, il ne s’agit plus que‘de pàrfâgèr entrsdes'iOuvriers jlehénéSce qu’est censé faire le chef de ‘ fabrique :OU d’atelier.;,!! né peut yavoir'uu autre avantage ina,tmel; ‘voyons sL cet avantage est assez considérable pour ‘.qu^n. l’achiètopar une révolution sociale et industrîelleiqui peut couvrir,la France de misère et de sang. ,
Y a-t-il toujours bénéfice pour le chef d’atelier,, iet quel est ce bénéfice? Tout le moade.sait que souvent on perd au lieu de gagner, et l’on voit tous; lea jours des fabricants se ruiner. Mais-quand: on ;faitabicn; ses affaires, que gagne-t-on ? Ne. siltTon pas que,i,dan3;unc foule d’entreprises par actions, le -dividende.des uclionnaires est à peine de 5 à 4 pour 100, souvent do moins, et quelquefois de rien du touti Je connais.plHsieurs fabricants qui travaillent pour leur propre confie et-emploient cinq cents ouvriers, ils s’estiment fortihéureux, après avoir prélevé l’intérêt du capital engagé^ quand ils ont un bénéfice dei 6 ou ,8,000: francs, Æoinmei salaire de leur industrie et de ilcuc iiatciligcncei'‘.comme indemnité des ri^ucs qu’ils ont fait ,courir à,leup-cepir tal, à l’existence de leur famille. Ce..bénéfice > Tortfiincertain, que serait-il pour, chacun des cinq, eontsiouvriers? Supposons-le certain, et en moyenne dèifi,000 francs, ce serait 12 francs pour chacun. VoilàTénbrme exploitation que. le chef .d’atelier, .quand ibest heureux, pratique sur-chacun :des travailleurs ; voilà llâûmensc conquête que les .théoriciens socialistes offrent 'ca.pcrs- ■pecUve à l’ambition du peuple, au prix do lousiles'hasarlfs d’une réforme périlleuse 1 Douze francs à conquérir en ruinant leurs frères, et peut-être en versant leur
Ne vaudrait-il pas mieux que les ouvriers. au lieu de s’exposer à toutes les chances qui annulent souvent ^e dividende et le. capital, plaçassent à intérêt leur part du.capital de la société et reçussent un salaire librement débattu, proportionné à l’état des affaires? Dans la {abrique que j’ai prise pour base Je mon argumentation , il doit y avoir un capital d’au moins 200,000 francs, ce qui ferait 400 francs pour chacun des associés.. Ne serait-il pas. plus sage d’accroitre ce petit capital d’une manière certaine par l’intérêt composé, par l’économie sur le salaire fixe, jusqu’à ce qu’il fût assez gros pour ëntreprendre une petite industrie ou acheter une propriété?
Mais, diront les partisans de l’association, les ouvriers étant associés, travailleront avec plus d’ardeur et ils produiront davantage; le capital et les intérêts collectifs seronf mieux administrés, parce que les travailleurs choisiront à l’élection les plus capables d’entre eux pour administrateurs. Que d’illusions dans ce peu de lignes! quelle ignorance du cccur humain et des faits signalés chaque jour dans toutes les industries! 11 n’y a que les hommes qui ont passé leur vie dans le cabinet quipuissent avoir dépareilles idées. Préscntcz-lcs à un hou paysan, à un artisan laborieux, intelligent, cl leur bon sens naturel suffira pour les juger. On pourra les faire admettre à des savants sans expérience; clics troiiverqnt rebelles tous les bons ouvriers.
Je n’examinerai pas la question de l’égalité des salaires dans l’association; il n’y a rien à en dire. Cette question a été jugée dans nombre d’écrits et par tous les ouvriers intelligents. Mais, si ou repousse l’égalité
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des salaires comme conlraire, à la justice et au cœur bumain, comment l’asseeiation rcglera-t-dle la graduation des prix du trayail en raison de l’activité, de rintelligence et du savoir-faire? Dans l’ancienne organisation , car il y en avait une, quoi qu’on en dise, chaque ouvrier débattait librement cette question avec un seul intéressé, le chef de fabrique. Ici il faudra délibérer avec tous les associés et se soumettre .à la majorité , ou bien la difficulté sera réglée par un conseil d’administration. Dans l’un ou l’autre cas, il y a là des montagnes de mécontentement, de jalousie et de discordes. Cela seul suffirait pour dissoudre l’association.
La gestion sera-t-elle du moins economique ? Y aurat-il des produits plus considérables ? L’unité de direction, après l’intérêt individuel, est assurément la meilleure garantie d’une honno gestion ; mais l’esprit dé- ‘ mocralique ne permet pas de confier à un seul l’administration des intérêts collectifs. 11 y aura donc un conseil d’administration. Supposons-Ie, et ce n’est guère dans l’ordre des faits probables, composé seulement de trois membres. Croit-on que ces hommes, qui devront être versés dans les opérations commerciales et industrielles, qui devront savoir la comptabilité, ne voudront pas être rétribués en raison de leurs capacités? Leurs salaires formeront probablement une somme plus considérable que celle que prélevait le chef de fabrique, et ils ne risqueront pas, comme lui, de perdre toute leur fortune. En admettant que ces trois hommes aient une grande probité, croit-oii qu’ils porteront à l’accrnissemcnt ou à la conservation du capital collectif le même zèle, la même activité que le possesseur unique du capital de la
febrique? Ce serait bien peu connaître la nature hu- -maine. Ne sait-on pas que les,jotérêts de l’État, qui . sont ceux'de la nation, sont cn général moins bien soi- .gnfa que ceux des particuliers?, G!est ce qui fait dire -que l’Jtat était le plus mauvais entrepreneur.
f ie% fliiVEiers associés travailleront-ils avec plus d’ardeur et d’assiduité? Seront-ils-stimulés par le sentiment -des intérêts communs et-par, l’espoir d’un dividende? Tout le monde sait que l’intérêt individuel est bcau- - toiip plus puissant que l’intérêt pour la chose publique; les.faits qui le prouvent surabondent.. Le mince dividende promis aux membres de l’association, si toutefois il y en a après les divers prélèveraents.néccssitcs par l’applicatioa du nouveau système,-sera.d’autant moins de sature à exciter le zèle, qu’il devra se partager par égales portions. Chacun, dès»-lors, s’étudiera à n'en -pas faire plus que son voisin^ il n’y .aura que peu ou ■ point d’émulation, la production ne pourra manquer de:diminuer. Le faible dividende.de 12 francs dont j’fli parié.plus haut disparaîtra, et avec lui probablement «ne; partie du capital.
iQueserait-ce donc si l’association^ctait complète, si on ne fixait pas un salaire, si la part do bénéfice pour ebacun était uniforme,; si surtout l’État se chargeait de finirnir et d’alimenter les capitaux? Il-y auràit alors si -peu: de stimulants pour le travail^ qu’il.est.nalurel de •craire que les à-compte, ou lo -sninimum que rece- '•vtMcnt les ouvriers pour vivre pendant.l’annéey.absor- -bmient les bénéfices et une partie du-eapital,.Ce serait . ainsi une.;charge énorme peur.l’Étatj-qüi. devrait renouveler, tous les six mois’ peut»èlre.l& feods.de roulement.
Ces apcivus rapides so compléleroiil pair des faits iiiieux que par des arguments.
Le travailleur a une grande répugnante pour l’assotiaiion; c’est déplorable peut-être,mais c’est un fait qui s’explique aisément. Cela tient principalement à l’inégalité des aptitudes des lioninics. On associe facâlemeut les ccus, parce que chaque, millier de francs a la meme valeur productive. 11 faudrait qu’il en fût de même des hommes pour que l’association pût s’établir et durer. Dieu ne l’a pas voulu. Aussi les liens.du ^ang,, l’amour filial, sont-ils souvent insuffisants pour maintenir l’association du travail dans la famille. Dans les contrées'Cultivées par des inclayers, on voit tous les jours Ics filsles gendres se séparer de leurs vieux parents. j’ai souvent recherché-la cause de ces sépai'ations, et j’ai pum’assurcr que presque toujours celui qui les provoque.,- c’est d’homme vigoureux qui ne veut pltis s’«xténtterieî; s’imposer des privations pour nourrir desivieillaïds et des enfants én basige. Laigénérosilcdu cocup hamain- est rarement assez grande pour que l’on, consaerc un-travail très-dur à l’alimentation d’autrui; on ne; fait cela'que pour sa femme et ses enfants.
L’association pour, le travail, dans les cas rares oû elle'ts’établH, ne peui'durcr qu’autant que les ouvriers ont à'peu près la même force, la môme activité, lamême intelligence.'On-voit toujours les ouvriers se choisiï pour entreprendre un travail en commun; encore faut-' il, pour que l’harmonie sc maintienne, que l’entreprise' ne soit pas dedonguje haleine. Un exemple le prouvera : ibm’cst-pcrsonncl, cl qe dirai en passant:que j’ai pra-^ tiqué rassocialioii plus, beaucoup plus que nos grands
IG
professeurs de socialisme, qui ne laprècbcnl avec I mt d'ardeur ÿie parce qu’ils n’en ont aucune expérience.
Voulant faire un essai de la colonisation militaire, aGn dê.poUToir appuyer sur des faits les propositions que favais à présenter ou.gouTernement, je fondai, autour d’Alger, en 1849, trois Tillages avec des soldats. L'un, Fonka, le fut avèc des libérés; les deux .'•.ii 1res, llércd ètHahdma, avec des hommes qui dcTaienl encore à riÉat tro.s ans de scnricc. Je soumis les colons au ^TÛl âtemmnn; cela était d’autant plus prntieabie, que, jouissant des vivres et de la solde, ils dcraicDt attacher moins d’importance au produit de leur peine. Ce produit devait former un fonds commun, destiné, au boni de trois .ans, à faire les frais du mariage et à proenrer à tons miformêmeni le mobilier, de la maison et de ragricullurc.
Dès c^le époque, je connaissais les. didicullcs de l’association des traraillcurs : ma pratique agricole me des' avait révélees; nuis j’esperais que la discipline et les lid>i.tiidcs de la rie mililaire, qui constituent une sorte de eommnnautr, cilaceraicnt ou du moins attcnucraicnt les iaeonTéaients. < Vous êtes des camarades cl des frères, disje aux colons; i ce. double titre, vous soulTriricz si, à l’époque favorable pour Ic- mariage, quelques-uns d’entre Toos n’a^aienl pas les moyens de s’établir par 'suite de maladie ou d'autres accideuts. > Je remarquai qn’Qs reçurent froidement: celte proposUiQu, cl qu’en réalité ils ne l’acccptaicat que par déférence et disei-
Je fis iaire.le partage des tcrres pour cxcitcr rémulatian.par l’attrait de la propriété, et chaque colon cul
la faculté de travailler un jour par semaine dans son champ. Pendant la première année, il y eût assez de zèle; il ne me parvint qti’un petit nombre dé plaintes contre les paresseux. 11 est vrai que je maintenais l’ardeur et la satisfaction par de fréquents envois de troupeaux prélevés sur les razzias que nous faisions subir aux Arabes. Ces troupeaux . formaient la principale niasse du fonds commun, et liul n’y avait plus de droits qu’un autre, .puisqu’ils n’étaient pas le résultat du travail.
Au retour d’une expédition prolongée, j’allai visiter mes trois petites colonies, en commençant par celle de Méred. C’était à là fin de septembre 1843. Ordinairement j’étais accueilli avec joie par les colons militaircsj. qui me considéraient comme leur bienfaiteur et m’appelaient leur père. Ccjté fois, c’était un dimanche, je les trouvai mornes et presque impolis. Ils étaient appuyés contre leur porte, et ne se dérangèrent pas pour venir m’entourer] selon leur coutume, le compris qù’il y avait quelque chose : d’extraordinaire. Je fis appeler l’officier, et, cclui-ei étant absent, je m’adressai au sergent-major -jwür connaître les causes du découragement dont je venais de remarquer les symptômes. ( Mes hommes ont bien raison d’ôtré tristes, me répondit lé sci^'cnt-major, ils‘perdent la plus grande partie do leur réroltc : ils rattribüen't àu travail en commun; il ne veulent plus de ce Cégime; ils vont vous dcihandcr demies dcsassocicr. — Mais corâmeht pérdcnt-ils' leur récolte? Ils ont moissonné dans les premiers jours do juin, et hotis sommes i la fin do septembre, elle rdevràit être au Renier depuis lorigtcm{».
— Vous avez raison, mon gouverneur, cela di.i.ii êlrcainsi; mais on neIravailLe pas, et nous^n’avons pas encore dépique le tiers de l’orge ni du froment. Cemiitant sur la prolongation babitucllo du beau temps, nous n’avomi pas eu la précaution, d’enlever les gerbes des meules pcrpcndieulairement, nous avons pris ce qui formait toit sur toute la surface du carré long; les rleu\ orages qui sont survenus, ces jours-ei ont imbibé nos meules, et tous nos grains ont germé. »
Je me Iran'sportai aux meules, et je les vis bcrbai ées sur toutes les faces. Je fia aussitôt rassembler les colons; ils formèrent cercle autour de moi, et nous i urnes le dialogue suivant ; « Comment sefaitril, mes amis, qu'ayant récolté en juin, vous nlayez; pas encore dépiqué à la fin de septembre?. — C’est.y nmfut-il répondu , c’est que nous ne travaillons, pas,-—Et pourquoi ne Iravmllez-vous. pas? — Parce que.nous comptons les uns sur les autres, que.nous ne . voulons pas en faire plus l’un que l’autre, et qu'.ams\ nou& nous mêlions au niveau-des pareasew^, Croyei-vous,. mon .gouverneur, que stnous avions eu cbacun notre part de ce blé, il ne serait pas dépiqué depuis.JflngtDmps?.lVous en aurions dqàiait plusdu double.jCela ne qieut plus aller ainsi ; nous. .vousi§rians:.de mous; désassDcierv —Oui ! oui, s’écrièareBfc tous les .colons V môme;: les paresseux. » Ces mots i Nom..nous .meHons m miveau dcs^paressnir, m’araient trop frappé;.<pour.apue je. ne fusse pas décidé à rcBoaeeE.'a&..travail.i(m commun:; mais je crus, devoir ne pasicédcf;!troj[ry:vi^;etije.’fis:appel aux scnttmcuis de fraternité dont'j|eientiis'.ài)ien:jugcr:.'ia'.portée. « Comment! mes amis, répliquai-je, vous êtes tous camarade:.
iîii ni cm c régiment (le 48'j;. vous vous êtes choisis voloiiiiiii-cnieiU; ''ous êtes tous jeunes et .robustes; vous ne formez er. quelque-sorte qu'une famille:defrères, et vous ne savez pas mre et travailler en commun-sans calculer si l'un en fait plus que l’autre?—iMon'igouverucur, nous nous aimons beaucoup, et, malgré cela, il n’y a pas d'émulation pour le travail,; on ne ciioitpas travailler pour soi quand on travaille en commun. Ce sera bien pis quand nous serons mariés: nos femmes s’accorderont bien moins que nous pour le travail ci pour tout. Ce sera un enfer. Si nous vous prouvions que nous .avons plus produit dans le jour par semaine que vous avez accordé à chacun que dans,les cinq j .uirs de la communauté, vous ne refuseriez pas de nous désassocicr. »
Je procédai iraraédiqtemenü à la vérifleation de ce fait. Jlappréciai successivement les soixante-sqit récoltes individuelles J des officiers, écrivaient mes .appréciations, et l’addition donna ea effet une . somme supérieure d’un cinquième à l’ensemble des. récoltes de 1 1 communauté.. Cette opération terminée, je réunis de nouveau les colons. Je leur déclarai que les rcsulîals (le cette enquête me décidaient à établir parrai-cu.5 le travail individuel; mais je les prévins que, puisqu’ils se croyaient capables - de se sufiire à eux-mêmes en se séparant, je leur retirerais les vivucs-ct la solde. Ils aixucillircnt cette déclaration par un conscntcm-cnt unanime.
Mcred avait absorbé ma journée. Le lendemain, je visitai Mahclma et Eouka. J’y^ronvai les mémos répugnances .pour.le travail;ea.commua.,Oa me les exprima
dans les mêmes termes, en s’appuyant sur les mciurs motifs. Cependant on ne s’était pas concerté. Ces villages, situés à six lieues l’un de l’autre, n’avaicni aucune relation entre eux. Je chargeai un sous-intendant de distribuer le fonds commun et les troupeaux de la manière la plus équitable, et l’association fut rompue. Aussitôt on v't renaître chez le plus grand nombre une grande émulation, et à la fin de 1843 ces trois villages étaient de beaucoup tes plus prospères du Sahel. Seulement il y avait de grandes inégalités dans cette prospérité. M. Pétrus Borel, inspeeteur de colonisation, signala, dans un rapport, des colons de Méred qui avaient pour 5 ou 0,000 francs de bestiaux en tout genre, tandis que d’autres n’avaient pas même conservé ceux qui leur étaient échus en partage, et n’avaient pas assez de récoltes pour vivre. Cela est dans la nature des choses; l’égalité absolue n’est pas de ce monde, c’est Dieu lui-même qui l’a voulu, puisqu’il crée les hommes si divers en force, en intelligence|A activité, en penchants. Les socialistes, affliges de Wr souvent la misijrc à côté de l’aisance et même de la richesse, poursuivent la chimère de l’égalité parfaite. Us croient l’avoir saisie dans l’association, ils se trompent; ils h’oblicndront que l’égalité de la misère.
Je pensé, avec M. Michel Chevalier, que,, pour améliorer le sort des masses, il faut augmenter le capital et les produits, mais surtout ceux de l’agriculture. Or, le capital ne peut s’accroître quand la production diminue, et des faits concluants nous ont prouvé que l’association. est. moins productive que le travail basé sur l’intérêt individuel.
Je viens fie inonlrer les difficultés, je dirais presque les impossibilités de l’association des ouvriers, du moins sur une grande échelle. On aurait tort d’en conclure que je suis ennemi du principe : non, et j’ai toujours cru que, dans certains cas, les hommes augmenteraient leur bien-être en associant leurs efforts et leurs intérêts; mais, comme je n’ai point le fanatisme d’une théorie, j’ai bientôt reconnu que leurs instinets, leurs sentiments tendent à les séparer, Cê que je n’ai jamais cru, c’est que l’association, comme l’entendent nos socialistes, pût être un système général d’organisation de la société et du travail. Je l’admets comme pouvant s’appliquer et réussir dans des circonstances exceptionnelles, et pour cela je veux qu’elle soit non-seulement autorisée, mais encore encouragée, pourvu que l’encouragement ne soit pas donné par la spoliation de la bourgeoisie ou des diefs du travail. J’ai déjà établi que cela ruinerait les travailleurs au lieu de les enrichir.
Si les socialistes de toutes nuances poursuivent avec ardeur, au péril de la société, l’application de leurs idées, c’est qü’ils n’ont pas su voir ce qu’ils demandent réalisé déjà en grande partie sous læ seule forme possible. Est-ce que toutes les classes de la société ne sont pas solidaires dans leurs intérêtsAvec la liberté et l’égalité devant la loi. Une classe peut-elle prospérer ou souffhir sans que les autres souffrent ou prospèrent? Tous les intérêts ne sont-ils pas étroitement liés par la force des choses? On ne le voit qüe trop •. lorsque, par suite des perturbations politiques, le crédit, l’industrie, Je commerce, sont ébranlés, tout est atteint, jusqu’aux plus modestes ouvriers. Il y a donc une grande associa-
lion nationale basée sur lé'libre arbitre. Chacun, en raison des faéültiés-qu’il' tient de la nature, agit dans cette grande'eonminnanté, et fait lui-même sa part de ridresses aussi grosse q'tt’il le peut. La richesse est indéfinie,"îliimitce, pnisqu’elle dépend des facultés de l’inditridu. On n’a qu’une manière équitable de la répartir, dest le'travail'libre. On peut dire que c’est Dieu luimème 'qui fiiit la répartition, en créant chaque jour les hommes'avec des facultés, des passions, des goûts trèsfiverSi Laissez-les donc agir en toute liberté, chacun se dasswa bien mieux que vous ne sauriez le faire.
Je ncTcux pas dire pour cela que, la société doive entièramentabandonner les hommes qui, moins'bien détÔB pan fa nature, n’ont pu se créer une existence tùlcrsble.: Loin de là, je veux qu'on les aide autant qu’on le pourra par des institntions de bienfaisance prévopnte, par sne éducation morale plus que par Linstruolion. Il est iffouvé que ce sont les vices qui appauvrissent, bien plutôt que l’exiguïté des salaires; ceux qui ont de la moraHte et de l’économie se tirent toujours d’ùflaire.
Nosréformktes, qui croient trouver, dans la société, des dusses déshéritées , faute de sevappeler que le tra- -vail apptarlicnt à tout le monde, sont-ils plus pénétrants, jiEtes, 'qnand ils disent qu’il faut mettre lu Capital mtreksniiunsde tous? Pour ce faire, il >n’y a qu'un seulaaoycn, c’est«deprondre les capitaux à^ceux qui les imt’ acquis ■; à la sueur de leur; front. C’est la ‘révolution «ooiaIcf'€’ei>tlaaniine générale et laiguefrueivile, c’est 'uissi-latipreuvQ du 'plustriste aveuglement. Quoi ! vous DB voyc3‘pas quedes capkaux ^sont en faitaBiservice de 4oiibfaisii8}iliié3LLc dinplo^uvricr dhinu.fitbriquc ne par-
ticipe-t-il pas aux avantages du capital qui la fait marcher? Et si ce capital se perd, les ouvriers ne scuffrentils pas à l’instant? N’en est-il pas de même du capital rural? N’y a-t-il que ceux qui possèdent la terre qui en jouissent, et n’y a-t-il pas vingt-quatre millions de bras qui en vivent, si tous n’en possèdent pas?
On eroit encore innover en nous prêchant l’association du capital, du travail et de l’intelligence; mais cette association est partout : bien aveugles ’ont ceux qui ne la voient pas! Csmment les esprits distingues qui propagent cette thccric n’ont-ils pas remarqué un fait immense, un fait qui occupe tonte la surlace du pays, depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées? C’est la culture par métayers. Le propriétaire fournit le capital de la terre transformée par les travaux des siècles; il fournit encore les bâtiments d’exploitation, le logement de la famille, les outils aratoires, les semences, et enfin le capital des bestiaux. Le métayer n’apporte absolument que ses bras et quelques petits outils à la main. Si le propriétaire entend l’agriculture, il fournit aussi son intelligence. N’est-ce pas là l’association complète, telle que la demande la Démocratie pacifique?
Dans cette communauté, qui date de bien des siècles, le travailleur serait-il exploité, comme on dit, et son travail ne serait-il pas rétribué conformément au produit? 11 est aisé de prouver que les plus grands avantages sont de son côté. Il est fort rare que le propriétaire recueille plus de 3 à 4 pour dOO de la valeur de tous les objets qu’il met à la disposition du métayer. Gelui-ci, outre la moitié des principaux produits, prélève pour son usage une foule de petites denrées, telles
que les Icgiiracs cl les fruits: il prend encore sur la propriété son c]jnuir<ige et tout le bois nécessaire à l’entretien des instruments aratoires. Les réparations, la reconstruction des bâtiments, quand ils périssent jjar yclusié.ou autrement, sont à la ciiarge du propriétaire. En ré.ifilé, dans une péri.’rJe de di\ ans, celui-ci n’a pas reçu le tiers du produit de «on immeuble. Je ne crois pas qu’il y ail là un privilège aristocratique.
Le capital s'est donc concentré providentiellement, au profit de tons, dans un certain nombre de mains, al?n qu’il eût la puissance de créer le travail. Le disscminer par la spoliation scr.ait un crime et une absurdité économique. Tout ce que demandent les socialistes csiste d’ailleurs en fait, nous le répétons, depuis qu’il y a une société, il n’out pas su le voir, et ils veulent aujourd’hui fonder, par la spoliation et In guerre de classe à classe, ce qui a etc fonde par la justice et la force des choses. Ils n’y parviendront pas. Ils peuvent pousser le peuple à s’entr’égorger; mais leurs systèmes ne s'établirent jamais, parce qu’ils sont contre la nature des hommes et des clwscs. .4prcs bien des orages, la sociclc rentrera dans la voie qui lui a été tracée par les siècles.
D roc reste à dire un mol des communistes : ils veulent nous conduire tout d’un coup nu but où. les soein- Kslcs, qui se croient plus "modérés, nous amèneraient graduellement. C’est le délire absolu de l’cspril et du cœur, cc^ le chaos, c’est la mort..L’intelligence humaine peul-élle concevoir l’administration en commun de tout ce qui constitue la riebessc d’une nation civilisée? Si ion veut faire de l’égalité, delà jusliee dans
l’injustice, il ne faudrait pas seulement s’emparer, pour la communauté, ' de Ifi terre' et dea 'maisons, 11 faudrait aussi réunir à la masse téüté la fortune produite par les arts, les scicnecs, le commerce, l’industrie, lalittérature , les fonctions'publiées, les métiers j tout enfin. Qui donc administrera céfté incommensurable communauté? Qyi répartira les produits? Je ne vois que Pieu qui en ait la puissance. En vérité, on est aussi honteux qu’affligé d’éù-e oblige de discuter de pareilles monsirudsitcs; màis comment s’y soustraire, puisque le comniUiiisme, sous une forme ou sous une autre, s’infiltre dans les plus hautes régions et menace d’entrer dans la législation ? '
ïouiefois je ne le suivrai pas dans toutes scs irapossibililcs; je me bornerai à l'envisager daps son influence sur la production agricole. Cela suffira, puisque la prospérité agricole est l’cxislcncc nationale cllcnlcinc.
Ce iju’il faut reprocher aux communistes, ce n’est pas le défaut de logique. Pour introduire une ombre dé justice dans la cominunaulc, il fallait tout placer entré les mains du gouvernement, afin qu’ii y eût une direction pour le travail et pour la répartition des produits; Si la Communauté eût été établie séparément pour chacune de nos communes actuelles, on n’aurait point oblcrfu'ccttc égalité que l’on poursuit contre rouvre de Dièü diii-môraeV car il y a des communes riches parle solcf d’autres Irès-pauvrcs. Voilà donc'lc gouvernement chargé de diriger l’agriculture de 52 millions d’hectares et d’en répartir les produits, de manière à ce que tout le monde soit largement pourvu;
car te ti'e;! jias la nûièrc üula hiédiücrilé aclucilc que
Tvukiii CCS boiiB&es passionnés pour le bonheur du peuple, n est inatile de faire remarquer qu’il faudrait, pour remphreettepartie de rincommensurable tâche, une éflorme armée de directeors, de maîtres, de eontreraaitres, de-suireillants, de comptables, de gardemagasins, etc., etc.; mais le plus difficile, c’est de produire. Qui traTkillera pour cette communauté uni- Tcrselle? On ne se Ihrrc avec ardeur aux durs travaux de la terre que lorsqu’on est stimulé par l’intéi^t personnel, par l’amour de la famille, par le besoin de nourrir sa femme et ses enfants. On ne travaille pas, on presqu". pn;. pour une communauté universelle et sans l’espoir (le recueillir directement les produits de ses sueurs ; chacun s’en rajqsorte à tous pour üssurer,Ia production néccîseirc à tons. On pourra bien faire faire par ordre, per corvées, quelques traraux de labour et d’ensemenccincnts; mais ne sait-on pas comme ou travaille pour le public? L’application de la loi sur les chemins vicinnoA est iâ pour l’apprendre. Voyez ce pauvre maire; zèle [)ar exception, il convoque cent prestataires à cinq hetircs du matin pour réparer un chemin impraticable; il en vient dix à huit heures, ils travaillent nonchalamment jusqu’à neuf heures. Vient alors le déjeuner, qui prend deux heures, et ce n’est que sur les instances réitcrccs du malheureux maire qu’on reprend la: pioche fmur la laisser tomber, avec mollesse sur la terre jus- <|u'ù l'heure d’une nouvelle collation. L’atelier, si cela mérite ce nom. est déserté avant le concher du soleil ; voilà ce qu’est le travail public. Et vous espérez qu’avec ut! pareil travail nation sera nourrie plus abon-
(1amment:qu’enei;nc>.l*esl?i Saebej^qiaçv) jpqur Jardaiis vivre: ^médioüremcDt». ily a â4imilliDBS.d!iÔ4ividus sÿf\, pousséa par.la oéeesaitéMet. l’amour.idâ^a&famUlef. (ra^^ vaiUéDt .trèsrdtwmenl tousiles joure. de .Ia- vie l’aube jusqu’après lejcoucUenda^aleil.
Avec le travail en cofflisuD ^les-rcceltes .annuelles ne donneraient, pas .la; moitié, des .produits. qu’exige la.subf-, sistonce .de la France. Qui .saura: imeltrct à profit^, pour les petits, soins de détail , les. variations du; temps i . si fréquentes .parlois idans'uu seul-jour, quand, il .faudra .attendre un ocdre.et la réuoion.deitous les ouvriers comT munistesdeda cir<»n8crjptioD,„run. ne.voulaut=pT!s Ira., vaillcr sansraulrfi.?.Ce:Soatccpendant. ces petits soins donnés chaque jour, ^mEaisou-des variations de l’auno.' sphère, qui (oniie.résultat au.boul.de l’année.,Què.de temps perdu nvec lej travail disciplinaire , quey. sous ,1e régime duxomqtanisiue., il faudrait nécessairement éta> blir 1 Souvent, par les temps pluvieux, il fait deux heures de soleil, pendant lesquelles on peut soustraire une partie de récolte è l’intempérie ; la famille qui travaille librer ment et.pour.elle nedaisse pas échapper ces bojines.for^ tunes,;.Dans le .travail en comniun elle attendra' des ordres;, destdispoàtions générales qui viendront trop tard, et les bien$4u in terre seront emportés ou avariés par l’orage., besdimaiicbcs, les jours de fétcy lafamille libre,, ppupnitaire, fermière ou métayère, se livre à divers-péties,sains avant et. après. la<messe; elle-enlèvé méme;du;(Qm.ou:des gerbes: si le temps, est menaçant, le cnré-le permiet; sous Ic régime. em.commuu., on entendra, avec indVéreuce ou apatbic .la-nue: gronder en approchant.
Ibis eeqa’fl ftndrait plaindre prcsqu’autant que Icf; baumes, ce sont les animanx. Comme ils seraient soifnés, «j^toenant â tons et à personne ! Ils boiraient qnand ns auraioit ftim et mangeraient quand ils auraient soiT; sonvent Os iraient au travail sans avoir ni baninungé, ce-qni n’empèchcrait pas de les mener très-doiement. Beancoop mourraient , tous seraient étiqnes, et le pénpie, qui mange déjà trop peu de viande, n’en mangerait pins du tout. Les charrettes, les outils aratoires) les harnais, seraient encore, moins soignés qne les animaux, et ce serait là une grande cause de mine pour la commnnanlé. On ne soigne bien toutes ces choses que qnand on en est propriétaire. Los fermia^ les grands propriétaires qui font exploiter à leur compte, pourraient en apprendre long sur ces points à messieurs les professeurs du communisme. Si ces agronomes n'exereent pas une Surveillance tres-aetive , ils sont ruinés par la négligence des valets et des journaliers.
l’agriculture nationale et paternelle ne consiste pas seulement dans les travaux nécessités par les récoltes annuelles.'Ce n’esl pas pour rien que, dans les contrats de ferme, après avoir imposé an preneur la plantation de tant de pieds d’vbrés, de tant d’arpents de vignes, de tant d’arpents à marner chaque anneo, on ajoute ;
€ enfin, Q enltivcra de tout point en bon père de fumOle. » C’est que les travaux de l’avenir jouent, dans Fagrienlture, un très-grand rôle, que dis-jc? un rôle . éditai; sans ces travaux, le sol, dénudé bientôt, perdrait presque toute sa valeur. Sous le régime de la sannrananté, on ne pourra même pas faire les travaux
ordinaires pour arracher à la terre la subsistance de l’année; comment ferait4>n les traVàux dont on ne doit recueillir les fruits que dans quinze ou vingt ans? On coupera des arbres, on en coupera beaucoup, mais qui en plantera? Qui desséchera des marais?.qui sèmera des forêts? qui extraira les rochers des coteaux pour en faire des murs de . soutènement , dierriëre lesquels «m mettra les terres qui auront été trouvées dans les interstices de la roche? qui plantera des vignes de .manière à les faire durer un sièclé? qui rapportera sur le sommet du coteau les terres que les orages auront' précipitées dans le vallon? qui dirigcra'lcs eaux d’orage pour qu’elles ne ravinent pas? qui endiguera les rivières cl les ruisseaux pour qu’ils n’emportent pas les terres des plaines, ou qu’il n’en fasse pas des marais?
On ne fait toutes ces grandes opérations de l’agriculture que lorsqu’on est assuré d’en laisser le produit à ses enfants, et, si on ne les faisait pas, que deviendrait le sol? Avant vingt ans, il serait dépouille d’arbres et de vignes ; les coteaux seraient décharnés, les vallons seraient encombrés de cailloux, certaines plaines redeviendraient marais; la population, misérable, diminuerait dans une proportion clTrayante; la nation périrait dans le chaos. Voyez, pour preuve, les biens communaux, ceux des hospices, des établissements publics, et même les biens en usufruits, quoiqu’ils soient surveillés par la loi.
N’allons pas plus loin, c’en est déjà trop. Le communisme pourra bien faire verser des torrents de sang, mais i!l ne s’établira jamais. Dès les premières tentati- . Tes d’application, le prolétaire lui-même y renoncerait,
el(pcatTtiiKc^daiissiiqpult;«olàce)ippair«itjlsévèi.euîent: let' heiiiini&:iqair,lttr«ii]iûeBl;, prêcirà; oette infernale doeumes.-
L’o^im qarjeneM d’^rimee sur les socialistes y i a if Ki irpautt^treîida'.lcHft part, des observations fhirammoiiirrôcs; je leaavertisque je ne leur répondni fUL; OulR:qiie j’ai peu de goût pour la polémique, je siBKlrts^ pheé pour &l faire. Habitant les champs i eeatjriagl lieues deParis, je lis: très-peu de feuilles pério^ques; j’ignorerai, la plupart du temps, les critâfUE.qufmi pourra diriger contre cet examen rapide dememcHes doctrines qui ont couvert de deuil Paris et la France. Qu’on ne prenne; donc pas mon silence pour