‹ Les sociétés primitives de l'Afrique équatorialeChapitre 87 sur 122 · III. — Emplacement du village · texte numérisé non relu

III. — Emplacement du village

L'emplacement choisi pour le village trahit encore le caractère et les mœurs de ses habitants. Ici, insouciance ou confiance ; là, méfiance et circonspection ; ailleurs, mercantilisme ou talent d'industrie. Généralement, au moins dans le bassin du Congo, on recherche l'abord des rivières. Les grands cours d'eau offrent comme particularité géographique commune un bourrelet riverain bordé de part et d'autre par deux dépressions : l'une remplie en tous temps par le grand courant; l'autre annuellement inondée au moment des crues . Ce bourrelet est l'emplacement favori des grands villages. C'est là quils sont aussi près que possible de la (( route qui marche » ; c'est là également qu'ils ont le moins de chances d'ctre visités par l'inondation annuelle.

Les tribus éloignées des cours d'eau importants choisissent de préférence des mamelons ou collines entourés par des ruisseaux d'eau vive.

II est remarquable que, à part les riverains du

SOCIÉTÉS PntMITIVKS DE I.'aKHIOITE KOL'AT. 16

haut Oubanghi, la plupart des populations h. huttes coniques sont, en quelque sorte, hydrophobes. Elles

Fig. f). — Type de village fortifié. Village de Golabied (Bakouli),d'après un levé de M. le lieutenant Debrand.

recherchent les croupes dénudées et arides, grillées par le soleil. C'est ainsi que j'ai vu maint village des plus considérables', et même des capitales de sultans,

j. Zaïidos,

LE VILLAGE, ÊTRE PHYSIQUE 'j\S

qui se condamnaient à aller chercher l'eau dans des calebasses et des jarres à plusieurs kilomètres de distance. D'autres, pour les usages domestiques, puisent à de petits trous creusés dans le lit des ruisseaux desséchés, où croupit un liquide boueux, nauséabond, infesté d'une vermine grouillante et d'une flore cryptogamique exubérante.

Chez les peuples de mœurs guerrières*, les villages à cases continues et à disposition parallèle sont perchés stratégiquement sur des hauteurs escarpées, gravissant un raidillon, dévalant lautre versant, interrompus par un ruisseau, reformés sur la pente suivante, découpant un coin de forêt, biaisant au travers d'une clairière, mais partout épiant les chemins, surveillant les abords; un œil sur telle colline, un œil sur la perspective de telle vallée; sa griffe maîtresse posée sur un tournant de rivière ou sur un seuil dangereux. Les flancs, auxquels la chaîne de cases tourne le dos, sont défendus par des abatis d'arbres, par des fosses, par des chausse-trapes et des échardes. Leur position dominante, le chaos tumultueux des géants de la forêt, les détours savamment ménagés des sentiers d'accès, la traîtreusc épaisseur des fourrés, 1 escarpement des pentes, un sol argileux et glissant, le réel courage des guerriers ' ne laissent pas que de rendre dangereuse

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