‹ Les Soeurs de Charité en OrientChapitre 14 sur 30 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

les enfants de la même patrie , nourris des mêmes idées , ayant la même foi au fond et le même dévouement? Les uns et les autres ont tout quitté pour l'obéissance ; ils combattent le même ennemi, seulement avec des armes différentes.

» Les soldats ont tant de sympathie pour les Filles de la Charité , qu'en les voyant arriver dans les hôpitaux , où le choléra les décimait, leur premier cri était : A présent , nous ne mourrons plus, nous avons les Sœurs / Ce cri du cœur se produisait par d'autres réflexions , comme celle-ci : Ah l ma Sœur, vous me rappelez ma mère ! Et de la sorte, un mourant annonçait qu'il était consolé, ou bien qu'il cédait à la douce et sainte exhortation qui le pressait de songer aux intérêts de son âme. C'est le moment où la Sœur tirait de sa poche la médaille de l'Immaculée Marie et la passait au cou du malade. Les âmes saisies par ces lacs sont innombrables ; on n'a vu aucun soldat les repousser. Tous , lorsqu'ils n'avaient pas déjà la médaille, la sollicitaient ou la recevaient avec reconnaissance. Plus d'un moribond, qui ne pouvait déjà plus répondre au dernier appel du prêtre (et de qui celui-ci voulait savoir s'il avait eu le temps de recevoir les sacrements),

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tirait avec sa main glacée la médaille suspendue sur sa poitrine et la montrait pour faire entendre qu' avec elle tous les biens lui étaient venus,

» Je parle ici surtout des scènes du choléra et des \iclimes de ce fléau miséricordieux , bien qu'il paraissait n'être que l'exécuteur de la Justice divine. Comme il est arrivé à point pour réveiller la foi dans les âmes qui l'avaient laissée s'éteindre , ou pour l'accroître et la fortifier en celles qui possédaient ce don de Dieu !

» Le choléra a encore été l'introducteur des Sœurs de la Charité dans les hôpitaux militaires, qui, sans cette circonstance, continueraient d'être desservis comme par le passé, c'est-à-dire avec moins d'ordre, de propreté et surtout de profit spirituel. Aussi y a-t-il lieu de croire que la guerre d'Orient servira d'antécédent pour l'application définitive et générale du service des Sœurs dans les hôpitaux ou les ambulances de l'armée.

» Les Sœurs se prêtent tout naturellement à cet office. La règle de leur Institut les a déjà façonnées à la discipline militaire, et leur régularité uniforme plaît au soldat. Arrachées la plupart aux classes et à d'autres offices non moins pacifiques ,

et le choléra 29

quand elles durent partir pour Galiipoli ou pour Verna, elles disaient gaiement à leurs amis de Constantinople, et je crois être du nombre, qu'elles allaient à la guerre le sac à la main , au lieu de l'avoir sur le dos. En effet , le mince bagage tient dans le petit sac bleu et uniforme qui les suit dans leurs voyages. Habituées aux fatigues et aux privations de tout genre , elles affrontaient le mal de mer et ne s'étonnaient point du dénuement des réduits qui leur étaient assignés. Réjouies d'avoir l'occasion de pratiquer nécessairement une plus stricte pauvreté , elles trouvaient dans cette disette et dans les petites industries qu'elle leur suggérait un fonds inépuisable de plaisanteries et de bonne humeur. C'est ainsi qu'on les a vues au milieu dé l'hôpital de Varna, alors foyer d'une infection pestilentielle qui l'avait fait évacuer. L'unique chambre disponible pour elles leur servait de dortoir, de réfectoire , d'ouvroir, de salle de réception et de chapelle. Quelques draps tendus la divisaient en alcôves ou cabinets, et, dès cinq heures du matin , un autel élégamment improvisé les réunissait toutes pour le saint sacriBce. Le servant du missionnaire était le soldat qui servait d'ordonnance

LES SOSTJRS DE CHAIUTE

aux Sœurs , à moins qu'il ne fut remplacé par quelque officier ou capitaine de vaisseau , spectacle que les aumôniers ont vu plusieurs fois à leur grande satisfaction.

» C'est dans cette même chambre que fut offert le touchant spectacle de l'une des Sœurs en proie à la maladie qu'elle avait contractée près de nos soldats. Les premiers symptômes inspirèrent autour d'elle de vives inquiétudes ; mais la pieuse servante de Dieu , préoccupée seulement de la pensée de la mort, dit au prêtre qui lui apportait l'Extrêmc- Onction : a Quel bonheur ! vous me signez mon passe-port ! » Puis elle calculait si elle pourrait être prise par la sainte Vierge le jour de sa belle fête de l'Assomption. Son sacrifice ne fat consommé que le lendemain , et lorsqu'elle était prête d'expirer, ses compagnes, jalouses de la préférence qui lui était accordée , puisqu'elle était la plus jeune et la plus forte, s'en plaignirent hautement et la chargeaient de les en dédommager là-haut en leur obtenant de la sainte Vierge la même place ou quelque autre semblable. La mourante réunissait tout ce qu'elle avait de forces pour s'unir aux prières des agonisants que prêtres et religieuses récitaient , rangés

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