AU LECTEUR
Et pourquoi donc hésiter ai- je?...
Il y a vingt ans à peine, le président d'une des Loges de Paris, le F.'. Charles Fauvety, Vénérable delà R.'. L.\ la Renaissance, se trouvant pris tout à coup d'un accès de pudeur, éprouvant le besoin de protester, auprès de ses collègues de la secte, contre certain fait qui lui paraissait par trop honteux pour la Franc-Maçonnerie, écrivait ces lignes, qui n étaient point destinées à être lues par un autre public que celui des Loges :
« Le Temple de notre chère Maçonnerie Française rappelle asse^ exactement ces temples de la Babylone antique, consacrés à Vénus Mylitta, dont V enceinte était encombrée de femmes faisant aux étrangers Vhommage de leurs charmes... La Maçonnerie et la prostitution travaillent ainsi de compagnie et somme deux forçats rivés à la même chaîne. »
Et, pour que les initiés auxquels il s'adressait ne pussent se méprendre sur le sens de ses paroles, le F.'. Fauvety ajoutait, à sa protestation maçonnique, cette note significative :
« Quil me soit permis de reproduire ici le tableau que trace.
Hérodote des mœurs antiques dont je parle. Le rapprochement est curieux; car il y a entre ce qui se passait h Babylone et u qui se passe a Paris des points de ressemblance vraiment frappants.
« Toute femme, née dans le pays, rapporte Hérodote, est « obligée de se rendre, une fois dans sa vie, au temple de « Vénus pour s'y livrer à un étranger. Plusieurs d'entre elles « se font porter devant le temple dans des chars. Là, elles se ce tiennent assises, ayant derrière elles les domestiques qui les « ont accompagnées ; mais la plupart s'asseoient dans la pièce « dépendant du temple de Vénus, avec une couronne déficelles « autour de la tête. Les unes arrivent, les autres se retirent. « On voit en tous sens des allées séparées par des cordages « tendus ; les étrangers se promènent dans ces allées et choi- « sissent les femmes qui leur plaisent le plus. Quand une « femme a pris place en ce lieu, elle ne peut retourner che\ « elle sans que quelque étranger lui ait jeté de V argent sur ce les genoux et ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré. « Il faut que Vètranger lui dise : J'invoque la déesse « Mylitta. Quelque modique que soit la somme, il ne peut « éprouver aucun refus. » (Clio, livre Ier, paragraphe 199.)
A cette protestation du Vénérable de la Loge la Renaissance, le Grand Orient de France, par la plume du F.'. François Favre, Vun de ses membres haut gradés, répondit en traitant le F.'. Fauvety de « transfuge du Rite Misraïm, passé depuis trop peu de temps au Grand Orient pour avoir pu étudier la question », etc. La réponse des chefs du Rite- Français, de même que V écrit qui V avait provoquée, ne franchit pas le seuil des Ateliers Maçonniques, et le public profane ignora, de la sorte, une discussion qui était de nature à l édifier sur la moralité de la secte.
Or donc, je crie aujourd'hui au public, ce qu'un Maçon récalcitrant murmurait en 1 866 au public restreint, au public des Loges.
Et je ne me contente pas d'établir un parallèle entre le Temple contemporain de la Maçonnerie et les temples antiques de Vénus Mylitta. Je fais mieux : je dévoile, malgré le dégoût qui m'envahit, toutes les turpitudes de la plus abominable des sociétés secrètes.
Oui, il faut qu'on le sache bien, la Franc- Maçonnerie ne se contente pas d' intrigues politiques ; elle vise encore à la démoralisation la plus complète de Vhumanitè. Elle nest pas seulement une association ténébreuse de gredins se poussant les uns les autres au pouvoir, trompant, frustrant et volant le peuple; elle est aussi la lie de la race humaine, un cloaque d'immondices, une plaie honteuse et cachée, une pourriture dévorante formée et entretenue par les plus infâmes débauches.
Et cette bourbe infecte a la prétention de monter à la surface et de corrompre tout ce qui est pur î
Et cette ordure se déclare sacrée !
Et cette purulence ose s'intituler Vertu !
Dans quel temps vivons-nous ? Dans quel abîme sommesnous tombés? Jusqu'à quels siècles arriérés rétrograderonsnous encore?
Quoi ! le retour à la prostitution selon la mode babylonienne constituerait le progrès, tel que V entend une secte qui a l'ambition de dicter au monde ses lois ?
Mais, que dis- je? Le culte de la Vénus Mylitta est chaste et pudique auprès de celui du Grand Architecte ! Les Babyloniennes n'étaient obligées à se livrer qu'une fois dans leur vie ; c'est à toute heure, c'est sans cesse, sans répit, sans merci
ni grâce, c'est toujours et toujours que le vice des Frères Maçons ètreint et brise ses victimes, les Sœurs Maçonnes !
Pauvres femmes !. . .
Ah! si mon indignation ne saurait trop éclater pour flétrir leurs corrupteurs, je n'éprouve, par contre, à T égard de ces malheureuses, qu'une immense pitié.
Afin de mieux clouer au pilori les Francs-Maçons, j'ai dû publier la liste des principaux d'entre eux. Mais on comprendra la réserve que je garde, quant à la question de personnes, vis-à-vis des infortunées qui sont les tristes jouets d'une horde maudite et sans pudeur. Pour atteindre la Maçonnerie des Dames, il suffit de déchirer le voile qui, jusqu'à ce jour, recouvrait ses réunions mystérieuses ; il est inutile, et Userait, u surplus, peu galant pour un Français, d'arracher les masques de nos Sœurs Maçonnes. Je m'abstiendrai donc, au cours de cet ouvrage, de toute allusion à l'égard de n'importe quelle individualité.
Et même, pour qu'on ne puisse m' accuser de couvrir indistinctement tous les Maçons du même opprobre, je considère comme un devoir de déclarer, au début de ce livre, œuvre de calme et de vérité, que les rites androgynes ne sont pas pratiquées dans toutes les Loges; qu'il est des Vénérables qui se sont abstenus et s' abstiennent d adjoindre aux sociétés présidées par eux ces sérails de tolérance nommés Ateliers d'Adoption; enfin, que, malgré l'envahissement de V obscène dans la Maçonnerie, il est encore quelques honnêtes naïfs, emboîtant le pas au F.'. Fauvety et bornant leurs travaux à la politique.
Malheureusement, malgré ces rêveurs dévoyés, envers et contre ces aveugles, l'œuvre de corruption maçonnique accroît chaque jour ses ravages secrets, s'élargit d'heure en heure comme une tache d'huile, étend sans cesse de plus en plus sa
gangrène hideuse qu'elle décore du nom de Morale Indépendante.
Et partout la secte immonde se glisse; partout, hypocrite , elle réussit à se faire protéger.
Et les gouvernements, qui cependant surveillent la prostitution des bouges, ferment les yeux sur celle des Loges.
Et c'est pourquoi il nest que temps de mettre en garde les gens honnêtes, de pousser la clameur iï alarme, de sonner le tocsin pour appeler la société à se défendre contre le plus terrible de tous les feux.
Mères françaises , cachet vos filles; voici les Francs -Maçons qui passent !
Paris, le Ier Mai 1886.
Post-Scrtptum. — La publication de mes deux derniers ouvrages, les Frères Trois-Points et le Culte du Grand Architecte, a jeté îe désarroi dans nos Loges. Quelques démissions se sont produites. D'autre part, des mauvais plaisants, mettant à profit mes renseignements, se sont amusés à aller assister à des réunions maçonniques. Aussi, grande est la colère chez les Enfants de la Veuve.
Le principal organe de la secte, la Chaîne d'Union, constatant avec épouvante que les adorateurs du Grand Architecte ne se trouvent plus en sûreté dans leurs temples, publiait, en tête de son numéro de février 1886, la note suivante :
« Depuis quelque temps, des publications et des indiscrétions malsaines peuvent faciliter l'entrée de nos réunions à des personnes qui sont étrangères à notre Institution. Le vrai moyen de ne pas s'exposera recevoir dans nos Loges d'indignes personnages, n'est point de se contenter du tuilage, du mot de semestre, etc., etc., toutes choses qui peuvent être divulguées, mais d'exiger des Visiteurs non connus qui se présentent, Vexeat de leur Loge, ou la dernière quittance des cotisations acquiitées, et enfin leur signature, pour la comparer avec le ne varietur de leur diplôme. Nos