LES FILLES D EVE
Aimables Sœurs, faut-il vous faire un crime
Du premier culte offert à la beauté?
Un souffle pur produit l'homme et l'anime;
Il croit en vous voir la divinité.
Aimables Sœurs, l'homme eût-il pu sans crime
Etre insensible aux pieds de la beauté?
Aimables Sœurs, dans ce pieux hommage
Les fils d'Adam ont tous été fervents;
Par eux ce culte a passé d âge en âge;
Ils lui donnaient leurs plus charmants instants.
Aimables Sœurs, dans ce pieux hommage
Nous nous piquons ainsi qu'eux d'être ardents.
Aimables Sœurs, par toute la nature On a voulu vous dresser des autels; Chez les humains, privés d'art, de culture, Vous obtenez des tributs naturels.
Aimables Sœurs, par toute la nature, Qui mieux que nous encense vos autels ?
Aimables Sœurs, quoi ! l'Olympe en murmure, Pourquoi, chère Eve, eûtus-vous tant d'attraits ? Ah! notre père au ciel eût fait injure En de'daignant le prix de tels bienfaits ! Aimables Sœurs, si l'Olympe en murmure, Pour l'apaiser, montrons-lui vos attraits.
Aimables Sœurs, puisque la faute est faite, Pour mieux la boire, à Bacchus livrons-nous; Et si pour mal encore on l'interprète, Toute erreur plaît, dirons-nous, avec vous. Aimables Sœurs, notre excuse est parfaite : A vos côtés, qu'aimer et boire est doux !