‹ Les soins de toilette: le savoir-vivreChapitre 117 sur 168 · CROCODILE · texte numérisé non relu

CROCODILE

Le « cocodrille » est un animal amphibie, de couleur jaune, qui a quatre pieds et qui vit en Egypte dans le Nil. Il ne possède pas de langue et il meut seulement sa mâchoire supérieure. C'est une béte « gloute \ qui mange trop, et quand il est bien saoul, il se gist sur le rivage et ne fait que rotter, tant est plein. »

Pour Mandeville, les crocodiles sont « serpens jaunes, qui ont quatre piedz et courtes jambes. Et en y a qui ont bien cincq toises de long, ou six ou sept, et plus aucunes foys. Et quant ilz vont par ung lieu sablonneux,* il semble qu'on aye traisné ung arbre parmy le sablon. »

' Gloutonne.

Les œufs que pond la femelle sont énormes.

Elle les dépose dans le sable et, comptant sur la chaleur du soleil pour les faire éclore, elle ne s'en occupe plus.

Ce reptile s'apprivoise facilement, et alors son maître en fait tout ce qu'il veut : « Quand il est pris et dompté, il oblie toute fierté, et devient si privé que ses sires * le chevauchent et li font faire ce que ils veulent. »

Cela tient sans doute à ce que le crocodile est doué d'une extrême sensibilité. Ainsi, lorsqu'il peut s'emparer d'un homme, instinctivement il le mange; puis, le repas achevé, il se désespère en songeant à la mauvaise action qu'il vient de commettre, et ses regrets sont éternels :

Mes toz jors mes après le plore Tant corn il en vie demore.

Quelques auteurs, mal informés, ont prétendu que les choses ne se passaient point de cette façon. A les croire, le crocodile apercevant un homme se prenait à sangloter afin d'attirer son attention. Et lorsque le bipède compatissant s'approchait pour connaître la cause de ses pleurs, il était aussitôt dévoré.

^ Ses maîtres.

De là serait venue l'expression larmes de crocodile , qui doit avoir une autre origine, car la première des deux versions est la seule vraie. Au fond, pour l'homme rencontré, le résultat était le même, mais la vérité avani tout.

Je reprends donc mon véridique récit où je l'avais abandonné. J'ai laissé le crocodile plongé dans une inconsolable douleur. Pendant qu'il se lamente, un tout petit oiseau, presque un insecte, le roitelet, s'élance dans la bouche du sensible animal, pénètre jusqu'à son ventre et lui déchire les entrailles.

De nombreuses explications sont ici nécessaires, Lacépède et Cuvier vont nous les fournir.

« La femelle du crocodile ne couve pas les œufs qu'elle a pondus. La chaleur seule de l'atmosphère ou celle d'une sorte de fermentation fait éclore les œufs déposés par elle sur le sable... Les crocodiles s'apprivoisent facilement. Il suffit de les bien nourrir pour obtenir leur affection. Sur la côte occidentale d'Afrique, on voit des enfants jouer sans crainte et sans danger avec ces monstrueux animaux. » (Lacépède.)

«Le crocodile a la langue plate et fixée à la mâchoire inférieure, en sorte qu'elle na point de mobilité propre, et que l'on peut dire qu'il n'a point de langue... Les eaux en Egypte fourmillent de petites sangsues. Elles s'attachent à la gueule du

crocodile, qui n'a pas moyen de s'en délivrer, puis* qu'il ne peut remuer la lang^ue. Un petit oiseau de rivage, qui n'est pas le roitelet, prend ces sang^sues dont il se nourrit, et le crocodile, à qui cet oiseau rend un grand service , le laisse agir. Tels sont les ftits que les Égyptiens attestent et que M. Geoffroy Saint-Hilaire a vérifiés. » (Guvier.)

DIPSAS.

Serpent si petit qu'il est presque invisible,

« à peine le voit-on quand on marche dessus. »

Il n'en est pas moins terrible, car il fait mourir

de soif Têtre qu'il a mordu. De là son nom grec

dipsas (de ii^oc^ soif) et son nom latin situla.

On nomme aujourd'hui dipsas une couleuvre fort inoffensive.

ÉCHENEIS.

L'écheneis, dit aussi rémora^ piexe, sucet, arrête-nef, etc., est un poisson tout rempli de malice. Quand un ouragan agite la mer, « il prent une pierre et la porte avec soi comme une ancre pour soi maintenir contre la tempeste. » Tout petit qu'il est, il arrête à son gré la marche des plus grands navires.

S'il s'attache à l'un d'eux, il l'immobilise durant la plus épouvantable bourrasque ^ . C'est

' M Detinet contra quemlibet ventorum impuUum, ita

à cette admirable propriété qu'il doit son nom latin de rémora : u Latini, dit Hugues de Saint- Victor , hune remoram appellant, quia cogat stare navigia. »

L'écheneis a conservé pendant bien longtemps sa réputation. Ambroise Paré, qui l'appelle « un petit malautru de poisson, » ne songe pas à contester Fétrange pouvoir dont la nature Ta gratifié*.

Montaigne non plus', et sur ce point nul dissentiment ne se produit jusqu'au dix -huitième siècle.

G. Rondelet, médecin du cardinal de Tournon et chancelier de l'Université de Montpellier, explique très bien qu'il n'y a dans le fait du rémora rien de fort extraordinaire. Il nous avertit en même temps que, quand un vaisseau est en marche, la proue avance plus vite que la poupe, aussi le rémora se fixe-t-il toujours à ce dernier endroit 3.

Le commissaire Delamarre * reproduit l'explication de Rondelet, au sujet de laquelle il se permet seulement quelques réserves de détail.

Dans le Recueil des questions traitées es conférences du bureau d'adresses^ il est démontré que « la remore fait le mesme effet sur le navire que la

quod moveri nequtt arte aliqua vel violentia. » (Albert de BoUstadt.)

' OEuvres, édit. de 1607, p. 1067.

* Essais, liv. II, chap. xii.

^ Histoire des poissons, édit. de 1558, p. 335.

* Traité delà police, t. III, p. 25.

torpille sur la main du pêcheur, qui se sent engourdi lorsqu'il vient à la toucher. La remore communique donc au vaisseau auquel elle s'attache une qualité stupéfiante ' : »

Mil ne-Edward s va nous apprendre l'origine de ces légendes : « La tête de Fécheneis est recouverte d'un disque aplati, formé de lames cartilagineuses, à l'aide desquelles l'animal peut se fixer aux différents corps sur lesquels il applique ce singulier instrument. Il s'attache ainsi aux rochers, aux vaisseaux et à d'autres poissons, surtout aux requins. »

Les homards recherchent beaucoup les huîtres, qu'ils mangent volontiers. « Et pource qu'ils ne peuvent ouvrir leurs escailles, ils espient quand les oystres s'ouvrent. Et adonc, ils mettent une pierrette entre les deux escailles à fin qu'elles ne se puissent reclore, » et ainsi les avale.

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