AUTRUCHE
L'autruche ^ a des plumes, des ailes et un bec d'oiseau, mais elle est si lourde qu'elle ne peut voler. Brunetto Latini lui attribue des pieds de chameau.
Au mois de juin, quand le moment pour l'autruche vient de pondre, elle contemple
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^ Slruthioy austruce, auslritche^, autruc e y os truc e, etc.
une étoile nommée Virgile ou Juizile, dépose ses œufs dans le sable et s'en va à ses affaires : tt Entor le mois de juing, quant il convient penser de sa génération, ele resgarde une estoile qui a nom Juizile, et quant ele commence à lever, ele dépose ses oes, les cuevre de sablon, s'en va porchacier son afaire et oblie ses oes en tel manière que jamais ne s'en sovient. » Heureusement, le soleil se charge de les faire éclore. Au reste, nous verrons tout à rbeure que l'autruche se montre parfois mère moins insouciante.
Son estomac est de si chaude nature qu'elle digère tout, même le fer.
Elle redoute surtout le cheval. S'il s'en présente un devant elle, « elle liève ses œsles contre luy, et les heurte tellement l'une contre l'autre qu'elle le contrainct à fuyr. »
Certains théologiens regardent comme type de l'orgueil l'autruche, que ses larges ailes semblent devoir porter au ciel, et que son corps pesant retient a la terre. Mais elle occupe une place plus importante encore dans la symbolique chrétienne.
On suspendait jadis à l'intérieur de certaines églises des œufs d'autruche. Dans l'inventaire de l'église d'Angers, qui a été publié par
M. Didron, figurent deux œufs d'autruche réunis par des chaînes d'argent, avec cette mention : « Le jour de Pâques, il faut mettre ces deux œufs sur l'autel de saint René. » On prétendait au moyen âge, dit M. Didron, que l'autruche pondait un œuf où le petit serait resté éternellement emprisonné, si la mère n'était venue en briser la coquille avec un mélange de miel et de sang. A ce contact, l'œuf s'ouvrait, et l'oiseau s'envolait à tire d'ailes. Ainsi le Christ, par son propre sang, brisa la pierre du tombeau et monta au ciel s'asseoir à la droite de son père. L'œuf de l'autruche représente donc ici le sépulcre de Jésus-Christ, et l'on comprend que le jour de Pâques, jour solennel de la résurrection, l'on ait placé ces œufs sur un autel. Mais l'autel lui-même n'était pas arbitrairement désigné, du moins à Angers, c'était celui de saint René, celui du saint né deux fois, du saint ressuscité comme le Sauveur du monde ^
Tout au contraire de saint René, quittons maintenant le ciel pour la terre. D'intéressantes constatations nous y attendent.
Il est bien établi que l'autruche ne construit pas
Voy. Didron, Annales archéologiques, t. XI (1851), p. 260.
de nid. Elle fait un trou, y dépose ses œufs, et, au moins dans la zone tôrride, au lieu de les couver, elle en abandonne l'incubation à la chaleur des rayons solaires. (Milne-Edwards.)
L'aùtrucbe avale bien tout, mais elle ne digère pas tout. « J'ai vu des autrucbes qui avaient eu l'estomac percé par des clous et déchiré par du verre qu'elles avaient avalé. » (Guvier.)