‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 13 sur 131 · HORTENSE, JULIE · texte numérisé non relu

HORTENSE, JULIE

JULIE

Pardon, ma chère Hortense...

HORTExëE {quittant le piano).

Ah! te voilà, bonjour!.;.

Tu A'ois... je t'attendais... Ça,, ma chère Julie, Entre nous, sais-tu bien que tu n'es pas polie ? Me défendre ta porte , à moi! vrai, c'est trop fort!

Hortense, excuse-moi, je conviens que j'ai tort... Embrasse-moi. . . veux- tu ?

',(i QUAND ON N'AIME PLUS TROP

HOETENS] t •

Si je le veux... Sans doute.

Quand pour venir ici je me suis mise en route, Je n'eus, lu peux m'en croire, aucun autre désir. Tu sais bien que te voir esl mon plus grand plaisir. Tu sais bien que pour moi, veuve el seule en ce monde, La richesse, Julie, esl l'amitié profonde Qui, dès les premier,- ans, a marié nos cœurs, Comme la voix du sang uni! deux tendres sœurs Tu sais bien qu'entre nous, peine, joie, espérance, Tout est commun !....

JULIE

Oh ! oui, je le sais, bonne Hortense,

Je le sais...

HÔETENSE.

Tu le sais? Alors, sotte! pourquoi Pour gémir ou pleurer te caches-tu de moi?..; Car... on a pleuré.

JULIE

Non.

Hi lETENSE.

Tourne-toi vers la glace.

C'esl cela .. Maintenant, regarde un peu, d,e grâce... Mi dis-moi franchementsi tes jolis grands yeux Rouges, gonflés, battus... ne sonl pas laids... affreux?, .

jolie. Je i assure...

HORTENSE

Pourquoi pleurçs-l u ?

L'ON N'AIMÉ PLUS ASSEZ l

JULIE

Quelle idée !

Je ne pleure pas...

HOETENSE. .

Si.

JULIE

Non.

HOETENSE.

Je suis décidée A ne plus te revoir... ou tu vas, sans retard, M'apprendre d'où te vient ce maussade regard, Et ce front morne, froid comme un ciel à la pluie ? Parle.

JULIE

C'est que...

HOETENSE.

Voyons... Achève...

JULIE

Je m'ennuie !

HOETENSE.

Et puis ?

Et puis... c'est tout.

HOETENSE.

Quoi ! . . . n'est-ce que cela ?

JULIE

Certes !

HOETENSE.

Expliquons-nous !... Quel est-cet ennui-là ?

(il WD ON \\IMI-: PLUS TROP

Serait-ce, par hasard, que ton époux, ma chère, Te négligerai! ?

julie vivement .

Non... Oh ! non pas ! Au contraire '

HOBTENSE.

A-t-il contrarié quelqu'un de tes désirs ?... Te laisse-t-il manquer de fêtes, de plaisirs?...

JULIE

Oh ! non...

HOBTENSE.

Si je vois bien, ton Henri t'idolâtre : Le jour au bois, Le soir dans le monde, au théâtre, 1 1 es1 à tes côtés toujours, ..

julie avec v. ii sou pi >'.

( Mi ! oui... toujours.., hobtense surprise .

Comme tu dis cela! Parle dieu dos amours ! Par cet enfant bizarre, inconstanl el volage! .Madame, le rie/.- vous déjà fi du ménage?

JULIE

Non... mais...

HOBTENSE.

Quoi, mais ?

JULIE

Je n'ose.

HOBTENSE.

Eli bien '

JULIE

Eh bien ! je croi,

Oh ! tu vas te moquer, tu vas rire de moi?...

HORTENSE

Non, non.

JULIE

Jure.

hortense [avec une gravité affectée).

Oui, voyons le mot de ce problème...

julie [hésitant).

Eh bien! je crois qu'Henri... vois-tu... Je crois qu'il m'aime Trop.

hortense [étonnée .

Trop ?

Oui... trop.

hortense [fiant.

Le mot est superbe, charmant.

Ton mari t'aime trop... et tu te plains !... Vraiment Tu mériterais...

julie [vivement).

Quoi?... .

HORTENSE

Que l'on vint te le prendre, Et qu'on te le brûlât pour en donner la cendre A tant d'autres maris indifférents et froids...

JULIE

Oh ! va... je ne ris point.

HORTENSE

Oui... franchement tu crois Qu'il t'aime trop? Le cas est extraordinaire,

'.i QUAND ON N'AIME PLUS TROP

El mérite, je crois, un peu de commentaire....

Il t'aime trop !... < ■ . Instruisons le prori

Explique-moi comment tu conçois cet ex

JULIE

Figure-toi, ma chère, un être qui sans ci se

Es1 pour moi ce que L'ombre esi au corps, qui s'empresse

Du matin jusqu'au soir...

hortense bas, en riant .

Pu soir jusqu'au matin.

JULIE

Chut !... épiant toujours mon plus petit dessein, Afin de l'accomplir avant que je l'achève.

HORTENSE

Ah !... c'est vraiment affreux ! !!

JULIE

Tais-toi !. . Quand je me lève.

Il accourt... S'il osait, ce serait lui. ma foi, Qui de femme de chambre occuperait l'emploi. Quand parfois Victorine est maladroite, ou lente, Il la gronde bien fort... Et sa main vigilante, Aux mains de la coupable arrachanf le Lacet, Bravement s'évertue à Lier mon corset... Nous déjeunons ensemble, et si je veux qu'il mange, Il faut paraître avoir bien faim... car si son ange, Son idole... son cœur... son trésor. .. comme il di1 . HésitaM à manger, il perdraif L'appétii : Il prendrait toul à coup des ai] s de tragédie; Il ferai! appeler, pour celle maladie.

Le docteur, qui viendrait, gravemenl étonné,

Tâter mon pouls d'abord... et puis lui rire au nez...

Quand à mon piano je veux faire une étude...

Je le vois près de moi dès le premier prélude.

Il écoute ravi... debout... silencieux...

Il suit sur le clavier mes doigts capricieux...

J'essaye une romance?... Il applaudit... J'achève?. .

Il me dit : Chante encore... Et, lorsque je me lève

Pour aller chiffonner dans mon boudoir, il vient.

Si je brode, il choisit mes laines... Il soutient

Le fragile métier qui sur son pied vacille.

Aurai-je par hasard laissé choir une aiguille,

Il a des yeux de lynx... la trouve... et me la rend...

Mais jamais san's baiser la main qui la reprend.

Si je lis, il s'en vient regarder dans mon livre,

Et me dit que ses yeux trouvent du charme à suivre

Le chemin de ces mots où mes yeux ont passé...

Sortons-nous?...

HORTENSE

Oh ! tu peux abréger... va... je sai Le reste maintenant... et je conclus, en somme, Que tu dois bien souffrir avec un pareil homme.

(Raillant.) Oh ! je te plains... hélas !

JULIE

Tu ris, tu ris toujours!"...

HORTENSE

Oui, je ris de te voir... quand l'essaim des amours, Messagers de bonheur, folâtrent sur ta tête, Soupirer au milieu de cette douce fête...

JULIE

Je ne t'ai pas tout dit. ..

HORTENSE

Ah ! qu'est-ce

JULIE

[lest

Jaloux.

Jaloux !.

Oui.

HORTENSE

3ULTE.

HORTENSE

Bah ! mais de

quo

, ,'il te plaît ?

JULIE

"Devine

... Oh! e

est aff

'eux !...

Que veux.-1

u que je pense?

Vous voyez tant «le gei

JULIE

De toi, ma

chè

•e Hortense !

HORTENSE

De moj

De toi.

Vraii

JULIE

HORTENSE

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JULIE

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rès t'avoir quitl

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Je ne me lassais point de lui parler de toi.

HOETENSE.

Vraiment ! Tu n'as pas mis le traître hors la loi? Le voici justement. .

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