HORTENSE, JULIE
JULIE
Pardon, ma chère Hortense...
HORTExëE {quittant le piano).
Ah! te voilà, bonjour!.;.
Tu A'ois... je t'attendais... Ça,, ma chère Julie, Entre nous, sais-tu bien que tu n'es pas polie ? Me défendre ta porte , à moi! vrai, c'est trop fort!
Hortense, excuse-moi, je conviens que j'ai tort... Embrasse-moi. . . veux- tu ?
',(i QUAND ON N'AIME PLUS TROP
HOETENS] t •
Si je le veux... Sans doute.
Quand pour venir ici je me suis mise en route, Je n'eus, lu peux m'en croire, aucun autre désir. Tu sais bien que te voir esl mon plus grand plaisir. Tu sais bien que pour moi, veuve el seule en ce monde, La richesse, Julie, esl l'amitié profonde Qui, dès les premier,- ans, a marié nos cœurs, Comme la voix du sang uni! deux tendres sœurs Tu sais bien qu'entre nous, peine, joie, espérance, Tout est commun !....
JULIE
Oh ! oui, je le sais, bonne Hortense,
Je le sais...
HÔETENSE.
Tu le sais? Alors, sotte! pourquoi Pour gémir ou pleurer te caches-tu de moi?..; Car... on a pleuré.
JULIE
Non.
Hi lETENSE.
Tourne-toi vers la glace.
C'esl cela .. Maintenant, regarde un peu, d,e grâce... Mi dis-moi franchementsi tes jolis grands yeux Rouges, gonflés, battus... ne sonl pas laids... affreux?, .
jolie. Je i assure...
HORTENSE
Pourquoi pleurçs-l u ?
L'ON N'AIMÉ PLUS ASSEZ l
JULIE
Quelle idée !
Je ne pleure pas...
HOETENSE. .
Si.
JULIE
Non.
HOETENSE.
Je suis décidée A ne plus te revoir... ou tu vas, sans retard, M'apprendre d'où te vient ce maussade regard, Et ce front morne, froid comme un ciel à la pluie ? Parle.
JULIE
C'est que...
HOETENSE.
Voyons... Achève...
JULIE
Je m'ennuie !
HOETENSE.
Et puis ?
Et puis... c'est tout.
HOETENSE.
Quoi ! . . . n'est-ce que cela ?
JULIE
Certes !
HOETENSE.
Expliquons-nous !... Quel est-cet ennui-là ?
(il WD ON \\IMI-: PLUS TROP
Serait-ce, par hasard, que ton époux, ma chère, Te négligerai! ?
julie vivement .
Non... Oh ! non pas ! Au contraire '
HOBTENSE.
A-t-il contrarié quelqu'un de tes désirs ?... Te laisse-t-il manquer de fêtes, de plaisirs?...
JULIE
Oh ! non...
HOBTENSE.
Si je vois bien, ton Henri t'idolâtre : Le jour au bois, Le soir dans le monde, au théâtre, 1 1 es1 à tes côtés toujours, ..
julie avec v. ii sou pi >'.
( Mi ! oui... toujours.., hobtense surprise .
Comme tu dis cela! Parle dieu dos amours ! Par cet enfant bizarre, inconstanl el volage! .Madame, le rie/.- vous déjà fi du ménage?
JULIE
Non... mais...
HOBTENSE.
Quoi, mais ?
JULIE
Je n'ose.
HOBTENSE.
Eli bien '
JULIE
Eh bien ! je croi,
Oh ! tu vas te moquer, tu vas rire de moi?...
HORTENSE
Non, non.
JULIE
Jure.
hortense [avec une gravité affectée).
Oui, voyons le mot de ce problème...
julie [hésitant).
Eh bien! je crois qu'Henri... vois-tu... Je crois qu'il m'aime Trop.
hortense [étonnée .
Trop ?
Oui... trop.
hortense [fiant.
Le mot est superbe, charmant.
Ton mari t'aime trop... et tu te plains !... Vraiment Tu mériterais...
julie [vivement).
Quoi?... .
HORTENSE
Que l'on vint te le prendre, Et qu'on te le brûlât pour en donner la cendre A tant d'autres maris indifférents et froids...
JULIE
Oh ! va... je ne ris point.
HORTENSE
Oui... franchement tu crois Qu'il t'aime trop? Le cas est extraordinaire,
'.i QUAND ON N'AIME PLUS TROP
El mérite, je crois, un peu de commentaire....
Il t'aime trop !... < ■ . Instruisons le prori
Explique-moi comment tu conçois cet ex
JULIE
Figure-toi, ma chère, un être qui sans ci se
Es1 pour moi ce que L'ombre esi au corps, qui s'empresse
Du matin jusqu'au soir...
hortense bas, en riant .
Pu soir jusqu'au matin.
JULIE
Chut !... épiant toujours mon plus petit dessein, Afin de l'accomplir avant que je l'achève.
HORTENSE
Ah !... c'est vraiment affreux ! !!
JULIE
Tais-toi !. . Quand je me lève.
Il accourt... S'il osait, ce serait lui. ma foi, Qui de femme de chambre occuperait l'emploi. Quand parfois Victorine est maladroite, ou lente, Il la gronde bien fort... Et sa main vigilante, Aux mains de la coupable arrachanf le Lacet, Bravement s'évertue à Lier mon corset... Nous déjeunons ensemble, et si je veux qu'il mange, Il faut paraître avoir bien faim... car si son ange, Son idole... son cœur... son trésor. .. comme il di1 . HésitaM à manger, il perdraif L'appétii : Il prendrait toul à coup des ai] s de tragédie; Il ferai! appeler, pour celle maladie.
Le docteur, qui viendrait, gravemenl étonné,
Tâter mon pouls d'abord... et puis lui rire au nez...
Quand à mon piano je veux faire une étude...
Je le vois près de moi dès le premier prélude.
Il écoute ravi... debout... silencieux...
Il suit sur le clavier mes doigts capricieux...
J'essaye une romance?... Il applaudit... J'achève?. .
Il me dit : Chante encore... Et, lorsque je me lève
Pour aller chiffonner dans mon boudoir, il vient.
Si je brode, il choisit mes laines... Il soutient
Le fragile métier qui sur son pied vacille.
Aurai-je par hasard laissé choir une aiguille,
Il a des yeux de lynx... la trouve... et me la rend...
Mais jamais san's baiser la main qui la reprend.
Si je lis, il s'en vient regarder dans mon livre,
Et me dit que ses yeux trouvent du charme à suivre
Le chemin de ces mots où mes yeux ont passé...
Sortons-nous?...
HORTENSE
Oh ! tu peux abréger... va... je sai Le reste maintenant... et je conclus, en somme, Que tu dois bien souffrir avec un pareil homme.
(Raillant.) Oh ! je te plains... hélas !
JULIE
Tu ris, tu ris toujours!"...
HORTENSE
Oui, je ris de te voir... quand l'essaim des amours, Messagers de bonheur, folâtrent sur ta tête, Soupirer au milieu de cette douce fête...
JULIE
Je ne t'ai pas tout dit. ..
HORTENSE
Ah ! qu'est-ce
JULIE
[lest
Jaloux.
Jaloux !.
Oui.
HORTENSE
3ULTE.
HORTENSE
Bah ! mais de
quo
, ,'il te plaît ?
JULIE
"Devine
... Oh! e
est aff
'eux !...
Que veux.-1
u que je pense?
Vous voyez tant «le gei
JULIE
De toi, ma
chè
•e Hortense !
HORTENSE
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De toi.
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JULIE
HORTENSE
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JULIE
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rès t'avoir quitl
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Je ne me lassais point de lui parler de toi.
HOETENSE.
Vraiment ! Tu n'as pas mis le traître hors la loi? Le voici justement. .