‹ Les soirées d'Aix-les-BainsChapitre 7 sur 131 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

I; \V\in\|i. — JULIEN.

i; w MONO, lîonjoiir. mon jeune ami !

JULIEN

Bonjour, monsieur.

RAVMOND.

Et Laure?..

JULIEN

Laure !

RAYMOND

Vous vous taisez ! . . . Vous soupirez encore ! . . . Je crains quelque malheur... Parlez vite, parlez... Elle n'est plus?...

JULIEN

Non pas... mais ils sont envolés Ces instants de bonheur que je passais près d'elle...

RAYMOND

Eh quoi!... Serait-il vrai? Laure est une infidèle!

JULIEN

Non !... non !.. .

Serait-ce vous?...

julien [interdit).

Hélas!...

RAYMOND

Vous!... En ce cas Expiez votre faute et ne vous plaignez pas... Quoi ! vous avez trahi cette amante si tendre?.. .

JULIEN

Avant de m'accabler, daignez au moins ni'entendre:..

RAYMOND

Eh bien ! vovons;..

24 I.AMol i; SE CHANGE EN HAINE

JULIEN

C'était dans an l>al...

l: WMOND.

Ah ! le bal ouvent à l'amour es1 devenu fatal !

Poursuivez...

JULIEN

Au milieu des belles jeunes filles Que la valse emportait, qu'enlaçaient les quadrilles. Il en était une...

RAYMOND

Ah ! je comprends...

JULIEN

Ses grand- veux.

Qui dardaient hardimçnl L'éclair malicieux. S'arrêtèrent sur moi chargés de raillerie-... Je voulus affronter de près ses moqueries... Je me crevai- armé centre elle de froideur Par L'amour insensé qui remplissait mon cœur*. Elle lança d'abord L'épigramme l<~ Sur le constant berger et la tendre bergère... Puis Le sarcasme enfin fit place aux mots plus deux. Et L'entretign finit, clos par un rendez-vous. Elle liaï-.-aii Laure, et ma bonne fortune Était due a L'amour, bien moins qu'à la rancune. Comment fus-je entraîné?... Je n'en sais rien vraiment, Fut-ce par amour-propre on | ar enh remeni ?... Quoi qu'il en soit, bientôt se dissipa l'ivresse. Le remords m'assaillit, et l'amère tristesse... Je me représentai ma mare trahison...

Mais il était trop tard ! Quand revint ma raison, Laure avait tout appris...

RAYMOND

Mille voix se trouvèrent Qui de lui tout redire aussitôt s'empressèrent. Un débat s'ensuivit?...

JULIEN

Non, non... Il n'en fut rien.

Tout simplement, un soir, Laure dit : ■• Julien, On prétend, est-il vrai?... ce serait bien infâme!... Qu'on vous a vu, le soir, aux bras d'une autre femme ? » Troublé, désespéré, je ne répondis pas... Son œil inquisiteur scrutait mon embarras... Enfin, par un effort, je me fis violence... Par quelques mots confus je rompis le silence... Elle m'interrompit, mit la main sur ses yeux, Puis s'éloigna de moi... Ce furent ses adieux!...

Ses adieux!

JULIEN

Oui. Depuis, lorsque je l'ai revue, L'inflexible toujours a détourné la vue. J'ai voulu lui parler... Contre un silence affreux Ont toujours écboué mes propos amoureux... J'écrivis maintes fois, et toujours.... quel martyre !... Elle m'a renvoyé mes lettres sans les lire... Et si vous me voyez dans ces lieux aujourd'hui, Le cœur navré, trainant après moi mon ennui, C'est qu'un dernier espoir m'est venu luire encore... Peut-être, ai-je pensé... oui, peut-être que Laure,

Pour y trouver du moins an souvenir d'amour. Voudra revoir encor ce champêtre séjour... El peut-être qu'aidé du bon vieillard...

RAYMOND

Silence!...

Écoutez !...

JULIEN

Oui, j'entends du bruil : quelqu'un s'avance. Si c'était Laure !...

RAYMOND

Eh bien!... cachez-vous oùj'étais Caché, moi, l'an passé... lorsque je vous guettais, Et ne vous montrez pas que je ne vous appelle... julien allant vers les arbres du fond . N'oubliez pas. au moins...

raymond [le poussant .

Silence, donc!...

julien [se radian! .

C esi elle!...

se km-: m.

fcAYMOND. - JULIEN [caché). - LAI RE.

B LYMOND.

Ah!... C'est vous, mon en l'an i ...

la; ki .

C'est moi...

r \\ MOND.

Seule'... Pourquoi \

Julien?.

LAURE

Julien... il est mort... mort pour moi...

RAYMOND

Mais il viendra...

LAURE

Qu'il vienne ou reste... peu m'importe!

RAYMOND

Quoi ! votre indifférence est-elle donc si forte Que même, en le voyant, vous n'éprouverez rien ?

LAURE

Faut-il vous répéter encore que Julien N'existe plus pour moi?...

RAYMOND

Mais quel fut donc son crime?

LAURE

Je ne sais plus... Je sais seulement qu'un abîme

Est ouvert entre nous depuis un triste jour

Où tout à coup de moi s'est éloigné l'amour. . .

Je sais qu'une douleur vive, ardente, indicible

A fait saigner mon cœur sous son étreinte horrible...

Voilà ce que je sais... Mais je veux ignorer

La cause des tourments qu'il me fit endurer...

RAYMOND

Sa mémoire pourtant vous est encore chère, Car vous venez ici, dans ce lieu solitaire, Qui fut jadis témoin de vos tendres amours...

LAURE

Son souvenir! Non, non!... mais celui de ces jours Où mon âme naïve, à l'espérance ouverte,

Rêvait un avenir dont je pleure la perte... J'apporte ici le deuil de mes illusions... Je viens dans ces lieux pleins de mes visions... Voilà, monsieur, voilà tout ce que je regrette... Quant au héros ingrat de cette belle fête, Qui foula sous ses pieds tous mes espoirs déçus, Quoi qu'il fasse à présent, je ne le connais plus...

Si vous le revoyiez!...

LAURE

Oh ! je pourrais sans doute, Si je le rencontrais, par hasard, sur ma route, Reconnaître les traits de l'amant d'autrefois, Retrouver ses regards et le son de sa voix : Mais, comme on croit revoir des morts qui ressuscitent Dans les fantômes vains qui, dans la nuit, s'agitent, Je croirais voir une ombre en voyant Julien... Et je resterais froide, et ne lui dirais rien... Il ne serait pour moi qu'un corps veuf de son àme...

RAYMOND

Mais s'il venait encor vous dire : « Sois ma femme... Pardonne un jour d'erreur... » Par les plus forts serments, S'il jurait que jamais...

LAURE

Je lui dirais : Tu mens!...

Tu me trompas jadis, tu me trompes encore...

RAYMOND

Vous êtes implacable!...

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