LES MÊMES. — THÉRÉSA
THÉRÉSA
Qu'y a-t-il? quel est ce bruit?
NINETTA
C'est monsieur qui me tourmente !
ANTÉNOR
C'est mademoiselle qui fait des manières!... [S'arrê-
tant tout à coup devant Tkéréèa). Àh! tudieu! la belle femme !...
Eh bien, monsieur, quelle est cette conduite? Ai-je besoin de vous apprendre que vous êtes entré dans unemaison honnête !
ANTENOR
Me suis-je conduit malhonnêtement ? Tenez, signora, j'aime mieux vous le dire tout de suite et sans ambages : je suis l'admirateur né de la beauté, et la vôtre suffit pour me jeter dans un ravissement...
THÉRÉSA
Calmez-vous! monsieur, calmez-vous.
ANTÉNOR
Vous voulez que je sois calme, lorsque j'ai sous les yeux ce pied mignon, cette main blanche, ces dents d'émail, ces lèvres vermeilles, et ces yeux qui font rêver du ciel, et ces joues qui appellent le baiser.. .
THÉRÉSA
Monsieur !
ANTÉNOR
[A part.) Tudieu! la belle femme! [Haut.) Parole d'honneur, signora, on ferait volontiers le voyage de Paris à Naples rien que pour vous voir!
THÉRÉSAï
Un compliment ! comme on voit bien que vous êtes ."Français, !... Mais cela ne m'explique pas pourquoi vous embrassiez tout à l'heure ma cousine avec tant d'acharnement. Vous ne m'avez pas encore dit qui vous êtes et ce que vous voulez...
ANTÉXOR.
Pourquoi je l'embrassais, mais parce que je ne vous avais pas encore vue...
NINETTA
Merci bien!
ANTÉNOR
Pourquoi je suis venu... ma foi, je l'ai oublié; qui je suis, je vais'vous le dire... Anténor Lambert, commis voyageur, parfumeur et séducteur, tout cela pour avoir le bonheur de vous offrir mon cœur et d'être votre heureux vainqueur!
THÉRÉSA
C'est pousser trop loin la plaisanterie... Mais, puisque vous aimez tant la rime, je vous dirai à mon tour : C'est trop de chaleur, monsieur le voyageur, j'ai bien l'honneur...
ANTÉNOR
Je ne vous laisse point partir ainsi, ma charmante hôtesse... Il me faut un regard de vos yeux, un sourire de vos lèvres, un doux mot de votre bouche...
THÉRÉSA
Je vous ai déjà prié, monsieur, de mettre un terme à vos plaisanteries.
ANTÉNOR
Je ne plaisante pas, et pardieu ! puisque je trouve dans cette hôtellerie la plus jolie femme qu'on puisse rencontrer de Paris à Naples, je m'y installe, j'y plante ma tente, et j'y veux filer des jours d'or, de soie, et surtout d'amour !
THÉRÉSA
Finissons-en. monsieur!
ANTÉNOB.
Je ne demande pas mieux! embrassons-nous.
• THÉRÉSA
Quelle impertinence !
ANTÉNOB.
On appelle toujours les amoureux impertinents, mais on leur pardonne ensuite... Tâchons de me faire pardonner. (77 prend Thérésa dans ses bras.)
thérésa [se défendant).
Monsieur!... monsieur!...
ANTÉNOB.
Ça y est !
THÉRÉSA
Ninetta, c'est mal! Tu ne m'as pas défendue.
NINETTA
Dame! j'ai eu bien assez peur pour mon propre compte.
THÉRÉSA
C'est odieux! je ne croyais pas qu'on put être insultée, chez soi, d'une pareille façon!...
ANTÉNOB.
Il n'y a pas d'insulte ! Un baiser, n'est-ce pas un hommage rendu à la beauté? D'ailleurs ce n'est que le premier!
THÉRÉSA
N'importe, je ne veux pas m'exposer à subir une seconde fois pareil outrage! Je me retire dans ma chambre jusqu'à ce que vous ayez quitté cette maison !.. .
(Elle sort à droite.)
anténob [la regardant s'éloigner).
Tudieu ! la belle femme !