‹ Les Soirées de Sainte-Adresse (volume 2)Chapitre 3 sur 20 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LEGROS seul, une lettre décachetée à la main.

Voici un horrible malheur ! deux hommes tués I qui va produire à la Bourse une fameuse baisse sur les actions de cette compagnie ; le soin que j'ai eu d'en envoyer à un journal le récit amplifié et exagéré, vingt hommes morts! ne nuira pas à cette baisse, et comme les vraies nouvelles, qui

n'arriveront que ce soir, démontreront Texagération des premières, il y aura un mouvement en sens contraire. II s'agit donc de vendre aujourd'hui à la Bourse, et de racheter ce soir dans la coulisse. Si ce malheur, cet excellent malheur ne me rapporte pas cent mille écus d'ici à vingt* quatre heures, je ne saurai plus à quoi me fier. Ah ! voilà ce que j'appelle des opérations! Dire que j'ai niaisement gaspillé la meilleure moitié de ma vie à faire une maigre fortune dans un commerce à peu près honnête et tout à fait naïf! (Entre Eusebe,)

Page 1