‹ Les soirées parisiennes de 1874- 1884 (volume 2)Chapitre 22 sur 99 · TROISIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TABLEAU

Nous sommes au Cours-la-Reine. Délicieux décor dî M. Lavastre. Baraques de saltimbanques, mon-

reurs de phénomènes , entrée d'un bal champêtre, et Je l'autre côté de la Seine — les Invalides, dont le dôme doré a fait pousser les hauts cris à quelques spectateurs.

— Mais il n'y avait pas d'or sur la coupole des Invalides, disait-on , cela date d'il y a dix ou douze ans seulement, etc., etc.

Inutile de faire remarquer que, dans les pièces montées avec autant de soins que l'a été Manon, les anachronismes de cette force sont rares. Le dôme des Invalides était parfaitement doré sous la Régrence et, s'il a fallu le redorer depuis — de 1865 à 1871 — c'est que le soleil et la pluie mangent et dissolvent l'or aussi bien que les Manon.

Très jolis, les costumes de ce tableau : des copies de Moreau extrêmement réussies. Les demoiselles de ■l'Opéra, venant danser un petit divertissement en pleine fête foraine, sont vêtues d'après les maquettes qui se trouvent dans les archives de notre Académie de musique et de danse. J'ai trouvé cette entrée fort originale et fort intéressante. Comme nous voilà loin des jupes de gaze, des transparences et des décolletages actuels ! M. Carvalho n'a pu nous montrer que quelques costumes typiques. Mais un éditeur de la rue Lafayette, M. A. Lévy, a précisément publié, il n'y a pas bien longtemps, un album très curieux et où tous les costumes d'opéra du dix-huitième siècle sont reproduits à l'eau-forte et en couleur. Je recommande à tous ceux qui s'intéressent aux choses du théâtre cette collection vraiment curieuse. Les danseuses de rOpéra-Comique me représentaient, ce soir, les aquarelles animées de ce joli album, avec leurs robes longues, ne laissant voir que les chevilles, leurs paniers, leurs tailles longues en pointe, leurs coiffures hautes. La première danseuse porte, très fidèlement reproduit.

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le costume des ballets du roi , tel qu'il figure dans k collection dite des Menus- Plaisirs.

Je crois qu'une restitution complète d'un ballet ed'un acte d'opéra ainsi qu'ils se'donnaient sous la Régence, ou avant, vers le milieu du règne de Louis XI\ par exemple, serait d'un grand intérêt.

Mon confrère Nuitter, le bibliothécaire de l'Opéra raconte précisément, dans la préface de l'Album que je mentionne plus haut , qu'une tentative de ce genre eut lieu, en 1837, dans un spectacle de la cour di; théâtre de Versailles. L'à-propos était de Scribe, la musique d'Auber. Mais il n'y a plus de cour à Versailles, il n'y a plus de théâtre. Contentons-nous de la mise en scène si réussie et du ballet original de l'Opéra-Comique.

QUATRIÈME ET CINQUIiEME TABLEAUX

Deux autres décors de M. Lavastre, également jolis, quoique ne se ressemblant guère :

Le parloir de Saint-Sulpice, puis les salons de jeux de l'Hôtel de Transylvanie ; ici des murs blancs , sévères, des boiseries froides, une porte en fer forgé qui sent le cloître, des tableaux de sainteté, un demi-jour mystérieux : là de l'or partout, sur les murs , sur les tables , dans l'orchestre où passe de temps en temps comme le frisson des louis qu'on remue, l'éclat des lumières, la séduction des toilettes. Talazac a jeté sa robe d'abbé, et Marie-Manon a prodigué les brocarts et les dentelles d'or, les fleurs et les diamants.

La fin du cinquième tableau , avec l'effarement des joueurs surpris par les exempts de police, les curieux grimpés sur les tables pour mieux voir Je drame de l'arrestation de Manon , est encore d'un arrangement parfait.

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