PREMIERES A DEJAZET. — EXCELSIOR
22 mars.
Le Théâtre-Déjazet vient de faire une tentative hardie. On y a joué ce soir une pièce nouvelle, le Mariage à la course, qui est de M. Gaston Marot, sans être de M. Edouard Philippe. Marot sans Philippe, Phihppe sans Marot, c'est, toutes proportions gardées, presque aussi extraordinaire que Chivot sans DuruouX)uru sans Chivot.
La nouvelle comédie du principal auteur des Boiissigneula. été montée avec un soin tout particulier par M. Charpentier. Les cartonnages qui figurent sur la table au repas du premier acte , le melon , le poulet , les poires, le fromage et le parfait glacé ont été repeints à neuf. On a fait les frais d'un décor représentant un bureau de tramways pour le second acte; les artistes chargés d'y tenir les rôles d'employés et de surveillant portent des casquettes spécialement confectionnées
par le propre chapelier de la Compagnie générale des omnibus; les petits numéros et les coupons de correspondance sont d'un réalisme non moins minutieux. Enfin, l'insolence du préposé parlant au public est également fort exacte.
Ce n'est pas tout. Non content de soigner la mise en scène avec cette conscience et ce souci du détail qu'on admire chez son collègue de la Comédie-Française, M. Charpentier, voulant que tous les rôles, même les plus courts , fussent tenus d'une certaine façon, s'est distribué, avec une abnégation bien rare chez les artistes-directeurs, le personnage presque muet d'un paysan qui attend l'omnibus en mangeant du vrai fromage sur du vrai pain. Il ne figure même pas sur l'affiche.
Il est vrai que ladite affiche n'en est pas moins brillante, grâce à cinq vedettes en caractères énormes, bien faites pour attirer le quartier : M. Mondet, M. Chelu, Mme Maës,iM. H. Min, Mlle Barnold.
Une constellation au grand complet.
Malgré ce luxe de séductions scèniques et cette abondance d'étoiles des deux sexes , le Mariage à la course n'est pas le seul attrait du nouveau spectacle de Déjazet.
Deux comédies en un acte viennent corser le spectacle. L'une, le Coup du lapin, est de MM. G. Briet et G. Cerfbeer. M. G. Briet n'est autre que le fils du sympathique directeur du Palais-Royal. C'est un début dans la carrière en attendant l'accès de la scène paternelle.
Quant au Lézard, qui commence la soirée , il est signé d'un nom également apprécié rue Montpensier, M. Galipaux, un jeune comique qui emploie de son mieux les loisirs que lui laisse sa véritable profession.
En même temps, une salle magnifique et très parisienne fêtait, à l'Eden, la reprise à'Excelsior.
Le ballet de Manzotti est décidément le ballet-type, après lequel — comme l'expérience faite avec Sieba Ta démontré du reste — il était inutile de monter d'autres ballets italiens, coulés dans le même moule, mais beaucoup moins amusants.
L'idée d'Excelsior est simple , ingénieuse et originale ; elle a permis au costumier et au décorateur de mélanger fort heureusement les costumes pittoresques des pays les plus divers ; elle a fourni au maître de ballet un des cadres les plus amusants et les plus variés qu'il soit possible d'imaginer. Aussi, le succès en sera-t-il toujours très vif.
Tous les costumes ont été remis à neuf; ils ont autant d'éclat qu'à la création.
Mlle Cornalba, l'une des meilleures danseuses que l'Eden nous ait présentée jusqu'à ce jour,, a été très remarquable, surtout dans son pas de deux du divertissement des Nations. On l'a acclamée. On a revu, avec un très vif plaisir, la charmante Mlle Laus dans le pas de l'aimée d'une couleur si exquise et d'un tour si voluptueux ; on a bissé avec enthousiasme la mazurka des postillons; bref, — malgré quelques accrocs insignifiants dans la manœuvre des décors et plusieurs fausses notes fâcheuses à l'orchestre — la soirée a été excellente. 11 est certain quExcelsior — précédé de l'amusante pantomime des Lauri : ^uss, Puss — va refaire beaucoup d'argent. Mais, maintenant, il va falloir trouver autre chose. Je suppose qu'on y pense.