UN SOUPER POUR DEUX
8 février.
Une note oflScielle, insérée par mon collaborateur Prével dans son courrier de ce matin , nous annonce que le souper de la centième de François les bas bleus est ajourné à la cent cinquantième, ce qui permettra — dit ce document administratif — de réunir autour de la même table les pensionnaires de M. Gautier et ceux de M. Brasseur.
FEVRIER t07
Ainsi sera fêtée, parla même occasion, la fusion des Folies-Dramatiques et des Nouveautés dont tous les artistes sont frères comme les directions en sont sœurs.
Cette innovation, qui réunit en une seule deux solennités également touchantes, me paraît fort heureuse. 11 y a même quelques progrès à réaliser dans les applications futures.* Le système se prête a une foule de combinaisons.
On pourrait, par exemple, quand les Nouveautés auraient joué une opérette cinquante fois, tandis que les Folies seraient arrivées au même chiffre avec une autre pièce, faire une petite addition (50 -)- 50 = 100), et parvenir à célébrer ainsi une centième au total. Il est vrai que ce serait contraire à la sage économie qui préside aux bonnes gestions théâtrales.
Mais je crois que MM. Brasseur père, Jules Brasseur fils, Gautier et Micheau -fils procéderont d*une manière toute opposée.
Us attendront — je suppose — la 150* de V Oiseau bleu pour fêter la 150* de François les bas bleus. Jamais fusion de souper ne se présentera dans des conditions aussi logiques.
On enverra , sur des cartes bleues , des invitations ainsi conçues :
MM. BRASSEUR père, Jules BRASSEUR fils, GAUTIER & MICHEAU fils Directeurs ^ des nouveautés
du théâtre ( des FOLIES-DRAMATiaUES
prient M de venir souper avec eux
à Y occasion de la i^o^ représentation de :
L'Oiseau (
i bleus François les bas (
Iu8 LES SOIRÉES PARISIENNES
Le souper sera servi d'une façon toute nouvelle et conformément au principe adopté.
Exemples, au hasard des menus :
Bœuf aux épinards. — Les Nouveautés mangeront le bœuf et les Folies se contenteront des épinards ;
Sole aux crdVettes. — Par compensation, les Folies mangeront la sole, tandis qu'à leur tour les Nouveautés n'auront que les crevettes.
Le reste des services à Tavenant.
Au dessert, quand sonnera Theure des toasts de rigueur, voici comment se chantera, entre auteurs et directeurs, le fameux couplet de circonstance :
Air de V Apothicaire.
M. Lecocq, levant son verre Pour célébrer notre succès,
M. Messager, même jeu Amis, chacun ici s'empresse ;
M. BuRANi, même jeu Rexercions en bon français,
M. Chivot, même jeu Les interprètes et la presse.
M. DuRU, même jeu Nous pouvons être heureux,
M. DuBREUiL, même jeu
Morbleu !
M. Lecocq.5 même jeu François/..»
M. Messager, même jeu V Oiseau !...
Tous LES Directeurs, même jeu
Belles affaires,
M. Brasseur, même îeu Sur l'affiche mettent du bleu,
M. HuMBERT, même jeu Et du Champagne dans nos verres !
Tous, trinquant et reprenant
Sur Taffiche mettent du bleu
Et du Champagne dans nos verres ! '
Enfin, lorsque les danses prendront un caractère (selon leur vieille habitude), les deux chefs d'orchestre, Genget Thibaut, réunissant leurs musiciens, dirigeront ensemble l'exécution des motifs entremêlés des deux pièces cent cinquantenaires.
Selon le cérémonial constant de la petite fête pour deux, les pas se partageront ainsi :
Les artistes des Folies danseront la pol
ceux des Nouveautés la Ara.
Puis après :
Les artistes de Nouveautés le qua
ceux des Folies le drille. '