‹ Les soirées parisiennes de [1874-] 1884 (volume 5)Chapitre 100 sur 126 · ASIE · texte numérisé non relu

ASIE

Du fin fond d'une forêt indienne. — Vous expédie troisième pigeon d'un bungalow, — sorte de caravansérail en ruine — à peu de distance de Calcutta. —Serons à Calcutta dans quelques instants. On nous promet un éléphant.

Arrêt dans la nécropole des rajahs dans le Brundel- Kund. (Entre io6° 25' et 1 16° 5' long. E., 70 7' lat. N. et 40 12' lat. S.)

Figurez-vous un vaste cimetière dont les tombeaux sont des monuments reproduisant toutes les fantaisies de l'architecture indoue ; quelques arbres de l'espèce des pins s'élancent entre les mausolées. Temps de plus en plus beau. Magnifique clair de lune.

Une procession conduit la veuve qu'on va brûler au bûcher sur lequel repose le corps de son royal époux, revêtu de ses plus beaux habits.

Viennent d'abord les fakirs, sortes de convulsionnaires à demi-nus, hurlant, gesticulant et criant.

Puis les prêtres, coiffés de mitres et vêtus de longues robes chamarrées.

La foule les entoure, laissant entendre une étrange mélopée interrompue à intervalles égaux par des coups de tam-tam.

Ensuite les porteurs de torches et les fanatiques, tatoués, affublés de longues queues qui contournent trois ou quatre fois leur taille, cabriolant, miaulant, glapissant.

Les musiciens, tambours, cymbaliers, joueurs de trompes.

Les bayadères précédant, en dansant, la déesse Kali, déesse de l'amour et de la mort : une statue à quatre bras, ayant autour du cou un collier de têtes de mort, et, à ses flancs, une ceinture de mains coupées.

Enfin, l'éléphant — le fameux éléphant qu'on nous avait tant vanté, tant annoncé, calme et grave, ne se

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doutant pas de l'impression qu'il cause suf fcos compagnons de voyage.

Sur le dos du pachyderme, une petite pagode dans laquelle la veuve est couchée.

Ce sacrifice imposé à la femme qui a perdu son époux me fait l'effet d'agacer beaucoup deux de nos plus hardis voyageurs, MeilhaC et Halévy, qui comprennent le veuvage d'une façon tout à fait différente.

Calcutta (cinquième pigeon) . — Perdons beaucoup de temps dans les Indes. Rien à signaler. Tout le monde se porte bien.

Bornéo. — Joli pays, mais trop de serpents. Il y en a partout, 'dans les arbres, dans les fleurs, dans les broussailles. Ils sifflent, bondissent, se tortillent.

— Les quatre serpents de la Rochelle, a dit Duquesnel.

Heureusement qu'à côté des serpents nous avons les charmeuses; il paraît que rien ne produit de l'effet sur les serpents comme de chanter faux.

Très jolies, les charmeuses, et leur fête est tout à fait réussie.

Mlle Berthe Legrand, une charmeuse aussi, et qui n'a pas charmé que des serpents, refuse obstinément d'aller plus loin. Nous la laissons à Bornéo; prévenez sa famille.

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