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de récolte et de transport, et nous ne pouvons que répéter ici ce qui a été dit plus haut (p. 53) ["|.
Sartage. — Dans certaines régions on ne se contente pas d’enlever la couverture vivante ; on demande encore au sol la provision de matières nutritives nécessaires à une récolte de céréales ; on alterne la culture agricole avec la culture forestière chargée de fournir l’engrais nécessaire. L’une des formes de ce mode d’exploitation du sol est le sarlage, autrefois florissant dans l’Ardenne française (arrondissement de Rocroi), mais qui, heureusement pour la productivité de ces sols déjà si pauvres par eux-mêmes, a aujourd’hui à peu près complètement disparu.
L’Ardenne est formée par des schistes et des quartzites cambriens et dévoniens dont l’altération fournit un sol extrêmement pauvre en chaux et en acide phosphorique, ordinairement très superticiel, peu propre à la culture agricole qui n’y était possible qu’à l’aide de la pratique immémoriale du sartage. Elle consiste à exploiter en taillis simple à très courte révolution (dix, douze, quinze ans). On obtient du bois de chauffage et surtout de l’écorce très estimée (car l’essence dominante est le chêne). « On brûle ensuite les rémanents à feu courant dès les premiers jours d’août et on donne au sol une légère culture (cherbottage). Les gazons, les racines et les morceaux de bois ramassés pendant l’opération du cherbottage sont mis en tas, brûlés, et les cendres répandues sur le sol qui est presque aussitôt ensemencé en seigle. » Les cendres sont un engrais énergique immédiatement
- assimilable ; aussi la récolte de seigle est généralement belle. Dès la
seconde année les genêts et les bruyères poussent avec vigueur. La quatrième année on les coupe pour en faire de la litière ou du menu chauffage ; puis le jeune taillis se développe pour être exploité à nouveau dans quinze ans. Il est évident que ce système est des plus défectueux. Ces sols, dont les qualités physiques et chimiques sont si mauvaises, doivent d’abord fournir les principes minéraux à tous ces
1. Dans la région des landes sous-pyrénéennes, dit M. FaBre (/oc. cél.) le poids du chargement (char à quatre roues) varie de 800 kilogr. à 1 100 kilogr.; sa valeur yénale rendue à pied d'œuvre est de 12 à 15 fr. Le prix de la récolte varie de 5 à 8 fr. ; celui du transport est d'environ G fr.
jeunes axes, beaucoup plus exigeants que les vieux bois, puis à la récolte de seigle et enfin à la végétation spontanée des genêts et des bruyères. Rien de tout cela ne revient au sol. De plus, ils sont découverts et dépouillés de leur humus à de courts intervalles. Dans de telles conditions ils ne peuvent que s’appauvrir et se détérivrer orandement, ainsi qu'il est facile de l’établir par le calcul. « Aussi dans les coupes sartées Le bois est souvent clairiéré et la production ligneuse affaiblie; les rejets des cépées restent de longues années sans former massif; ils ne peuvent donner des perches bien droites,
ce qui empêche parfois de les utiliser comme étançons pour houil-
lères (1). »
Comme conclusion, le forestier doit s'opposer autant que possible à l'extraction de toute cette garniture, surtout sur les sols pauvres (?) et avec d'autant plus de raison que les frais considérables de récolte et de transport de cette litière ne trouvent pas de compensation dans
1. Voir Les Tuillis des Ardennes, par Liouviree (Revue des Eaux et Forêts, 1897, p. 257-267). Gelte pratique se justifiait autrefois, quand les voies de communication manquaient, par la nécessité où se trouvaient les habitants de tirer leur nourriture du sol sur lequel ils vivaient ; mais aujourd'hui les conditions économiques ont tout à fait changé ; les grains arrivent aisément jusque dans les moindres hameaux; ce mode barbare d'exploitation n'a plus de raison d'être. On y renonce de plus en plus. En 1897,
sur 16 000 hectares de forêts particulières dans l'arrondissement de Rocroi, il n'yena.
pas 500 qui soient sartés. Ge mode n'existe plus que dans les forêts communales où sur 13 700 hectares presque la moitié, 6 000 hectares, sont encore sartés. Ges 6 000 hectares ont fourni des coupes estimées 73 000 fr. ; en taillis sous futaie elles auraient donné plus du double. Les sarteurs deviennent rares, les ouvriers agricoles préférant travailler dans les usines où ils trouvent un meilleur salaire ; les parts de sart ne se louent plus ; l'écorce, qui était autrefois le produit principal, n’a plus de valeur ; au contraire, le bois de service se vend de mieux en mieux. Aussi, en 1905, le sartage ne s'est-il pratiqué dans les trente-sept forêts communales de la chefferie de Rocroi, d'une étendue de 13700 hectares, que dans huit forêts sur une surface totale insignifiante de 88 hectares, tandis que, huit ans auparavant, 6 000 hectares étaient encore soumis à ce mode déplorable d'exploitation. Dans les bois non soumis il n'existe pour ainsi dire plus ; de 500 hectares sartés en 1897, le chiffre tombe à 2"30% en 1904 (Lettre de M. l'inspecteur Démarer, avril 1906). On peut donc dire que, grâce aux efforts des forestiers et aux modifications des conditions économiques, le sartage a disparu dans l'Ardenne. Que ne peut-on en dire autant du soutrage dans le reste de la France !
2. « Malgré la frugalité des bruyères, dit M. Ficne (Recherches chimiques sur la bruyère commune) leur enlèvement dans les forêts ruinées n'en est pas moins une mauvaise pratique : il achève l'épuisement du sol et, par suite, le mauvais état de la forêt ne cesse de s’accroître. »
sa valeur nutritive qui est très faible, du moins pour celle de bruyère et de genêt.
84. Épuisement par la récolte du tapis végétal et de la couverture morte. — Dans certaines régions, la récolte du tapis végétal n’est pas faite par l’homme, mais par les troupeaux. La question du pâturage en forêt a été trop souvent traitée et ses inconvéments ont été mis en évidence trop nettement (*) pour qu'il y ait à y revenir. Au point de vue de la statique chimique où nous nous plaçons ici, la perte en substance minérale est la même, que le tapis soit brouté ou fauché (°).
I n’y a plus qu’un pas à faire pour que l’abus de la terre soit porté à son maximum, et ce pas est, hélas! franchi dans trop de localités de notre pays. Il reste à combiner le soutrage et le pâturage avec le ratissage de la couverture morte. Alors la spoliation est complète; le type de la culture vampire (*), suivant l’expression de Liebig, est réalisé dans toute sa beauté, et les sols, même fertiles originairement, marchent à grands pas vers la stérilité absolue.
Les expériences poursuivies sur divers points de l'Allemagne depuis un quart de siècle et relatées plus haut (n° 29), montrent avec quelle rapidité la forêt se rabougrit et finalement disparaît quand elle est soumise à un traitement aussi barbare. :
Nous avons précédemment rappelé que l’article 144 du Code fores-
1. Voir Le Pâlurage en forét, par À. Matuey (Besançon, Jacquin, 1900), dont les observations établissent que « le pâturage dans les forêts anciennes diminue de 30 °/, environ le revenu forestier ».
On trouvera un bon résumé de la question dans Les Foréts, par Borre et Joryer, Paris, Baïllière, 1903, p. 284-290.
2. Quelquefois (dans les futaies plantées du Bigorre, par exemple) on pratique à la fois fauchage et pâturage. « Avant la chute des feuilles on fauche Ja brande, on la laisse sécher sur place, Quand la feuille est tombée, on ramasse et on enlève le soutrage. Le troupeau passe ensuite. très fréquemment les moutons, pour tondre le reste. » (Fasne.)
3. Ce terme énergique, employé par les agronomes (Raubcultur des Allemands), pour désigner tout système de culture où l'on demande constamment au sol sans lui rendre jamais rien, ne peut être mieux appliqué qu'au système (!) de culture forestière dont il est question.
tier (*) punit à bon droit tout enlèvement non aulorisé de feuilles vertes ou mortes, engrais existant sur le sol des foréts; mais cet enlèvement est trop souvent toléré en vertu d’anciennes et détestables pratiques. |
Dans de telles conditions, la culture forestière perd le caractère de cullure améliorante qui ressort si nettement des chiffres précé-
dents ; elle se rapproche beaucoup de la culture agricole, comme on
le voit dans le tableau K.
Si l’on compare le tableau K au tableau H, on voit qu’une futaie de hêtre — arbre qui compte parmi les moins exigeants — enlève annuellement au sol, dans ses tissus ligneux et foliaires, plus d’azote, plus de cendres et d'acide phosphorique qu’une récolte de seigle, d’avoine ou de lentilles.
Mais il faut reconnaitre que la futaie d’épicéa ou de sapin, et plus encore celle de pin sylvestre, même avec l’enlèvement annuel de la litière, épuisent encore moins le sol, tant est grande leur frugalité, que les récoltes les moins exigeantes, telles que l’orge, l’avoine, le . Sarrasin.
Que si l’on se place enfin dans le cas, encore trop fréquent, hélas! où l’on pratique le soutrage en même temps que le ratissage de la couverture, l’appauvrissement chimique du sol est porté à son maximum et a bientôt pour corollaire sa dégradation physique et sa stérilité absolue.
Prenons un exemple :
La forêt d’Arné (plateau de Lannemezan) repose sur un sol qui
{. L'article 144 punissait l'enlèvement ou l'extraction de tout produit du sol fores-
tier autre que le bois, d'amende déterminée comme il suit par maximum et minimum,
le minimum étant le tiers du maximum.
De 10 à 30 fr. par bête attelée à un char ;
De 3 à 15 fr. par charge de bête de somme ;
De 2 à 6 fr. par charge d'homme.
La loi du 19 juillet 1906 a abaissé les pénalités de la façon suivante :
Pour les enlèvements de pierres, sable, minerai, {erre ou gazon, tourbe, bruyères, genêls, herbages, feuilles vertes ou mortes et engrais existant sur le sol forestier, l'amende serait fixée comme il suit :
De 2 à 5 fr. par bête attelée ;
De 1 fr. à 2 fr. 50 par bête de somme ;
De 1 fr. par charge d'homme.
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