‹ Les sols forestiersChapitre 85 sur 180 · C) FORÊTS D'ANCIENNE ORIGINE · texte numérisé non relu

C) FORÊTS D'ANCIENNE ORIGINE

Examinons maintenant ce qui se passe dans une forêt d’ancienne origine, telle que la forêt domaniale de Champenoux (près de Nancy), située sur les argiles du lias inférieur et peuplée surtout de chênes.

L'analyse du sol de la parcelle B° donne en azote total pour 4 000 de terre fine.

Dans la couche de 0 à 10 centimètres. . . . . 1,716 d'azote. —- 10 à 20 — so PEU 1,450 — — 40 à 50 — SRE ART 0,608 — — 70 à 80 — RP PR A 0,462 —

Le taux d'azote (et, par suite, d’humus) diminue, comme tou- Jours (‘), à mesure qu’on s'éloigne de la surface et cette diminution progressive indique déjà que c’est à la surface, dans la couverture morte, que réside la source qui entretient — ou qui augmente — le taux initial.

Il est facile de calculer, à l’aide des chiffres précédents et du ‘poids du litre de terre fine [qui pèse, desséchée à l'air, 18,005 (soit 1 kilogr.) et qui forme à très peu près tout le sol] la quantité d’azote d'une couche de 80 centimètres, profondeur que ne dépasse pas Penracimement même des chênes.

Dans la couche de 0 à 10 centimètres. . . . . 1716 kilogr. d'azote. 10 à 30 — «A ANS Po 2 900 — — 30 à 60 — RITES Sn PE 1 824 — — 60 à 80 — SRE PR ts 924 ur FOUR ROSES 7 364 —

(région du Marensin) [Landes]. Le sol contenait 0,375 °/,, d'azote et le sous-sol 1 ,174. En prenant la moyenne, on obtient 0,774 °/ (Géologie agricole, par Riscen, t. I, p. 330).

1. Il en est de même dans le tchernozem et dans les prairies. La diminution des matières humiques à partir de la surface tient aussi à ce que les racines se développent d'autant plus abondamment qu'elles sont plus près de la zone superficielle.

Ces 7 364 kilogr. d’azote organique répartis dans une couche de 80 centimètres forment une provision qui, passant peu à peu à l’état assimilable, fournira indéfiniment à la végétation forestière l’azote qui lui est nécessaire, tout en s’augmentant chaque année.

Ce nombre correspond, comme celui de la forêt de Lège, à un taux de 0,7 °},, se rapprochant du taux de 1 °/,, que l’on rencontre fréquemment dans les terres arables (°).

Tandis que tous les sols riches abandonnés en jachère nue ou livrés sans fumures à la culture des céréales, des plantes-racines, des vignes, s’appauvrissent en azote et que l’on doit leur rapporter des engrais azotés si l’on veut maintenir le rendement, le sol des forêts s’enrichit incessamment par le simple jeu des agents naturels et leur production va s’accroissant.

Il est un autre mode d’exploitation du sol qui augmente aussi,

quoique à un bien moindre degré, le taux d’azote : c’est la culture.

pastorale. Le sol des prairies de graminées (?) voit sa teneur en azote s'élever peu à peu, mais seulement dans sa couche superficielle, tandis qu’en forêt l’augmentation se fait sentir sur une zone bien plus épaisse. Ceci s’explique par diverses raisons et surtout par ce fait que le sol forestier est parcouru par de nombreuses racines for-

mant, souvent Jusqu'à 1 mètre, une portion notable du sol. A leur

mort, ces racines laissent une quantité appréciable d’humus dans cette zone qui, sous le gazon, est privée de matière organique.

Dans les prairies il ne se forme pas non plus de nitrates, cause

importante de déperdition d’azote.

M do RE ro AS SR

RES tt to 2 1 x

1. « Dans la plupart des sols arables, la teneur moyenne est de 1 gramme d'azote «

par kilogramme de terre fine, mais elle peut s'abaisser à quelques décigrammes, tandis que certains sols privilégiés contiennent plus de à grammes d'azote; la proportion

s'élève jusqu'à 10 et même 18 grammes pour certaines terres tourbeuses et les ter- 4

reaux » (SABATIER).

2. Voir, dans le Trailé de chimie agricole, par P. P. DEHÉRAIN, Paris, 1902

(p. 460), les expériences de Lawes et Gizserr, de M. Pacnouz, de M. DERÉRAIN. « Une parcelle cultivée en prairie de graminées sans engrais avait en 1875 une richesse en

azote de 2,04; ce taux s'est abaissé à 1,46 en 1879 et a augmenté depuis ; il était de 1,81 en 1888. »

On sait depuis longtemps que les prairies de papilionacées (plantes améliorantes), dites prairies artificielles, enrichissent très vite le sol en azote et dans de fortes proportions.

né AP AN EE das eu soie oi ni D Due.

Li 4 1 AR

Hi: diet n'attdlotiptiuer VAUT Cdt

Le:

Zn RD din 8

Une autre preuve de la supériorité de la forêt à cet égard peut être tirée de ce fait bien connu que les cultures sur défrichement de forêt donnent plus longtemps de belles récoltes sans engrais que les cultures sur défrichement de prairies.

On a quelquefois prétendu que ces gains d’azote n’étaient qu’apparents, que si les forêts, si les prairies de légumineuses amélioraient le sol superficiel, c'était au détriment des couches profondes dans lesquelles les longues racines des arbres ou de la luzerne allaient puiser les matières azotées qu’elles ramenaient à la surface. Cette Opinion, qui n’est plus soutenable depuis qu’on a démontré directement l'absorption de l’azote de l’air par les légumineuses et depuis qu on à fait des expériences sur des sols limités où l’on a constaté des gains d’azote très importants, ne pouvait, dès l’abord, être acceptée pour les forêts d’ancienne origine dont la fertilité, d’après cette manière de voir, devrait aller en diminuant; ce qui n’est pas. On possède des titres d’usagers remontant au quinzième siècle ; le quantum demandé à ces forêts grevées de droits d’usage depuis cinq cents ans s’y trouve encore facilement aujourd’hui.

73. Humus. — La majeure partie de l’azote, dans les sols forestiers plus encore que dans les sols agricoles, se trouve à l’état de combinaisons organiques contenant, avec l’azote, du carbone, de hydrogène et de l’oxygène. Ces matières organiques, unies aux principes minéraux des cendres, sont colorées en brun ou en noir et forment soit des grumeaux isolés, soit une mince pellicule autour de chaque particule de terre.

La composition de l’humus est incessamment variable (p. 105)["]. Pour déceler sa présence, il n’y a qu’à mettre digérer un peu de

1. L'élément le plus important pour la fertilité est l'azote qui se trouve dans l'humus en proportions plus fortes que dans les plantes qui l'ont fourni. Kosrytcnerr a montré que les plantes des steppes n'ont que de 1 à 2 °/, d'azote, tandis que l'humus qu'elles donnent en contient de 4 à 6 °/,. La matière hydrocarbonée disparaît sous forme . d'acide carbonique et d'eau ; l'azote se maintient.

L'humus forestier est souvent pauvre en azote, déjà par cette raison que de nombreux débris de racines à taux d'azote très faible passent dans la terre fine et sont comptés comme humus, quand on le détermine par combustion.

Ainsi, le taux d'azote est de 1,2 °/. dans les matières organiques de la forêt doma-

terre avec de l’ammoniaque. Si la terre contient de l’humus, la liqueur filtrée après quelques heures de digestion sera colorée en brun. On détermine son taux en procédant à l’analyse de la terre fine par la méthode bien connue de M. ScaLæsinG (analyse physique). Ou bien encore (analyse chimique) on peut doser le carbone des matières organiques des sols en les brûlant et en pesant l’acide carbonique provenant de la combustion; mais il faut au préalable s’être débarrassé des carbonates en traitant la terre par l'acide chlorhydrique. Comme le carbone forme environ la moilié du poids de la substance humique (supposée pure, privée de tous principes minéraux), en doublant le poids du carbone, on obtient à peu de chose prés celui de l’humus. Les sols forestiers (tableau I) en contiennent des quantités très variables, de 2 à 12 °/, (*) dans la zone superficielle.

ts sh À

Les terres noires de Russie en renferment d'ordinaire 8-10 °}.. ; Dans les sols fertiles, le taux ne va pas au delà de 15°/,; pour rester dans de bonnes conditions de production, les sols forestiers ne à doivent pas dépasser cette limite (?). Ë %

ECS DR ARTE Le » * fl F

niale des dunes de Lège (Gironde), de 1,2 à 3 °/, dans la forêt de Moulière, de 1,9 à 2,8 dans la forêt d'Orléans, de 1,9 dans la forêt de Haye.

L'azote de l'humus neutre ou terreau forestier se transforme facilement en composés assimilables ; mais si l’un des facteurs de l'érémacausis atteint un minimum, c'est-à-dire agit avec une intensité insuffisante pour une décomposition complète, l'azote s'accumule sous forme de combinaisons difficilement transformables encore inconnues pour la plupart. Les recherches de Hizcanp sont un éclatant exemple de ce fait ; il a trouvé pour les sols américains de la région aride (défaut d'humidité) 10 à 15 °/, d'azote dans l'humus et 5,2 seulement dans les sols de la région humide. Le taux d'azote de la tourbe m'est que de 1 à 2 °/, à la surface ; mais il est beaucoup plus élevé dans les couches profondes.

1. Les teneurs moyennes des sols arables en humus sont, d'après les auteurs, de

2 à 8 ©. KNop distingue les catégories suivantes : POUR CENT D'HUMUS

St brie ee tp en te 2 “aie

Sol pauvre on humns it 0 RAT 0—2,5 NOR TO TO ST NS ES NE nerve Ma EE" 2,5 — 5

re btimique. 1 ONE APE R ETE AE 4 5 — 10 (Ti0he en AIME EN re at er ANNE 10 — 15 2 — excessivement riche en humus... . .. > 15

2. M. Joupaire a publié dans la Revue des Eaux et Forêts, 1874, pp. 345-362, une étude sur les Sois forestiers où figurent de nombreux dosages d'humus. Les quarante échantillons pris dans la forêt domaniale de Moulière (Vienne) ont donné des

Au delà, les sols entrent dans la catégorie des sols dits humiques dont les taux d’humus atteignent de 40 à 80 °,, (‘) et qui sont par là même frappés de stérilité.

En d’autres termes, nous l'avons dit déjà, tant que l’humus se trouve mélangé au sol minéral dans certaines limites, son rôle est d’une telle importance pour la vie des plantes que l’on peut considérer la conservation et l’augmentation du taux d’humus comme un des devoirs les plus importants du forestier (?).

Mais 1] faut toujours que cet humus soit obtenu par l’érémacausis.

S1 c’est la décomposition forménique qui entre en jeu, les couches épaisses d’humus acide qu’elle accumule sur le sol (terreau de bruyère ou tourbe) ont, comme on l’a vu plus haut, l'effet le plus

néfaste sur la végétation.

taux d'humus variant entre 3 et 15 °/, et des taux d'azote variant entre 0,13 et 0,30; les vingt échantillons provenant de la forêt domaniale d'Aulnay (Charente-Inférieure et … Deux-Sèvres) en renfermaient de 2 à 14 °/..

Outre les aliments minéraux que cet humus, par les cendres de sa matière noire, fournit aux arbres sous une forme des plus assimilables, son azote peut, d'après des expériences récentes, être absorbé directement (amides) sans passer par la forme ammoniaque. D'après HarTie, c'est à la plus grande provision d'humus assimilable ‘qu'est dû le supplément d'accroissement des réserves après l'exploitation du taillis. Dès l'année qui suit l'exploitation en effet (p. 26), la couverture est presque entièrement transformée en humus assimilable dont les espèces à racines traçantes {hêtre) profitent naturellement plus que celles à racines pivotantes, telles que les chênes.

1. D'après des analyses de tourbes de bruyère, de hêtre, de marais faites en Danemark, Suède, Allemagne {WozLny, Loc. cit., p. 272).

2, M. Jougaine (loc. cit ) a calculé le poids de l'azote par hectare dans une couche de { mètre d'épaisseur. Il a trouvé :

Page 1