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Où l'auteur a-t-il vu dans les Évangiles cette doctrine :
Jésus supprime les intermédiaires entre l'homme et son père (p. 86)?
Or Jésus dit : « Qui vous écoute m'écoute, et « qui vous méprise me méprise : et quiconque me « méprise méprise aussi celui qui m'envoie. » (Luc, X, i6; Matthieu, xxviii, 19; Jean, xxi, 16, 17.) C'est ainsi que parle Jésus dans les Évangiles.
Mais M. Renan dit : « Jésus supprime les intermédiaires entre l'homme et son père. >^ Cet écrivain écrit donc l'histoire malgré les sources. Je parle des sources qu'il reconnaît d'ailleurs luimême comme authentiques, et qu'il cite sans cesse.
Comparez ces deux jugements contraires sur la grande et célèhre parole de Jésus-Christ : « Rente dez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui « est à Dieu. »
Premier jugement :'
« Étahlir en principe que le signe pour recon- « naître le pouvoir légitime est de regarder la « monnaie, proclamer que l'homme parfait paye « l'impôt par dédain et sans discuter, c'était dé- « truire la république à la façon ancienne et favo- « riser toutes les tyrannies. Le christianisme, en
<' ce sens, a beaucoup contribué à affaiblir le sen- « timent des devoirs du citoyen , et à hvrer le (f monde au pouvoir absohi des faits accomplis »
Ceci est un premier jugement. Voici le jugement contraire.
Second jugement :
« Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce « qui est à Dieu. Mot profond qui a décidé de l'a- « venir du christianisme ! Mot d'un spiritualisme « accompli et d'une justesse merveilleuse, qui a et fondé la séparation du spirituel et du temporel, « et a posé la base du vrai libéralisme et de la * « vraie civilisation » (p. 348).
Comment le mot profond, qui a posé la base du vrai libéralisme et de la vraie civilisation, peut-il affaiblir le sentiment des devoirs du citoyen, et livrer le monde au pouvoir absolu des faits accomplis ?
C'est que, sous la plume de cet écrivain, jamais assertion n'est plus vraie que l'assertion contraire. 11 prononce par hasard, il témoigne sans avoir vu, il raconte sans les faits et malgré les l^iits. Les faux témoins se coupent toujours.
Cette première énumération de quelques-unes des plus grosses fautes suffit. Nous en verrons peut-être de plus étranges.
Est-ce que^ par ce qui précède, ce livre n'est pas déjà jugé ? Je soumets cette question, même à nos adversaires. Que diraient-ils s'ils nous voyaient écrire et discuter ainsi les questions de philosophie religieuse et d'histoire religieuse?
Du reste il n'y a pas deux manières de juger la valeur de la lie de Jésus. Le livre est nul scientifiquement. Tel est tout particulièrement le jugement de l'Allemagne.
Non-seulement le congrès des savants catholiques allemands, réunis à Munich, a signalé ce livre comme n'appartenant pas à la science ; nonseulement tous les savants allemands, qui tiennent à ce qu'on appelle l'orthodoxie protestante, ont porté le même jugement; mais il se trouve que les écoles rationalistes l'ont jugé de la même manière.
L'école rationaliste de Gœttingue, à laquelle M. Renan semblait appartenir un peu, parle de
même, et, par la bouche de M. Ewald, porte un jugement très-important et très-bien motivé, que nous ferons connaître amplement ci-dessous.
L'école rationaliste de Tubingue, héritière de Strauss et de Bauer, et à laquelle 31. Renan semblait encore appartenir un peu, parle aussi de la Vie de Jésus dans la Gazette cV Aii^shourQ. J'ai le texte allemand sous les yeux. \'oici les conclusions d'un assez long travail de M. Keim, qui a été très-remarque : « C'est un roman... ce sont de « nouveaux Mystères de Paris, écrits avec rapi- « dite pour amuser, sur un terrain sacré, un pu- « blic de profanes... Sur toutes les questions gra- « ves le livre est nul scientifiquement.
« Au lieu de se jouer de cette grande histoire « de Jésus que tous les siècles contemplent avec « recueillement , au lieu de flatter les esprits « blasés, de contrister les croyants , et d'outrager « la science, je parle de la science libre, que « M. Renan se remette au travail avec conscience « et recueillement (arbcitc cr nudjtcni unb qcc ivifl'cnljaft) , qu'il n'essaye plus d'écrire en six « mois, dans une hutte de Maronites, et entouré « de cinq ou six volumes, l'histoire des temps « apostoliques annoncée dans son introduction : ce alors il pourra obtenir son pardon des amis de
rt riiistoire véritable, qui, aiijoiircrhui , rient de « son singulier triomphe^ . •»
Enfin, je trouve dans un recueil français, pleinement dévoué à M. Renan, une défense de son livre qui me parait aveugle en sa faveur ; cependant l'auteur reconnaît que la manière dont M. Renan a employé les sources « n'a pas peu « contribué à répandre sur l'ouvrage entier une « certaine apparence d'arbitraire, comme si Vaii- « teur^ sans pitié ni souci des textes, s'était corn- « plu à les ajuster au i^ré de sa fantaisie pour en a faire un Jésus de convention... Je serais de ceux, « ajoute le critique, qui eussent désiré, en bien « des endroits, une méthode plus sévère d'inter- « prétation. »
* Gazette d\4ugsbourg des 15, IGet 17 septembre 1863.