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CHAPITRE II

Plaçons maintenant à côté de ce scandaleux portrait de Jésus, faux, impossible, contradictoire, odieux par les outrages qu'il prodigue à celui qui du moins est le plus grand des hommes, plaçons la noble image qu'un esprit droit, éclairé par la science la plus profonde et la plus riche, a tracée de notre divin modèle.

Je me borne à traduire et à rapprocher des passages du livre intitulé : Hisloire du Christ ^

« Voici toute la question : Est-il vrai qu'en Jé- « sus de Nazareth^, a paru réellement sur la terre,

»( la vie divine et humaine la plus haute, la plus « pure, qui jamais y puisse apparaître?

« Cette vie a-t-elle été constamment victorieuse « de l'erreur et du mal, quoique entièrement sou- « mise aux lois de notre terre^ et de l'histoire de « notre humanité ?

« Cette vie, quoique sans cesse en lutte contre « les flots montants et redoutables de la perversité « humaine, n'en a-t-elle pas toujours été parfai- « tement dégagée ?

« Cette vie, puisée au sein de Dieu, a-t-elle fondé « le royaume de Dieu , pour Israël et pour toutes « les nations, pour tous les hommes, et pour tou- « jours ?

« Eh bien! Voici précisément le fruit des re- « cherches les plus exactes, et de la science la (f plus profonde.

« Celte vie du Christ, qu'en peuvent dire au- « jourd'hui ceux qui doutent ? N'est-elle pas toute « réelle sous nos yeux !^ Est-ce que toute recher- « che nouvelle, et tout nouvel effort de science, « n'en met pas la réalité dans une plus éclatante a lumière ? JN'en trouve-t-on pas la sublimité « toujours plus saisissante qu'on ne l'avait pensé ?

« Oui, cette vie est, jusqu'à la fin, pour tous les «< siècles, la lumière qui éclaire tout le genre hu-

« main. Et qui peut donc aimer encore l'erreur, « qui peut être abattu, découragé, s'il a une fois « aperçu cette lumière ? Et dans quel temps, en « quel lieu, dans quel cœur cette lumière ne brille- « t-elle pas? v

« Lorsque le Christ paraît ^ et commence son « œuvre, tout par lui, et autour de lui, se trans- « forme en un vivant foyer, d'où sortent des actes « et des expériences de divine régénération. Sa- « lut des âmes, vigueur des âmes absolument nonce velle, puissance de guérison s'étendant de l'âme M jusqu'au corps, et guérissant l'âme et le corps « de leurs plus ténébreuses et de leurs plus incu- « râbles plaies.

« Pour lui, ce qu'il y a de plus humble se trans- « figure, et les faits passagers de notre humanité « deviennent l'enseignement de la vérité perma- « nente. Dans sa lumière, toute l'histoire humaine « se transforme en histoire de la religion, de la a vraie et suprême religion. Mais, ce que tous les « siècles où il n'est pas, n'enseignent qu'obscu-

' P. xiv.

« rément, avec incertitude, les quelques jours et « années où il est, l'enseignent d'une manière sai- « sissante par leurs moindres événements. »

Mais revenons à sa puissance de guérison.

« Dans tous ces faits de guérison % il opérait « par son esprit; tout était pénétré de ce sublime « esprit, qui le conduisait en toute chose, qui jail- « lissait de lui comme une eau vive, par tous ses « actes, toutes ses démarches, toutes ses paroles, « tous ses enseignements.

« L'esprit du Christ alors entrait en acte tout <f entier ; puis , de toute sa puissance, il agis- « sait sur l'esprit des hommes qui venaient pour <c être guéris. Lui-même, toujours pleinement « conscient de sa force vivificalrice, et en même « temps tout rempli de la foi la plus pure et la ce plus aimante pour le suprême et le céleste Père « de tout salut; lui-même, avant chaque œuvre, « levait au ciel son lumineux regard pour y puiser « la force. Puis, lui aussi demandait, avant tout, à « ceux qu'il allait secourir, la foi dans la présence « réelle du royaume de Dieu, et dans la force et « la vertu de Dieu. Il ne voulait et ne pouvait « guérir que lorsqu'il trouvait une telle foi.

« Voilà ce qu'il faut admettre pour comprendre '( les effets si extraordinaires de son action. Et quels « effets ne devenaient possibles lorsque sa haute t< et puissante foi rencontrait celle des âmes qui « voyaient en lui le Messie?.. Son action était « créatrice, radicale, prodigieuse d'efficacité', « comme d'ailleurs sa vie de chaque jour, vie qu'af( vant lui aucun homme n'avait jamais su vice vre... Nous ne pouvons avoir de toute cette « partie de son œuvre une assez haute idée, et « nous devons tenir toute la race humaine comme « relevée par lui, depuis qu'il a voulu descendre « dans le profond abîme de ses souffrances.

« Mais, outre ces guérisons qui, d'après tous les « documents, étaient son œuvre de tous les jours, « et dont le nombre immense n'est qu'indiqué dans « l'Évangile , il faut particulièrement distinguer '( d'autres faits plus éclatants encore, comme les « résurrections de morts, les milliers d'hommes « nourris de quelques pains et de quelques poisce sons, le changement de l'eau en vin , l'apaisec( ment de la tempête, la marche sur les eaux, et « les guérisons à distance et par le simple rayonce nement de son esprit. Tous ces faits appar-

' P. 225. <?c!)t»pfcrifd), urtraftic) unb nninbcibarfl cvfolgreic^ max fein 23>ivteu.

« tiennent certainement aux primitives données « évangéliques... Ce sont là les plus hauts mo- « ments de sa puissance sur le monde extérieur... « En Jésus -Christ, l'œuvre de tous les jours n'é- « tait qu'une série d'actes de sublime puissance. « Dès lors, que devaient être en certains mo- « ments les élans de cette force déjà si haute dans « son repos? Nous n'avons aucune raison de poser « la moindre limite aux pouvoirs de l'esprit, ni « de déterminer arbitrairement jusqu'où pouvait « aller sa force en Jésus-Christ.

f( De telles époques de puissant enthousiasme, « de force triomphante et de sublime et salutaire « exaltation se montrent déjà , mais disséminées, « dans l'ancien Testament. Partout où la vraie « religion se déploie, elle apporte la sublime joie « qui ranime tout , la vigueur merveilleuse qui « peut tout, et les plus touchantes expériences de « divine force et de divin secours. Mais jamais le « fondement même des œuvres de salut n'avait « été ainsi posé; jamais de pareilles espérances de a divine régénération, jamais la joie céleste dans « sa plénitude, n'avaient à ce degré remph le cœur « des hommes. » [P. xiv.)

« Il avait donc paru celui qui ', dans ce temps et « dans ce peuple du royaume de Dieu, était le Mes- (c sie attendu; et il n'avait pas seulement accompli c( ce qu'exigeait de lui le sens le plus profond des « prophéties ; mais son travail et son opération , « ses souffrances et sa mort, avaient beaucoup plus « fait que ce que les prophètes avaient pu annonce cer et prévoir.

« C'est lui qu'avait en vue ce prophétique es- « poir répandu de toute antiquité chez tous les « peuples, mais avec plus de force et de clarté « dans Israël, espoir devenu , dans les derniers « temps , manifeste comme la lumière : qui « annonçait qu'un homme viendrait, immaculé « de toute erreur et de tout péché ^ qui, domi- (c nant la masse d'erreurs et de perversités accu- « mulées depuis l'enfance du genre humain , « triompherait de tout et saurait accomplir par-

2 P. 499... 1>ex 9\uf, ba^ bod; cr|l ©inci- tomnu-, wclcl)cr iinbcruljvt unb un()cbcu()t won bcn, feitallcn ^chcn bcr 2?îrnfd)l)cit immcr l)6l)cr angcTOad^fcncn, 3f'tl^"i"ft'» "nt» tcunbcn, voUtommcn bcn 'Ii}i(lcn (?ottcê tl)atc.

« faitement la volonté de Dieu. Or voici que la « vie du Christ tout entière n'est que l'accomcc plissement de cette universelle attente.

« 3Iais les prophètes n'appelaient pas seulement (c en lui l'homme isolé, qui n'eût eu à remplir « qu'une œuvre personnelle. Ils appelaient, avec « toute l'histoire primitive d'Israël, celui qui, à « travers tous les péchés du monde, inflexible à « tout mal, suivrait en tout la plus pure voce lonté de Dieu, et deviendrait par là le maître de fc tous les hommes, pour leur apprendre à faire à « son exemple la volonté de Dieu, et pour fonder ic l'assemblée des hommes soumis à l'absolue vé- « rite religieuse.

« Et voici qu'en effet le Christ accomplit cette « double mission avec une si haute perfection, (c qu'il est impossible de dire s'il est plus grand fc comme homme en face de Dieu , ou comme « fondateur et comme chef de l'assemblée des « hommes unis à Dieu. »

« En lui se renouvelle et se concentre % en cette « fm de la vie d'Israël, la vertu prophétique pri-

« mitive , cette force radicale et fondatrice de « l'assemblée de la vraie religion... Cette force « éclate en lui comme elle n'avait pas fait de- « puis Moïse. Avec une certitude divine immé- « diate, sa prophétique puissance annonce les vé- « rites nouvelles, et elle les fait régner. Mais ici « plus aucune des violences qui se mêlaient à « l'ancienne action prophétique. Les dernières « traces de la vieille forme ont disparu ; lui seul « sait présenter aux hommes chaque vérité, enve- « loppée de sa seule lumière, aimable du seul at- « trait de son excellence propre. Sa parole n'est « plus autre chose que la plus simple parole de (( l'homme, transfigurée par la plus divine certi- « tude et le plus calme éclat du vrai.

« Et c'est ainsi qu'il fonde l'éternel royaume « de la vraie et parfaite religion ' qui devait sortir « d'Israël, et embrasser bientôt et tous les peuples « et tovis les hommes.

« En lui se rajeunit aussi l'antique vertu sacer- « dotale, médiatrice entre l'homme et Dieu, ra- « menant à son Dieu l'homme purifié, mais non « plus arrêté dans la vétusté de la loi extérieure « et formelle...

« Et toutes ces sublimes forces de l'esprit , « qui n'avaient apparu dans le monde que dis- « persées, sont rassemblées en lui et concentrées « en un solide ensemble, qui ne pouvait exister « avant lui ; car la force et l'attrait de la vraie et « parfaite religion, qui implique toutes ces forces, a ne s'est enfin réellement déployée qu'en lui 'c seul. Et elle s'est déployée telle que, dès l'ori- « gine de la création, l'avait conçue la volonté de « Dieu, telle qu'elle devait paraître, et ne pouvait « paraître qu'en ce point de l'espace et du temps, « en ce seul peuple, et en cet homme unique.

« C'est qu'il apporte précisément à la vieille re- « ligion déjà vraie, mais encore imparfaite, ce qui « manque au groupe d'hommes qui en sont les dé- « positaires, et ce vers quoi tendaient depuis longce temps tous leurs désirs, savoir : l'indomptable « sérénité, la force et l'activité triomphante de « l'amour divin le plus pur; amour pénétrant « toute pensée, pénétrant toute action, accom- « plissant toute loi , bonne mais inaccomplie, du « passé; amour toujours vivant et toujours éveillé « à toute nouvelle lumière, à tout nouveau dece voir divin ; amour se déclarant au monde par c< le gouvernement du monde, le travail secoura- /c ble, la sagesse directrice, mais avant tout par

« rhumble obéissance, l'austère renoncement et fc riiéroïquc sacrifice de soi-même. C'est ainsi « qu'il est fils de Dieu, comme nul ne l'a été, et « qu'il fut, dans ce corps mortel et dans une vie « bornée, la pure splendeur et la glorieuse image « de l'Éternel lui-même.

« C est ainsi que le Christ est le Verbe de Dieu * , « sachant par la parole humaine, par tout son « être et par toute son action, parler et opérera « partir de Dieu même; sachant mettre en lumière « les profondeurs de Dieu, et révéler au monde, (f d'une éternelle, impérissable et toute-puissante « révélation, l'esprit même de l'œuvre de Dieu

« C'est ainsi qu'il est l'unique vrai Messie, l'é- « ternel roi du royaume de Dieu, que le premier « il introduit tout entier dans le monde. C'est ainsi « qu'il est l'être unique, le Guide et le Seigneur, « que doit suivre tout homme poussé de l'esprit « de Dieu, tout homme dont les pensées, les tra- « vaux, les souffrances, sont la recherche pure « et parfaite de Dieu.

« Mais est ce que le parfait est possible dans a notre imperfection humaine ? Est-ce que l'é- « ternel est possible dans cette mortelle cadu- « cité ?

« Jésus le montre comme rien ne fut jamais « montré, et il l'enseignera éternellement à tout « esprit et à tout cœur qui ne fuiront pas sa lu- 'c mière.

« Mais pendant qu'il apporte au monde la pure « lumière' et les béatitudes du bien, la haine « du monde entier l'accable, et semble vouloir « éprouver s'il est bien le héros et le saint assez « grand, assez fort pour souffrir ce que nul n'eut « jamais souffert. Sous cet épouvantable choc il « ne chancelle pas un instant. Il est venu pour tout « vaincre dans la patience, pour souffrir et mourt rir, aussi grand et puissant dans la souffrance « que dans l'œuvre et l'enseignement...

« Mais s'il supporte les dernières souffrances *, « abandonné de tous, il n'est pas délaissé de Dieu ; « et c'est par la force de Dieu qu'il opère tout, « qu'il porte tout ; et c'est par la force de Dieu « que, du fond du plus extrême anéantissement, « il remporte la plus haute victoire.

« Le voici donc écrasé comme un malfaiteur ^, « autant que la perverse volonté des hommes le « pouvait écraser, celui auquel jamais la moindre

« faute ne put être imputée, soit que l'on voie en « lui un homme égal aux autres, ou que l'on re- « connaisse en lui le vrai Messie plus grand que « tous les hommes.

« Oui, celui que, depuis tant de siècles, ils at- « tendaient comme leur sauveur, comme la bien- « heureuse espérance d'Israël, celui-là, quand il « vient en son temps, les chefs du peuple et la « masse du peuple de Dieu, le rejettent et le dés- « honorent.

« Celui qui vient apporter le salut à ce peuple « et à tous les peuples, celui qui seul sait enseigner rt aux hommes comment tout bien sur notre terre « peut germer et mûrir, celui-là est jugé par les « plus hautes justices d'Israël et du paganisme. « Et il se voit flétri comme le plus dangereux sé- « ducteur du genre humain.

« Celui qui seul, en face de tout ce que le mal, « depuis les premiers âges du monde et pendant « tous les siècles, avait accumulé d'erreurs, de V péchés , de désordres et de féroce perversité, « celui, dis-je, qui à cette masse d'horreurs n'op- «< pose que la plus haute sagesse , le plus divin « amour et la mansuétude la plus inépuisable , « celui-là se voit renversé par le flot impur, où « s'unissent pour l anéantir le péché d'Israël en-

« durci, et le péché du sensuel et stupide paga- « nisme.

« Dans le peuple qui, avant tous les autres, eût « dû être le peuple saint, le peuple bien-aimé de « Dieu, l'erreur et le péché s'étaient accumulés et « avaient fermenté depuis quinze siècles : et voici « que la rage et le venin de toutes ces erreurs et a de tous ces péchés , invétérés , endurcis, race massés en un seul foyer, vient fondre sur Jésus- « Christ. Et ce n'est point par accident, par colère « passagère du peuple qu'il succombe, comme « saint Jean-Baptiste, mais c'est sur l'essentielle et « unique question de la vie d'Israël, la question a du royaume de Dieu, de la vraie société reli- « gieuse. C'est au moment le plus critique de la « grande lutte pour l'établissement de cette société « sainte, pour la fondation de tout son avenir (f sur la terre ; c'est alors, dis-je, que toute la rage, « toute la perversité de l'ancien monde tombe sur « ce délaissé, sur ce pauvre, ce désarmé, sans « force humaine , ni gloire humaine. Tout cela « veut anéantir ce fondateur unique d'une société « dépositaire de l'absolue vérité religieuse, pour « anéantir du même coup, dans son germe, la reli- « gion à peine fondée.

« Mais précisément au moment où ce roi caché

« du vrai royaume de Dieu vient à paraître parmi « les hommes sans en être connu, au moment où « le divin royaume, à peine fondé, semble être « anéanti avec son fondateur, c'est en ce moment « même qu'il prouve son invincible force par des « merveilles, et que du tombeau de son roi, de ce « roi mis à mort pour le péché de tout le genre « humain, le beau royaume renaît pour une vie « infinie et pour une splendeur éternelle.

« La mort et le tombeau de Jésus-Christ sont, « dans l'histoire, deux rapides événements, mais « ils sont le terme précis où finit l'antiquité, et où «f commence le monde nouveau. La fin de l'ancien « monde, très-certainement, n'arrive pas avant Jé- « sus-Christ, mais elle arrive ici, et cette tombe ne « paraît se fermer que pour ensevelir avec le Christ « le vieux monde tout entier. »

Le nouveau monde en sortira.

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