PRÉFACE
L'un des dialogues de Platon est intitulé : le Sophiste. C'est un titre classique.
Il y a des sophistes. Il n'y en a pas eu toujours. Il n'y en aura pas toujours. Il y en a aujourd'hui sous nos yeux.
Si cela est, et si je le démontre, n'ai-je pas le droit de le dire?
Le mot de sophiste n'a jamais été sous ma plume un mot vague, ni une aigre épithète adressée à tous ceux qui enseignent l'erreur. C'est un mot scientifique nettement défini.
D'accord avec Aristote et Platon, j'appelle sophiste quiconque rejette, en théorie et en pratique, l'axiome premier de la raison.
Or, s'il y a aujourd'hui, en France, des écrivains qui nient, en théorie et en pratique, l'axiome premier de la raison, n'est-il pas utile de nommer cette étrange école par son nom ?
Que si, de plus, cette école se présente comme apportant au monde un nouvel instrument intellectuel, un nouveau principe de penser, qui doit mettre un abîme infranchissable entre l'avenir et le passé de l'esprit humain, n'est-il pas juste de soumettre cette espèce de raison nouvelle à l'épreuve de l'ancienne raison ?
J'avoue bien que le mot sophiste, si rigoureusement limité qu'il soit à un vice, bien défini, de la pensée, et nullement du caractère ou de la vie, constitue cependant, contre un écrivain, une dure et absolue condamnation. Mais je démontre précisément dans cet écrit qu'une dure et absolue condamnation est nécessaire contre une orgie intellectuelle qui n'a pas d'analogue, depuis vingt siècles, dans l'histoire de l'esprit humain.
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Quant aux attaques de cette École contre le Christianisme, j'entreprends, dans le présent ouvrage, de leur opposer, si je puis, plus qu'une réfutation. J'y voudrais, outre un ensemble de réponses que je crois décisives, j'y voudrais, dis-je, opposer une méthode, une méthode préventive générale, applicable à l'état présent de l'erreur.
Cette méthode n'est autre que celle qui fut léguée par un vieux, laboureur à ses fils : méthode pour trouver un trésor dans un champ.
Je propose cette méthode au public et je la présente en action. En outre, j'offre au lecteur des matériaux choisis sur lesquels il la peut appliquer lui-même. Et ceci est le point essentiel. La lecture de mon livre n'est rien. Le travail personnel sur les matériaux que je donne, aurait, tout au contraire, une vertu décisive.
Je crois pouvoir annoncer ici que quiconque voudra faire par lui-même, par sa propre attention et raison, en quelques jours, ou seulement en quekpies heures, le travail que je recommande, sera^ pour toute sa vie,
pleinement éclaire sur cette forme étrange de l'erreur, qui est Terreur contemporaine en Religion et en Philosophie.
Quant à la Vie de Jésus de M. Renan, dont j'ose encore parler, je ne trouve nullement qu'on en ait fait trop de réfutations. Toutes ces réfutations me paraissent bonnes et opportunes, en ce sens qu'il n'y a pas peut-être un seul de ces écrits, qui ne fasse voir que le livre est faux.
II est arrivé à cet auteur ce qui arrive, qu'on me permette cette comparaison, à un lépidoptère, qui a eu le malheur et le tort de pénétrer dans l'intérieur d'une ruche. En un instant, il est cerné, percé, roulé, enveloppé de cire, et précipité au dehors. Toutes les abeilles prennent part avec une grande indignation à cette petite affaire. Laquelle de ces abeilles est ridicule? Aucune assurément : ni celles qui ne font que frémir et agiter leurs ailes, ni celles qui, comme moi, surviennent quand l'ennemi est déjà mort.
ET