CHAPITRE
l'iaçons maintenant à côté de ce scandaleux portrait de Jésus, faux, impossible, contradictoire, odieux par les outrages qu'il prodigue à celui qui du moins est le plus grand des hommes, plaçons la noble image qu'un esprit droit, éclairé par la science la plus profonde et la plus riche, a tracée de notre divin modèle.
Je me borne à traduire et à rapprocher des passages du livre intitulé : Histoire du Christ \
« Voici toute la question : Est-il vrai qu'en Jé- « sus de Nazareth % a paru réellement sur la terre,
' P. xj.
LA CRITIQUE ET LA SCIENCE DL CHRIST
« la vie divine et humaine la plus haute, la plus « pure, qui jamais y puisse apparaître?
« Cette vie a-t-elle été constamment victorieuse « de l'erreur et du mal, quoique entièrement sou- « mise aux lois de notre terre, et de l'histoire de « notre humanité ?
« Cette vie, quoique sans cesse en lutte contre « les flots montants et redoutables de la perversité « humaine, n'en a-t-elle pas toujours été parfai- « tement dégagée ?
« Cette vie, puisée au sein de Dieu, a-t-elle fondé « le royaume de Dieu , pour Israël et pour toutes « les nations, pour tous les hommes, et pour tou- « jours ?
« Eli bien! Voici précisément le fruit des re- « cherches les plus exactes, et de la science la « plus profonde.
« Celte vie du Christ, qu'en peuvent dire au- « jourd'hui ceux qui doutent ? N'est-elle pastoute « réelle sous nos yeux '> Est-ce que toute recher- « che nouvelle, et tout nouvel effort de science, « n'en met pas la réalité dans une plus éclatante a lumière ? N'en trouve-t-on pas la sublimité « toujours plus saisissante qu'on ne l'avait pensé?
« Oui, cette vie est, jusqu a la fin, pour tous les •< siècles, la lumière qui éclaire tout le genre hu-
« main. Et qui peut donc aimer encore l'erreur, « qui peut être abattu, découragé, s'il a une fois « aperçu cette lumière ? Et dans quel temps, en « quel lieu, dans quel cœur cette lumière ne brille- « t-elle pas? »
« Lorsque le Christ paraît ' et commence son « œuvre, tout par lui, et autour de lui, se transes forme en un vivant foyer, d'où sortent des actes « et des expériences de divine régénération. Sa- « lut des âmes, vigueur des âmes absolument nou- « velle, puissance de guérison s'étendant de l'âme « jusqu'au corps, et guérissant l'âme et le corps « de leurs plus ténébreuses et de leurs plus incu- « râbles plaies.
« Pour lui, ce qu'il y a de plus humble se trans- « figure, et les faits passagers de notre humanité « deviennent l'enseignement de la vérité permac( nente. Dans sa lumière, toute l'histoire humaine a se transforme en histoire de la religion, de la « vraie et suprême religion. Mais, ce que tous les « siècles où il n'est pas, n'enseignent qu'obscu-
^ P. xiv.
ET LA SCIENCE DU CHRIST
« rément, avec incertitude, les quelques jours et « années où il est, l'enseignent d'une manière sai- « sissante par leurs moindres événements. »
Mais revenons à sa puissance de guérison.
a Dans tous ces faits de guérison % il opérait « par son esprit; tout était pénétré de ce sublime « esprit, qui le conduisait en toute chose, qui jail- « lissait de lui comme une eau vive, par tous ses « actes, toutes ses démarches, toutes ses paroles, a tous ses enseignements.
« L'esprit du Christ alors entrait en acte tout « entier ; puis , de toute sa puissance, il agisse sait sur l'esprit des hommes qui venaient pour « être guéris. Lui-même, toujours pleinement « conscient de sa force vivificalrice, et en même (c temps tout rempli de la foi la plus pure et la « plus aimante pour le suprême et le céleste Père a de tout salut; lui-même, avant chaque œuvre, « levait au ciel son lumineux regard pour y puiser « la force. Puis, lui aussi demandait, avant tout, à « ceux qu'il allait secourir, la foi dans la présence V réelle du royaume de Dieu, et dans la force et « la vertu de Dieu. Il ne voulait et ne pouvait « guérir que lorsqu'il trouvait une telle foi.
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« Voilà ce qu'il faut admettre pour comprendre i( les effets si extraordinaires de son action. Et quels « effets ne devenaient possibles lorsque sa haute « et puissante foi rencontrait celle des âmes qui « voyaient en lui le Messie?.. Son action était «créatrice, radicale, prodigieuse d'efficacité', « comme d'ailleurs sa vie de chaque jour, vie qu'a- <c vaut lui aucun homme n'avait jamais su vice vre... Nous ne pouvons avoir de toute cette « partie de son œuvre une assez haute idée, et « nous devons tenir toute la race humaine comme « relevée par lui, depuis qu'il a voulu descendre « dans le profond abîme de ses souffrances.
« Mais, outre ces guérisons qui, d'après tous les « documents, étaient son œuvre de tous les jours, « et dont le nombre immense n'est qu'indiqué dans « l'Évangile, il faut particulièrement distinguer '^ d'autres faits plus éclatants encore, comme les ce résurrections de morts, les milliers d'hommes ce nourris de quelques pains et de quelques poisce sons, le changement de l'eau en vin , Fapaisecc ment de la tempête, la marche sur les eaux, et <c les guérisons à distance et par le simple rayon ce nement de son esprit. Tous ces faits appar-
P. 223. ed)opfcvi\â), urtraftifi unb ivunberbiatf erfol()retc^ voav feiu 23?ir!cn.
ET LA SCIENCE DU CHRIST
ce tiennent certainement aux primitives données ce évangéliques... Ce sont là les plus hauts moec ments de sa puissance sur le monde extérieur... « En Jésus-Christ, l'œuvre de tous les jours n'éce tait qu'une série d'actes de sublime puissance. ce Dès lors, que devaient être en certains moee ments les élans de cette force déjà si haute dans « son repos? Nous n'avons aucune raison déposer ce la moindre limite aux pouvoirs de l'esprit, ni ee de déterminer arbitrairement jusqu'où pouvait ee aller sa force en Jésus- Christ.
« De telles époques de puissant enthousiasme, ee de force triomphante et de subUmc et salutaire ee exaltation se montrent déjà, mais disséminées, ee dans l'ancien Testament. Partout où la vraie ce religion se déploie, elle apporte la sublime joie ee qui ranime tout, la vigueur merveilleuse qui ee peut tout, et les plus touchantes expériences de ee divine force et de divin secours. Mais jamais le ee fondement même des œuvres de salut n'avait « été ainsi posé; jamais de pareilles espérances de o divine régénération, jamais la joie céleste dans ee sa plénitude, n'avaient à ce degré rempli le cœur ce des hommes. ;> ^P. xiv.)
« Il avait donc paru celui qui ^ dans ce temps et « dans ce peuple du royaume de Dieu, était le Mes- « sie attendu; et il n'avait pas seulement accompli « ce qu'exigeait de lui le sens le plus profond des « prophéties ; mais son travail et son opération , a ses souffrances et sa mort, avaient beaucoup plus « fait que ce que les prophètes avaient pu annon- « cer et prévoir.
« C'est lui qu'avait en vue ce prophétique es- « poir répandu de toute antiquité chez tous les « peuples, mais avec plus de force et de clarté (c dans Israël, espoir devenu, dans les derniers « temps , manifeste comme la lumière : qui « annonçait qu'un homme viendrait, immaculé « de toute erreur et de tout péché ^ qui, domi- « nant la masse d'erreurs et de perversités accu- « mulées depuis l'enfance du genre humain , « triompherait de tout et saurait accomplir par-
2 P. 499... X>ev iHuf, bajj bod) er|l(?incr tomme, wcld)cr unbcx\\{)xt unb un(jcbeu()t \?on bcn, fcitallcn 3^^*^'^ bcr 2}i?nfd)l)eit immer \)h\)n an(jewad)fencn, 3'^ï'tt)ûmcrn imb 6ûnbcn, \joUtommcn bcn SSiUcn &oiUi tl>ite.
ET LA SCIENCE DU CHRIST
« faitement la volonté de Dieu. Or voici que la (( vie du Christ tout entière n'est que l'accom- « plissement de cette universelle attente.
« Mais les prophètes n'appelaient pas seulement (c en lui l'homme isolé, qui n'eût eu à remplir (( qu'une œuvre personnelle. Ils appelaient, avec « toute l'histoire primitive d'Israël, celui qui, à « travers tous les péchés du monde, inflexible à « tout mal, suivrait en tout la plus pure voce lonté de Dieu, et deviendrait par là le maître de « tous les hommes, pour leur apprendre à faire à « son exemple la volonté de Dieu, et pour fonder t< l'assemblée des hommes soumis à l'absolue vécc rite religieuse.
ce Et voici qu'en effet le Christ accomplit cette « double mission avec une si haute perfection, (( qu'il est impossible de dire s'il est plus grand <c comme homme en face de Dieu, ou comme « fondateur et comme chef de l'assemblée des (( hommes unis à Dieu. »
c< En lui se renouvelle et se concentre % en cette « fin de la vie d'Israël, la vertu prophétique pri-
« mitive , cette force radicale et fondatrice de « l'assemblée de la vraie religion... Cette force « éclate en lui comme elle n'avait pas fait de- « puis Moïse. Avec une certitude divine immé- « diate, sa prophétique puissance annonce les vé- <c rites nouvelles, et elle les fait régner. Mais- ici « plus aucune des violences qui se mêlaient à « l'ancienne aciion prophétique. Les dernières « traces de la vieille forme ont disparu ; lui seul « sait présenter aux hommes chaque vérité, enve- « loppée de sa seule lumière, aimable du seul at- « trait de son excellence propre. Sa parole n'est « plus autre chose que la plus simple parole de « l'homme, transfigurée par la plus divine certi- « tude et le plus calme éclat du vrai.
« Et c'est ainsi qu'il fonde l'éternel royaume « de la vraie et parfaite religion ' qui devait sortir « d'Israël, et embrasser bientôt et tous les peuples « et tous les hommes.
« En lui se rajeunit aussi l'antique vertu sacer- « dotale, médiatrice entre l'homme et Dieu, race menant à son Dieu l'homme purifié, mais non « plus arrêté dans la vétusté de la loi extérieure « et formelle...
ET LA SCIENCE DU CHRIST
« Et toutes ces sublimes forces de l'esprit, « qui n'avaient apparu dans le monde que dis- « persées, sont rassemblées en lui et concentrées « en un solide ensemble, qui ne pouvait exister « avant lui; car la force et l'attrait de la vraie et « parfaite religion, qui implique toutes ces forces, a ne s'est enfin réellement déployée qu'en lui ^c seul. Et elle s'est déployée telle que, dés l'ori- « gine de la création, l'avait conçue la volonté de « Dieu, telle qu'elle devait paraître, et ne pouvait ce paraître qu'en ce point de l'espace et du temps, « en ce seul peuple, et en cet homme unique.
« C'est qu'il apporte précisément à la vieille re- « ligion déjà vraie, mais encore imparfaite, ce qui « manque au groupe d'hommes qui en sont lesdé- « positaires, et ce vers quoi tendaient depuis Ion». « temps tous leurs désirs, savoir : l'indomptable « sérénité, la force et l'activité triomphante de ce l'amour divin le plus pur; amour pénétrant « toute pensée, pénétrant toute action, accomcc plissant toute loi, bonne mais inaccomplie, du « passé; amour toujours vivant et toujours éveillé « à toute nouvelle lumière, à tout nouveau dece voir divin ; amour se déclarant au monde par « le gouvernement du monde, le travail secoura- « ble, la sagesse directrice, mais avant tout par
« l'humble obéissance, Taustère renoncement et « l'héroïque sacrifice de soi-même. C'est ainsi « qu'il est fils de Dieu, comme nul ne l'a été, et « qu'il fut, dans ce corps mortel et dans une vie « bornée, la pure splendeur et la glorieuse image « de l'Éternel lui-même.
« C'est ainsi que le Christ est le Verbe de Dieu S « sachant par la parole humaine, par tout son « être et par toute son action, parler et opérer à a partirde Dieu même; sachant mettre en lumière « les profondeurs de Dieu, et révéler au monde, « d'une éternelle, impérissable et toute- puissante « révélation, l'esprit même de l'œuvre de Dieu....
« C'est ainsi qu'il est l'unique vrai Messie, Té- « ternel roi du royaume de Dieu, que le premier (( il introduit tout entier dans le monde. C'est ainsi (( qu'il est l'être unique, le Guide et le Seigneur, « que doit suivre tout homme poussé de l'esprit « de Dieu, tout homme dont les pensées, les trace vaux, les souffrances, sont la recherche pure « et parfaite de Dieu.
« Mais est ce que le parfait est possible dans a notre imperfection humaine ? Est-ce que l'é- « ternel est possible dans cette mortelle cadu- « cité ?
ET LA SCIENCE DU CHRIST
a Jésus le montre comme rien ne fut jamais « montré, et il l'enseignera éternellement à tout « esprit et à tout cœur qui ne fuiront pas sa lufi mière.
« Mais pendant qu'il apporte au monde la pure <c lumière* et les béatitudes du bien, la haine « du monde entier l'accable, et semble vouloir « éprouver s'il est bien le héros et le saint assez « grand, assez fort pour souffrir ce que nul n'eût a jamais souffert. Sous cet épouvantable choc il « ne chancelle pas un instant. Il est venu pour tout tf vaincre dans la patience, pour souffrir et moufc rir, aussi grand et puissant dans la souffrance a que dans l'œuvre et l'enseignement...
« Mais s'il supporte les dernières souffrances ^, « abandonné de tous, il n'est pas délaissé de Dieu ; (c et c'est par la force de Dieu qu'il opère tout, « qu'il porte tout ; et c'est par la force de Dieu « que, du fond du plus extrême anéantissement, (c il remporte la plus haute victoire.
« Le voici donc écrasé comme un malfaiteur ^, « autant que la perverse volonté des liommes le a pouvait écraser, celui auquel jamais la moindre
« faute ne put être imputée, soit que l'on voie en « lui un homme égal aux autres, ou que l'on re- « connaisse en lui le vrai xMessie plus grand que « tous les hommes.
« Oui, celui que, depuis tant de siècles, ils ata tendaient comme leur sauveur, comme la biena heureuse espérance d'Israël, celui-là, quand il « vient en son temps, les chefs du peuple et la « masse du peuple de Dieu, le rejettent et le dés- (c honorent.
« Celui qui vient apporter le salut à ce peuple « et à tous les peuples, celui qui seul sait enseigner u aux hommes comment tout bien sur notre terre « peut germer et mûrir, celui-là est jugé par les a phis hautes justices d'Israël et du paganisme. « Et il se voit flétri comme le plus dangereux sé- « ducteur du genre humain.
« Celui qui seul, en face de tout ce que le mal, « depuis les premiers âges du monde et pendant « tous les siècles, avait accumulé d'erreurs, de a péchés, de désordres et de féroce perversité, a celui, dis-je, qui à cette masse d'horreurs n'opte pose que la plus haute sagesse , le plus divin « amour et la mansuétude la plus inépuisable , « celui-là se voit renversé par le flot impur, où « s'unissent pour l'anéantir le péché d'Israël en-
ET LA SCIENCE DU CHRIST
« durci, et le péché du sensuel et stupide paga- « nisme.
« Dans le peuple qui, avant tous les autres, eut « dû être le peuple saint, le peuple bien-aimé de « Dieu, l'erreur et le péché s'étaient accumulés et « avaient fermenté depuis quinze siècles : et voici « que la rage et le venin de toutes ces erreurs et « de tous ces péchés , invétérés , endurcis, race massés en un seul foyer, vient fondre sur Jésus- « Christ. Et ce n'est point par accident, par colère « passagère du peuple qu'il succombe, comme (c saint Jean-Baptiste, mais c'est sur l'essentielle et « unique question de la vie d'Israël, la question « du royaume de Dieu, de la vraie société reli- « gieuse. C'est au moment le plus critique de la 0 grande lutte pour l'établissement de cette société a sainte, pour la fondation de tout son avenir « sur la terre ; c'est alors, dis-je, que toute la rage, « toute la perversité de l'ancien monde tombe sur « ce délaissé, sur ce pauvre, ce désarmé, sans ce force humaine , ni gloire 'humaine. Tout cela (C veut anéantir ce fondateur unique d'une société ce dépositaire de l'absolue vérité religieuse, pour ce anéantir du même coup, dans son germe, la reliée gion à peine fondée.
ce Mais précisément au moment où ce roi caché
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« du vrai royaume de Dieu vient à paraître parmi « les hommes sans en être connu, au moment où « le divin royaume, à peine fondé, semble être « dnéanti avec son fondateur, c'est en ce moment « même qu'il prouve son invincible force par des « merveilles, et que du tombeau de son roi, de ce « roi mis à mort pour le péché de tout le genre « humain, le beau royaume renaît pour une vie a infinie et pour une splendeur éternelle.
ce La mort et le tombeau de Jésus-Christ sont, a dans l'histoire, deux rapides événements, mais « ils sont le terme précis où finit l'antiquité, et où ff commence le monde nouveau. La fin de l'ancien « monde, très-certainement, n'arrive pas avant Jé- « sus-Christ, mais elle arrive ici, et cette tombe ne « paraît se fermer que pour ensevelir avec le Christ « le vieux monde tout entier. »
Le nouveau monde en sortira.