‹ Les sources de l'histoire de FranceChapitre 102 sur 779 · B. DE MONTFAUCON · texte numérisé non relu

B. DE MONTFAUCON

de grands intervalles *. Les critiques de plusieurs savants lui firent sentir les inconvénients de ce plan, et le déterminèrent à le modifier. Montfaucon se borna donc à publier une histoire de France complète, avec les monuments comme pièces justificatives et comme éclaircissements. Cette histoire, rédigée en latin et en français, a été composée sur les originaux et rapporte les faits avec exactitude et simplicité ; mais elle n'a sa place marquée parmi les sources de Thistoire de France qu*à cause des nombreuses gravures qui raccompagnent.

Ces gravures reproduisent les statues, bas-reliefs, tableaux, tapisseries, etc., qui concernent les rois, les reines, les princes du sang, les pairs de France, la maison du roi et les grands officiers de la couronne. Les monuments des deux premières races sont nécessairement peu abondants, et ils ont été souvent restitués sur des données d'une exactitude douteuse. Ceux de la troisième, au contraire, sont nombreux et en général authentiques. On y voit des sacres, des couronnements, des lits de justice, des assemblées publiques, des entrées, des batailles, des chasses, etc., etc. Montfaucon a tiré la plupart de ces dessins des portefeuilles de Gaignières, son ami*. Il mit aussi à contribution les collections de Colbert et du chancelier Séguier, et il eut pour collaborateur un grand nombre d'artistes et de savants, qu'il prit soin de nommer dans sa préface.

Le tome premier renferme 55 planches, sans compter le portrait de Louis XV, qui sert de frontispice; le tome second en contient 63, le troisième 69, le quatrième 54, et le cinquième 58. En tout 300 planches, dont chacune représente souvent plusieurs sujets. Mais on reproche avec raison à ces gravures de n'être point une représentation assez fidèle de la physionomie contemporaine des monuments. Ces dessins n'en sont pas moins restés pendant bien longtemps les seuls que l'on pût consulter ou citer. Ils ont été reproduits dans plusieurs grands ouvrages du siècle dernier, et

* « On y auroil vu des rois, des princes, des officiers de la couronne, des actions, « des combats, sans y trouver la suite de l'histoire. » Préface de Montfaucon.

* c( Il m'a fraie le chemin , en ramassant et faisant dessiner tout ce qu'il a pu (t trouver de monumens dans Paris, autour de Paris et dans les provinces. 11 y a « emploie de grosses sommes. Je lui ai souvent donné des recommandations pour « nos abbayes, où il alloit faire ses recherches, menant toujours avec lui son pein- « tre. Je ne savois pas alors qu'en lui faisant plaisir j'agissois pour moi : ce n'est « que depuis sa mort que j'ai formé le plan que j'exécute aujourd'hui, et, sans ce « secours, je n'aurois jamais pu fournir aux frais immenses qu'il auroit fallu faire « pour dessiner tant de monumens d'après les originaux. »

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