COLLECTION DES DOCUMENTS INÉDITS
relatifs à l'histoire de France.
Publiés sous les auspices du ministère de V instruction publique .
Paris, 1835-1875, 177 vol. in-4^
L'étude des sources historiques, négligée depuis quelques années, reprit one activité nouvelle sous la Restauration. Des recherches faites par de laborieux érudits dans le vaste dépôt des archives de TÉtat, dans les collections manuscrites de la Bibliothèque nationale, même dans les bibliothèques et les archives des départements, prouvèrent que de grandes richesses y restaient encore enfouies. Les efforts redoublèrent, et Ton ne tarda pas à obtenir des découvertes aussi précieuses qu*inattendues, de véritables révélations qui éclairaient notre histoire d'un jour tout nouveau, et permettaient d'afQrmer que les manuscrits et les documents originaux publiés jusqu'alors ne surpassaient guère en nombre et en importance ceux qui étaient restés inédits.
En 1833, M. Guizot, alors ministre de Tinstruction publique, frappé de ce fait et persuadé que rinitiative privée ne pouvait donner que des résultats partiels et insuffisants, forma le projet d'une publication générale de tons les matériaux précieux et encore inédits de Thistoire de France '.
Dans un rapport éloquent il demanda au gouvernement de patronner cette œuvre et de lui accorder les ressources nécessaires. « Chaque jour de retard, disait-il, rend la tâche plus difficile. Non-seule-
' « Au gouvernement seul il appartient, selon moi, de pouvoir accomplir le grand •• Inivail d'une publication générale de tous les matériaux importants et encore
* inédits sur Thistoire de notre patrie. Le gouvernement seul possède les ressour-
* ces de tout genre qu'exige celte vaste entreprise. Je ne parle même pas des « moyens de subvenir aux dépenses qu'elle doit entraîner ; mais comme gardien et " dépositaire de ces legs précieux des siècles passés, le gouvernement peut enrichir
* one telle publication d'une foule d'éclaircissements que de simples particuliers
* tenteraient en vain d'obtenir. » IXapport au roi, par M, Guizot,
108 DOCUMENTS INÉDITS
'( ment les traditions s'effacent et nous enlèvent, en s'effaçant, bien des '< moyens de compléter et d'interpréter les témoignages écrits; mais les « monuments eux-mêmes s'altèrent matériellement. Il est une foule de c( dépôts, surtout dans les départements, où les pièces les plus anciennes (( s'égarent ou deviennent indéchiffrables, faute des soins nécessaires à leur « entretien. Je crois donc qu'il est urgent que l'entreprise soit mise à exé- « cution, et qu'elle reçoive immédiatement une assez grande extension. »
Le roi entra dans ces vues, l'œuvre obtint l'approbation de tous, les Chambres votèrent sur le budget de 1835, un premier crédit de 120,000 fr., et les travaux purent aussitôt commencer.
M. Guizot demanda d'abord aux préfets des renseignements précis et détaillés sur la situation des archives et des bibliothèques des départements ; il sollicita ensuite le concours des académies et des sociétés savantes de la province. Enfin, le 18 juillet i83i, il institua auprès du ministère de l'instruction publique un comité composé des hommes les plus considérables par leur savoir et par le mérite de leurs travaux historiques : c'étaient MM. Yillemain, Daunou, Naudet, Guérard, Mignet, Ghampollion-Figeac, Fauriel, Vitet, Jules Desnoyers, Granier de Cassagnac et Fallot; ils avaient pour mission de surveiller et de diriger tous les détails de la grande entreprise.
Leur premier soin fut de déterminer le but que devait se proposer l'administration, et de tracer le plan des travaux. Il s'agissait de « puiser à « toutes les sources , dans les archives et les bibliothèques de Paris et des « départements, dans les collections publiques et particulières ; de recueillir, « examiner et publier tous les documents inédits qui offrent un caractère « historique, tels que manuscrits, chartes, diplômes, chroniques, mémoires, (( correspondances, etc. »
Parmi les moyens d'exécution mis en œuvre, le premier fut d'instituer dans chaque département, dans chaque ville importante, des correspondants qui eurent pour tâche de faire les recherches nécessaires. Les archives de plusieurs villes étaient en assez bon ordre pour qu'on pût s'y livrer immédiament à d'utiles travaux. Ainsi à Besançon, une commission présidée par M. Weiss fut chargée de dépouiller les papiers du cardinal Granvelle, et de mettre à part ceux qui devaient ôtrc publiés. Des archivistes furent envoyés pour visiter les dépôts moins connus. A Paris, le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale fut soumis à une exploration générale, et plusieurs ouvrages puisés à ces sources, leJownaldes È tats généraux de \1%A, une chronique en vers de la guerre des Albigeois, etc., etc., purent être de suite livrées aux personnes désignées pour en préparer la publication. Au-
DOCUMENTS INEDITS 109
gustin Thierry se chargea de réunir et de mettre au jour une collection des chartes concédées aux villes et aux communes par les rois et les seigneurs, depuis le onzième jusqu'au quinzième siècle. Les archives des affaires étrangères et celles du dépôt de la guerre furent également mises à contribution. Les documents relatifs à l'histoire politique et sociale de notre nation, à sa législation et à ses institutions constituèrent une première série. L*histoire intellectuelle et morale ne fut pas laissée dans Toubli. Il était juste de faire une part aux œuvres scientifiques et littéraires les plus importantes, celles, par exemple, qui ont exercé une action puissante sur les esprits, qui ont ouvert dans le mouvement des idées une ère nouvelle,'ou encore celles qm révèlent des mœurs oubliées, des usages ou des faits sociaux dont on aurait perdu la trace. Une série distincte fut donc ouverte à Thistoire des sciences, des lettres, des arts et de leurs monuments. La surveillance spéciale des travaux se rapportant à cette seconde série fut confiée à un second comité, composé de MM. Cousin, Vitet, Auguste Leprévost, Mérimée, Victor Hugo, Gh. Lenormant, Albert Lenoir et Didron.
Cette excellente organisation donna d*heureux et rapides résultats. Dans un nouveau rapport, en date du S décembre 1835, M. Guizot, rendant compte au roi de Tétat des travaux, lui présenta les volumes déjà publics et énuméra les ouvrages en cours de publication. Quatre volumes, les deux premiers des Négociations relatives à la succession d'Espagne sous Louis XIV y le premier des Documents relatifs à l'histoire de la guerre de succession d^Espo^neet le Jouimaldes Etats généraux de 1484 étaient entièrement terminés; une douzaine d'autres, livrés depuis assez longtemps à Timpression, ne pouvaient tarder à paraître.
Sauf M. Fortoul, tous les ministres de l'instruction publique qui succédèrent à M. Guizot continuèrent son œuvre, sinon avec la même activité, du moins avec soin et persévérance. Depuis 1835, il ne s'écoula guère d'année sans que la collection s'enrichît de plusieurs volumes d'un réel intérêt. Dans l'état actuel, la collection des documents inédits comprend soixantequatre ouvrages, qui forment un ensemble de cent soixante-dix-sept volumes.
HO
DOCUMENTS INÉDITS