XXIV - INTRODUCTION
Héraclite, Maxime, Candide, Apion, Sextus, Arabien, puis il ajoute «Il y en ἃ un bon nombre d’autres dont les ouvrages nous sont parvenus, mais dont 11 nous est impossible de dire les noms. C'étaient des hommes orthodoxes et ecclésiastiques, comme le prouve l'interprétation qu'ils donnent de l’Écriture Sainte, et pourtant ils demeurent inconnus de nous parce que leurs écrits ne nous fournissent pas leurs noms. » Au chapitre suivant, il donne des extraits assez copieux d’un ouvrage anonyme dirigé contre l’hérésie d’Artémon 1.
Il est donc de toute vraisemblance que l'ouvrage antimontaniste des chapitres V, XvI et XVII ne portait pas non plus mention d'auteur.
L'attribution erronée à Apollinaire a pu aussi être favorisée par une légère divergence de texte dans la tradition manuscrite. Un des mss de Paris omet les mots δή τις 2. Faute de ce support, la pensée du lecteur vacille, et est tentée de prendre son point d'appui sur cet Apollinaire, mis en vedette trois ou quatre lignes plus haut. Mais à quoi rattacher dès lors les mots τῶν εἰρημένων et quel sens leur attribuer 3 ? C’est la pluralité des mss qui a évidemment raison contre À, et je ne sache pas qu'aucun éditeur moderne ait osé accepter la leçon isolée de A 4.
Le συγγραφεύς copié par Eusèbe n'était donc n1 Khodon, ni Asterius Urbanus, n1 Apollinaire. Prenons, à l'exemple d’Eusèbe, notre parti
d'ignorer son identité véritable.
1 Certains indices font penser que cet auteur anonyme n’était autre qu’'Hip polyte de Rome. Cf. DUCHESNE, Hist. anc. de l’Église, 1, 303, note.
? Biblioth. Nat., 1430, désigné par la lettre À dans l'édition de SCHWARTZ.
8 M. SELWYN, qui en tient pour Apollinaire, défend le texte que voici - « ᾿Αρχόμενος γοῦν τῆς κατ᾽ αὐτῶν γραφῆς τῶν εἰρημένων ἤδη πρῶτον ἐπισημαίνεται D. C’est une correction du manuscrit de Florence, Laur. 70, 7. Il traduit : « At least at the beginning of his work against them, 1 mean the Phrygians aforesaid, he already indicates... » Mais la construction serait anormale et maladroite. Pourquoi Eusèbe n’aurait-il pas enclavé le τῶν εἰρημένων ἢ
4 νου. R. ESTIENNE, Paris, 1544, p. 51, verso ; H. VaLors, dans P. G. ; F. A. STROTH, Halae, 1770, I, p. 293; E. ZIMMERMANN, Francfort-sur-le-Mein, 1822, I, P. 343 ; BURTON, Oxford, 1838, I, 344; LÆMMER, Schaffhausen, 1859-1862, p. 380; HEINICHEN, Lipsiae, 1868-1870, II, Ὁ. 71; DiNporr, Lipsiae, 1800, IV, p. 214; SCHWARTZ, p. 460.
Lo ci RES
INTRODUCTION XXV
Est-il possible d’entrevoir tout au moins sa qualité ? On est tenté de le supposer évêque, 51 l’on observe le rôle qu’il joue. Nous le voyons discuter longuement contre les novateurs, à Ancyre, en Galatie, au milieu de l’ecclesia et obtenir (s’il faut l’en croire) un succès marqué ! Les presbytres de l'endroit font une démarche auprès de lui pour obtenir qu'il rédige par écrit l'essentiel de l’heureuse dispute ?. Cette imtiative périlleuse de publique controverse, 1] est peu probable qu’un fidèle ordinaire, laïque ou prêtre, l’eût assumée. Au témoignage de l’Anonyme lui-même, ce furent des évêques tels que Zotique de Cumane, Julien d’Apamée qui, en plusieurs endroits, tentèrent ce genre de démarches sans en tirer d’ailleurs aucun résultat, par suite de l'attitude intolérante des montanistes %. Même aventure était arrivée à un autre évêque, Sotas d’Anchiale#. Le parallélisme de ces faits incline à penser que l’Anonyme était lui-même revêtu d’une dignité identique. — L'hypothèse est confirmée en une certaine mesure par le tour très ecclésiastique de sa réfutation, toute nourrie d'arguments empruntés à l’Écriture et à la tradition. Notons par exemple le scrupule qui, de son propre aveu, l’a longtemps détourné d'écrire contre les novateurs, comme si, bien interprété l'Évangile devait suffire à tous les besoins de la controverse religieuse 5. D'un bout à l’autre de sa réfutation, ce sont les mêmes appels aux Livres Saints 6, ou à la coutume constante des Églises 7.
Il ne faut pas non plus négliger l'expression par où l’Anonyme marque les liens de confraternité qui l’unissent à Zotique d’'Otrous 8. Quelle est au juste la portée de ce mot συυμπρεσβύτερος (qui procède sans doute de I. Pierre, V, 1) ? Il apparaît trois fois dans des textes eusébiens relatifs à Denys d'Alexandrie, et parmi lesquels il en est deux qui sont empruntés à Denys
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