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Poèmes barbares, XXV

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dans sa région. Dépouillé par l'adversaire des Anglais, Hyper- Ali, père du fameux Tippo-Saïb, il retrouva de nouveau son trône. Il y était encore installé à l'époque où un historien anglais jugeait ainsi ce fidèle allié de son pays : « Ses dettes le plongèrent dans de telles difficultés et ouvrirent un si vaste champ à l'intrigue de nombre d'individus sans principes que le nom anglais ne se lavera jamais de cette tache. L'avarice est la passion dominante de ce prince et sa répugnance à s'acquitter de ses obligations semble augmenter avec ses années '. »

A quelle date mourut ce nabab dont l'avarice était « la passion dominante », ce qui veut dire sans doute qu'elle n'était pas la seule, et dont les exactions ont imprimé à la renommée de l'Angleterre une telle tache que, de l'aveu d'un Anglais, elle ne s'en lavera jamais ? Comment mourut-il ? Je ne sais, et je cherche encore l'historien dont Leconte de Lisle s'est autorisé pour raconter comme il l'a fait la mort de Mohammed- Ali-Khan dans le Conseil dit Fakir. C'est encore l'histoire d'une femme qui tue son mari.

Vingt Cipayes gardent le Nabab et la Begum d'Arkate. Devant eux, un Fakir demi-nu mange du riz de Mangalor, assis sur les jarrets.

i. Affaires de F I mie depuis le commencement de h guerre avec la France en ij) 6 jusqu'à la conclusion de la paix m 178], traduit de l'anglais; Paris, Buisson, 1788; t. II, p. 101. En 1800, le nabab du Carnatic s'appelait Omdut-ul-Omrah: il mourut en 1801 et fut remplacé par Azim-ul- Dowlafa qui descendait de Mohammed-Ali-Khan ; deux mois plus tard on lui enleva toute autorité.

Les sources de Leconte </<■ Lisle. ~

— Mohammed-Ali-Khan, dit-il au Nabab, ta fortune est au faîte. Tes crimes si lourds, tes vices si laids hâtent l'heure de' l'expiation. Pourquoi, ô Mohammed, réchauffestu la vipère en ton sein ? Voici qu'elle siffle et t'enlace. —

Il dit. Mohammed fume, silencieux, son hûka bigarré d'arabesques. Mais la Begum tressaille, redresse son front chargé de pierreries, ouvre tout grands ses yeux. Puis elle rit, comme un bengali. — Le saint homme rêve, — dit-elle, et elle lui lance une bourse. L'or roule sur le pavé. — Voici le prix du sang ! — dit le Fakir, et il sort.

Mohammed regarde fixement cette femme dont l'œil pur brille si doucement. Il sourit sous le joug de cet être charmant, vieux tigre résigné qu'une enfant mène en laisse ; il repousse le soupçon : quelle bouche dit vrai, si celle-ci ment ?

La nuit est montée. Au fond du palais sombre Mohammed repose. Une lampe d'argent éclaire vaguement son front blême : le sang ne coule plus de sa gorge ; au milieu d'une pourpre horrible et déjà froide, le corps du vieux Nabab gît immobile.

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