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Les sources de Tacite dans les Histoires et les Annales

crM. Boissier annonce que la Commission chargée d'examiner les ouvrages envoyés au concours Bordin, dont le sujet était : Etudier les sources qui ont servi à Tacite pour composer ses Annales et ses Histoires, a décerné le prix au mémoire n° -2, portant pour épigraphe : Parata inquisilio, sed onerosa coUatio.

frLe pli cacheté joint à ce mémoire ayant été ouvert, il est constaté que l'auteur du travail réconqjensé est M. Philippe Fabia, docteur es lettres, professeur de rhétorique au lycée d'Aix.-^

IINTHODUCTION.

Dans ses recherclies sur ies historiens anciens, la philologie classique fait aujourd'hui passer avant tout la question des sources, complètement négligée pendant longtemps et superficiellement étudiée jusqu'à ces vingt ou trente dernières années. Ge n'est pas sans raison. Que l'on considère leurs ouvrages comme des documents sur l'époque racontée par eux ou comme des manifestations de l'esprit humain , que l'on se place au point de vue de l'histoire ou au point de vue de la littérature, la question des sources est essentielle et doit être examinée en premier lieu.

Lantorité d'un historien dépend de deux conditions : d'une part, la science, qui est le résultat du travail d'information contrôlé par le sens critique; d'autre part, la bonne foi. Avant de s'enquérir du sens critique et de la bonne foi d'un historien, c'est-à-dire, en somme, de la manière dont il a traité ses matériaux, n'est-il pas logique de rechercher quels étaieut ces matériaux, si la quantité en était sullisante, si la qualité en était bonne? La priorité revient donc de droit à la question des sources. Elle est, cela va sans dire, d'autant plus intéressante, comme d'ailleurs toutes celles ((ui se rapportent à l'autorité d'un liisioritMi. ([ue cet historien occupe une place plus consi-

X INTHODIJCTIO.N.

<lt'iiil)lt' parmi ceux (|(ii nous oui laissi' le récit d'une e|)o(|n(' donnée. Aussi pour aucun liislorleii ancien iTestellc plus iul(''ressanle cpu' |)()ur Tacite. (Test, en eflet, surfont par ses Annales el ses Histoires que nous connaissons la dynaslie julio-claudienne après Auguste et la révolution ((ui porta la dynastie (lavienne à l'empire. Aufidius Bassus, Servilius \onianus, Sénèque le Rhéteur, IMiiic l'Ancien, Cluvius KulVis, Fabius Rusticus, tous ceux, en un mot, ([ui avaient raconté dès le f siècle Tliistoire des successeurs d'Auguste, sont perdus, à ])art Velleius Paterculus. Oi' Velleius na écrit ([u'une partie du rèj;nt' de Tibère et son témoignage est très suspect. Le (rallNi el ÏOlhon de Plutar(|ue, à peu près contemporaiirs des (ieu\ ouvrages de Tacite, ne contiennent ([u'une partie de la révolution. Suétone, (pii écrivait aussi dans les premières années du n*^ siècle, n'est ([u'ini l)io«>raphe, uniquement occupé de la persomie des empereurs et plus érudit qu'intelligent. Dion Cassius, assez éloigné déjà des événements, ne nous est parvenu, jxjur la fin du règne de (viande et les règnes suivants, qu'à l'état de fragments et d'abrégé.

Etudier les sources d'un historien est indispensable pour savoir ce qu'il vaut lui-même comme source historique, indispensable aussi ])oui' savoir quels sont ses mérites originaux et sa valeur littéraire. Gela est vrai surtout pour les historiens anciens, qui ont travaillé, autant ([ue possible, non d'après de sinq)les documents, d'après des matériaux informes, mais d'a[)rès les ouvrages de leurs devanciers. On constate (hins un ouvrage un ensemble remarquable de qualités : il est abondant, exact, impartial, bien composé et bien écrit; mais une part de ces

INTRODUCTION. ii

([ualilés ne l'evieiit-elk' pas à rouviage ou aux ouvj-a'jes qui ont servi de sources? On y trouve, au contraire, des délauls; mais jus(|u"à (|url point l'auteur en esl-il responsable? Tel liislorirn ([iii s'est à peine élevé au-dessus du médiocre a peul-élre aulant de mérite ([u'un aulrc ([ui, venu après lui ol se servant de lui, a ét('' e\c(dlent; ou, du moins, le premier a d'autres mérites, qu'il faut retrancher de ceux du second, si l'on veut connaître exactement l'oriijinalité de celui-ci. Nous \erroiis que tel est le cas pour Tacite. Jusqu'à nos jours, on l'a estimé au-dessus de sa véritable valeur, parce ([u'on l'appi'éciait en lui-même, sans tenir compte de ses sources. L'étude de ses soui'ces le dépouille d'une partie de son prestij^^e traditionnel; mais il lui en reste encore assez pour qu'il brille parmi les plus illustres représentants de l'esprit bunuiin dans l'antiquité; et, si sa gloire est un peu amoindiie, elle n'aura |)lus rien d'enq)runté, elle sera bien à lui tout entière. Ce qu'il perd, ou plutôt ce (|u il rend, nous le restituons aux historiens, presque inconnus aujourd'hui, dont il lut l'heureux successeur. En sorte que notre étude est, du même coup, une contribution à la connaissance de l'historio graphie ronuiine pendant le f'' siècle.

La f[uestion des sources de Tacite présente de très grandes dithcultés. Tandis que les historiens modernes se font un devoir de nonnner leurs autorités et d'indiquer ce qu'ils ont pris à chacune d'elles, en général les histoi'iens anciens ne citent pas leurs sources. Ils ne font exception à cette règle ([ue s'ils veulent leur laisser la responsabilité d'une "iHirnuition, ou les coidredire, ou constater entre elles des divergences, (les citations ne nous a])prenneMl le

x„ INTUODUCTION.

j)liis souvciiL rien de certain sur riinportaiice rtdalive des sources. Pour Tacite en particulier, si nous nous en tenions aux indications qu'il nous donne lui-même, non seulement nous ne saurions pas au juste ce qu'il doit aux sources qu'il nomme, mais encore nous ignorerions complètement des sources auxquelles il doit beaucoup. Maljjré son silence, si nous avions ses devanciers, nous arriverions bien, par une comparaison attentive de son récit avec les leurs, à savoir quel usage il en a fait. C'est une ressource que la conservation d'une partie de Polybe procure à ceux qui étudient la même question pour TiteLive. Mais tous les auteurs dont Tacite s'est servi, ceux qu'il cile et ceux qu'il ne cite pas, sont perdus. Nous sommes donc forcés d'avoir recours à des récits parallèles au sien, contemporains ou postérieurs, ceux de Plutarque, de Suétone et de Dion. Si la conqDaraison vient à nous démontrer que l'un de ces récits reproduit celui de Tacite, il ne pourra nous être d'aucune utilité. Si elle nous démontre, au contraire, qu'il est indépendant du récit de Tacite et dérive des mêmes sources, il pourra nous fournir des renseignements sur la source ou les sources communes et sur la méthode de Tacite. Mais la comparaison ne donne pas toujours un résultat décisif. Alors, ou bien on ne saurait dire avec certitude s'il y a dépendance ou communauté de source; ou bien, quand la communauté de source est manifeste, on ignore si la source commune a joué le même rôle pour les deux auteurs, si, source principale pour l'un, elle n'a pas été pour l'autre seulement source secondaire,

Lorsque le^ philologues se mirent à étudier sérieuse-

1 M IK) DICTION. xni

UK'iil la ([iieslion des soiiiccs de Tacite, leur ellorl se j)()i la (Taboid sui" les Ilisloires. Pour les Histoires, en ellet, ou (lu moins pour le premier livre et pour la première inoili('' (lu second, nous avons un rt'cit parallèle à celui de Tacite, le GaJha et ÏOllion de Plutarcpie, ([ui est, certaiueinent ou bien une reproduction du nu^it de Tacite ou bien uii<' dt'rivation d'une source commune, principale et jinMiie pi ('S(|ue unicjue. Mais laquelle des deux bypotbèses est la vraie? Toutes deux ont encore aujourd'hui leurs ])artisans, après de longues discussions; de plus, les partisans de la communauté de source sont en désaccord sur la |)ersonnalité de la source commune. Des Histoires on est ])assé aux Annales, aux six premiers livres des Annah's, pour lesquels on a utilisé, comme moyens d'investigation, Dion et Suétone. Les résultats obtenus soiit tout à Tait [)roblémati([ues. Les derniers livres des AuiKilrs, où l'on ne ])eut ])lus conqiarer avec Tacite que le biograplie Suétone et les li-agments de Dion, ont été presque complètement laissés de côté. La question, on le voit, n'est encore résolue ni pour les Histoires ni à plus forte raison pour les Annales. Elle est absolument nouvelle en France. Pourtant, relativement à la méthode de Tacite, un point essentiel est acquis : il n'a pas pris ))our base de son travail les sources premières; il s'est servi presque toujours de sources dérivées : au lieu de mettre en («nivre des documents originaux, il a reproduit les récits des historiens, ses devanciers. Mais les autorités se partagent, quand il s'agit de décider si son récit est une véi'itable combinaison de plusieurs récits ou la reproducliou d inic source principale. com])létée et

XVI IMIUJDLCTIO-N.

sources. Lu cliaijili'c sur l'originalilé dt' Tacite k'i'iiiiiic

aussi celle deuxiènie partie.

[Il

Dans la liste alj)liabéli(|ue qui su il ou ti'ouvora seuleuieut les ouvrages : i° où la questiou des sources est traitée avec plus ou moius de détails, soit pour Teusemble (fun ouvrage ou des deux ouvrages de Tacite, soit pour une partie déteruiiuée; 2° qui sont cités à plusieurs reprises dans notre étude. Quant aux autres, les indications bildiographiques nécessaires seront données dans les notes. — Nous ne croyons pas que rien d'essentiel nous ait échappé ; mais nous ne nous flattons pas non plus d'avoir tout lu. Il ne nous a pas toujours été facile de nous procurer les travaux insérés dans certaines revues ou dans certains comptes rendus de sociétés savantes.

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