Sikujua. 2. Kahala. 3. Mzizi. 4. Faïda
à toute nouvelle entreprise ayant pour objet d'ouvrir l'Afrique centrale aux progrès de la civilisation.
Je nommai Bombay chef des « fidèles, » et je lui remis en triple exemplaire les photographies de nos dix-huit hommes et de nos quatre femmes, destinées à faire reconnaître leur identité parles consuls de Suez, d'Adén et de Zanzibar; au moyen de traites sur cette jiernière ville, je leur assurai un supplément de salaire, égal à;une année de service. Chacun d'eux doit être
1. Kahala s'appelait aussi Kaziki. Faïda est devenue la femme de Fwj.
gratifié, en outre, de ce qu'on appelle à Zanzibar un jardin « d'homme libre, » et d une dot équivalente à dix dollars quand il lui plaira de prendre femme.
J'ai su, depuis lors, que maître Bombay et sa suite, manquant les tles Seychelles, avaient été poussés jusqu'à Maurice, où le capitaine Anson, inspecteur général de la police, prit d'eux les plus grands soins et leur assura tous les bénéfices d'une véritable vogue. On les mena au théâtre, et une souscription fut organisée à leur profit. Ils furent ensuite rapatriés à titre gratuit, et le colonel Playfair, tout récemment nommé consul à Zanzibar, leur a manifesté, je le sais, l'intérêt le plus cordial. Je sais aussi qu'ils ne demandent qu'à me suivre encore une fois si, réalisant mes rêves les plus ambitieux, je traverse un jour l'Afrique de l'est à l'ouest, dans sa zone la plus fertile.
Ce noble vœu ne se réalisera jamais. Le capitaine Speke, après avoir échappé aux périls de la grande insurrection indienne, et à ceux de trois voyages dans les pays les plus inexplorés du continent africain, a péri, comme James Bruce, comme Tamiral Dumont-d'UrviUe, victime d'un accident vulgaire. Il chassait près de Bath, en compagnie d'un de ses amis, lorsque, essayant de franchir un mur de clôture, il reçut en plein corps la charge de son fusil, malheureusement retenu dans un buisson voisin. La mort fut presque instantanée. Deux jours après, une multitude recueillie (plus de deux mille personnes, ont dit les journaux), dans les rangs de laquelle on remarquait le bienveillant protecteur de Texpédition au lac Victoria, sir Roderick Murchison, et le docteur Livingstone, le plus illustre des émules de Speke, accompagnait ses restes vers le tombeau de famille. *"
Résumons cependant la courte et brillante carrière qui venait de s'achever ainsi. Second fils d'un propriétaire du comté de Somerset (M. Williams Speke, de Jordans), et né en 1827, John Hanning Speke fut élevé dans une école provinciale {grammar'School)^ où se manifestèrent de bonne heure sa passion pour la chasse et les exercices du corps , son infatigable curiosité, son courage à toute épreuve, penchants innés qui le désignaient d'avance pour le rôle à lui assigné par la Providence.
Il n'avait pas plus de dix -sept ans, en 1844, lorsqu'il prit place dans les rangs de l'armée anglo-indienne, et fit, comme officier subalterne de la division Colin Campbell, avec les troupes commandées par lord Gough, la terrible campagne du Pendjab. Il combattit à Ramnuggur, à Sadoulapore , à Chillianwallah, à Guzzerat, et mérita par ses brillants services, une fois la guerre finie, que les autorités militaires fissent d'amples con-
cessions à son humeur aventureuse. Congés sur congés lui furent accordés. Il en profita pour explorer les parties les moins accessibles de THimalaya, et s'avancer, pionnier intrépide, dans certaines régions du Thibet, sur lesquelles on n'avait encore aucunes notions précises. Botaniste, géologue, mais surtout naturaliste passionné, il formait de précieuses collections et rapportait de chaque vpyage des cartes levées avec un grand soin. Ces heureux résultats autorisaient ses chefs à lui laisser une liberté à peu près complète.
Ainsi préparé, le hardi voyageur aborda la grande entreprise de toute sa vie : la découverte des sources du Nil. Profitant de quelques renseignements recueillis par deux missionnaires allemands (le docteur Krapf et le Rév. Rebmann), sur Texistence de grands lacs d'eau douce occupant plusieurs degrés, au sud et au nord de la région équatoriale, dans le centre du continent africain, le capitaine Burton et le capitaine Speke essayèrent d'y arriver par le nord. Ce fut l'objet d'une première expédition au pays des Somals , racontée en détail par notre voyageur dans le Blackwoods Magazine (1854 et 1855), et tout récemment dans un volume intitulé : What ledtothe discovery of the sources of the Nile. Le capitaine Burton en a donné une autre version dans ses First footsteps in Easiern Africa,
Speke, échappé par miracle à des mésaventures qui avaient failli lui coûter la vie, se hâtji de courir en Crimée, où il servit, conune volontaire, dans les rangs' des troupes fournies par le Sultan. Après 4a campagne, il eut d'abord fantaisie d'étudier la faune du Caucase, mais renonçant à ce projet, il partit pour rejoindre le capitaine Burton qui, une seconde fois, allait pénétrer en Afrique.
Cette nouvelle expédition (juin 1857 à mars 1859) conduisit les deux aventureux compagnons jusque sur les bords du lac Tanganyika. Nous avons expliqué, au début de ce volume, par quel heureux hasard Speke fut amené, se détournant de sa route, à constater l'existence du N'yanza, ou lac, qu'il a baptisé du nom de sa souveraine. Sa découverte lui suggéra une hypothèse hardie ; il pressentit, il devina que cette espèce de mer intérieure, réservoir profond où se déversent les eaux des montagnes de la Lune, devait être le point de départ du grand fleuve dont il espérait fixer la mystérieuse origine. Vainement son compagnon ne voulut voir qu'tfh rêve dans cette conjecture sans preuves. Speke se promit de trancher à tout prix la question qui venait de se poser ainsi devant lui, et tel a été le but de sa troisième campagne (1859-1863) accomplie de concert avec le capitaine Grant. C'est celle qui est racontée jour par jour dans les pages ci-dessus.
Bien que certains esprits scrupuleux aient envisagé comme encore incomplète la solution du problème géographique dont tant de savants s'étaient tour à tour préoccupés, l'Angleterre salua d'un cri de triomphe le retour de ses deux vaillants champions. Félicité par la reine, récompensé par la Société royale de géographie, comptant le prince de Galles parmi les auditeurs qui se pressaient pour entendre ses récits, le capitaine Speke devint le point de mire de tous les regards, l'objet de toutes les curiosités. Son comté natal (qui fut aussi la patrie de sir Francis Drake), le revendiquait comme une de ses illustrations, par l'organe du doyen de
ses députés *, qui tint à honneur d'appeler l'attention de la Chambre des communes sur les éclatants services de son jeune compatriote. Lord Palmerston releva le gant au nom du pays tout entier, et la reconnaissance nationale promettait à notre voyageur les plus magnifiques récompenses lorsque la mort vint brusquement l'arracher aux enivrements de sa célébrité naissante.
L'Association britannique tenait dans la ville de Bath les assises de son congrès annuel. Membre du comité de géographie, Speke devait y prendre la parole en présence du capitaine Burton, jadis son associé, maintenant son rival et son contradicteur. Le capitaine Grant assistait à ce rendezvous, ainsi que le docteur Livingstone, et cette pléiade de voyageurs intrépides, groupée autour de sir Roderick Murchison, fixait l'attention générale. Coïncidence étrange, ce fut au moment même où le comité de la section de géographie (section E) débattait la question de savoir s'il convenait de provoquer, par une démarche directe auprès du gouvernement, les marques de faveur dues aux deux explorateurs du N'yanza Victoria, — ce fut à ce moment, disons- nous, qu'arriva la nouvelle de Thorrible accident qui venait d'enlever Speke à sa famille et à ses amis. Sir R. Murchison interrompit le débat, et d'une voix émue annonça le fatal événement. Le capitaine Burton, dont les lèvres se refusaient à parler, saisit un crayon et traça sur un morceau de papier qu'il fit passer au président, l'expression sentie de ses vifs regrets et dé son admiration pour c l'ardeur et la loyauté » de son ancien camarade.
Les obsèques du capitaine Speke ont eu lieu le 23 septembre dernier. Ses restes reposent dans le caveau de famille qu'abrite l'église de Dowlish-Wake. Une souscription est ouverte pour élever un monument « à l'Européen qui le premier, avec le capitaine Grant, traversa du sud au nord le centre de l'Afrique équatoriale ; à celui qui (abstraction faite de tout conflit d'opinions au sujet des sources du Nil), a incontestablement déterminé l'existence et le site du vaste bassin aquatique au dehors duquel s'épanche ce fleuve *. »
Le Traducteur.