‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 104 sur 362 · I ] (1 26 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

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mil chicsliens el quinze millions de livres, dont la France en a souffert les deux parts de la perte ; et bien qu'ils n'ayent commancé que par une tartanne armée en guerre, ils ont à presant plus de soixante vaisseaux, lesquels neantmoins ne sont encore bien armez ny leurs gens praticques à la mer ' ; car six bons navyres de troys cens tonneaux pièce pourront battre tous les soixante, quand ils seroyent tous ensemble. Mais peu à peu ils s'aguerrissent, et, sy l'on ny met prompt remedde, ils se randront invincibles.

^ ostre Grandeur considérera, s il luy pluisl, que de tout temps la nation françoyse a esté libre et Iranclie pour tout le monde, et (pj d n'y a que depuis ^ingt-quatre ans que les Turcqs ont rendus esclaves les Françoys naviguans soubs les trois fleurs de lis, y en ayant à presant dans l'Affricque plus de liuict mil des meilleurs marynyers du royaulmc. quy sont contraincts par les tourmanls de renoncer la loy de Jesus-Clirist, puys servent de pillotles aux Barbares jjour venyr aux costes de France prendre leurs parans et comjjatriottes, ce quy arrive journellement dans touttcs ses costes^. A quoy pouront remedyer les vaisseaux quenlretiendra le Roy, qui empescheront bien que Ion ne prene ses subjects à l'advenyr; mays ceulx quy sont esclaves à presant, le zeele et affection qu'a Vostre Grandeur au service de Sa Majesté et bien public fera facilitter les moyens pour les mettre en liberté. Une partye des denyers necessayres à cest effect se pouront trouver sur les droicts du dixiesme des prises quy se feront en mer. aux voyages de long cours, ensemble sur les droicts des congés donnés aux navigateurs d aller en mer. Mesmes. l'on poura obtenyr de Sa Saincteté et bulles etpermissions de manger de la vyande en caresme, comme l'on faist en Espagne \ dont le provenu des aumosnes sera employé au rachapt des dessusdicts esclaves. L'on y poura adjouster que tous

dront très puissants, si l'on n'y prend uarde. igoS, p. 835.

Xu faisant aucun cas de l'autorité du Roi 3. Sur les descentes opérées par les

[de Maroc], ils s'empareront de tout ce pirates de Salé sur les côtes de l'Atlantique,

qu'ils pourront. » z™ .Série, Pays-Bas, cf. i6trfem, pp. 84o-84i et /''' .Série, Angle-

t. III. terre, 1625-1626, passim.

I. Sur l'inaptitude des Maures à la navi- 3. Sur la bulle de la Croisade (la Cru-

gation, cf. H. de Castries, Les corsaires zada), V. 1" Série, France, t. I, p. 55,

de Salé, Revue des Deus Mondes, i5 fév. note 2.

MEMOIRE DE RAZILLY A RICHELIEU

couK <|uv auront des carosses dans Parys conliMhnci'oiit vingl cscus par an pour la dellivrance des esclaves françoys delenus en Raiharye. (]elte alTliyre donnera ung million de bénédictions à Sa Majesté et à cculx quy contribueront à cette bonne œuvre.

Or, je présuppose qu'il y ayt force navyres en armes en France, armés et equippés de touttes choses necessayres. Il nest doncq pas question maintenant de les laisser inutilles : et. pour les employer h l'adxantagc du service du Roy et bien public, je desduyray cy-aprcs les lieux où il me semble qu'il seroy t besoing de les employer et qu'on le pouroict. C'est au lieu que les navyrres de Salle, subjects de l'ctnpereur du Marocque, sont journellement en ses costes. cjnv prennent très-grand nombre de navyrres de ce royaulme et gasteiit nostre trafficq. Fauldroy et les prevenyr et aller mouiller l'ancre à la rade dudict Salléavec six navyrres, doiitlun empescliera qu'ils ne puissententrer ny sortir sans estre pris ; et, du mesme voyage, l'on poura traicter la palv avec ledict empereur de Marocque et retirer les pauvres Françoys détenus esclaves pour la trahison et vol de Cathelanc et aultres, lesquels l'ont affronté par le moyen des lettres du Roy qu'ils ohtindrent par faveur des secretayres d'Estat, où, en effect, il a juste occasion de se plaindre, veu qu'ils luy emportèrent plus de froys millions en pierreryes et livres' : et, lorscpiil enxoya eu France son ambassadeur pour seplayndre. on le retint (juatre moys enfermé dans la maison", de l'advertissemciit de Sa Majesté, sans qu'il eust moyen de sortyr du tout. Geste all'ayre lut très-mal conduytte. Mais l'on y peult remeddycr par le moyen du fonds que l'on a destyné sur les ventes d'offices de conseillers de Rouan et Dijon.

Et, du mesme voyage que l'on aura retyré les esclaves, l'on pourra laisser cent hommes à l'isle de Monlgaddor, sittuée à poi'tée du canon de la terre ferme, à 32" de lattitudc, isle très-ay.sée àforti^■yer^ 11 y fauldroyt mettre six pièces de canon et laisser du biscuyt aux cent hommes, et avoyr nombre de j)lancbes de sap pour y fayre des inai-

1. Sur l'afroire Castolano, V. /" Série, V. supra, p. loo, note 6.

Franco, t. II. p. 54i. Sommaire. 3. Sur les avanlagos di; la position ilo

2. L'ambassadeur aurpicl il est l'ait allu- Mogador, V. Doc. W, p. ■jf) ; Duc WllI, sien est Sidi Farès. Sur ce personnage, p. 121 et Doc. .XLVII, p. 3Ci.

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sons, car d'aultres forteresses il n'en est ja besoing, daultant que l'isle naturellement est toutlc fortilTyée. Fauldroyt establyr dans yccUe ung commerce de thoille, fer, drap, et aullres mesmes marchandises, jusques à la somme de cent mil escus par an. L'on aura de la pouldre dor en payement, dattes et plumes daustruche.

Et Ion pouroyt lliirer quelques chevaux barbes des plus forts et meilleurs de l'AfTncque. Le profil et de la vente des marchandises pouroyt monter à 3o p. 100 de gain, daultant que le voyage est fort court: car, des costes de France, ayant bon vanl, l'on y peult estre en huict jours. C est avoyr ung pied dans l'AfTricque pour aller s'estendre plus loin .

Il y a quelques Françoys quy ont Irnffîcqué dans la rivyere de Gambye. Mays dans tous ces quartiers de (uiinée, l ayr y est trèsmauvays. Et pour les habitations, il n'y a lieu en AfTrieque propre aux Françoys que lislede Montgaddor etTagrin ', où les Portugays avoyent, en diverses années, armé des vaisseaulx pour y dresser des coUonyes. Tagiin est onze degrés nord delà ligne. Les Portugays y ont esté deflaict par les Françoys. Le pays est fort agréable. Mays le reste de rAfTricque est très-malsain et en beaucoup d'endroicts sterille, dont je ne parleray d'advantage.

Ce qu'attendant, je fmiray ce grossier discours mathelot en luy offrant mes labeurs de vingt-troys années que j'ay consommées à la recherche de la congnoissance des quatre partyes du monde, le peu de bien quy me reste avecq ma vye. Et luy feray voir aux elTects qu'il n'y a personne au monde plus zeellé à son service que moy, quy prieray Dieu le reste de mes jours pour sa prospérité, santé, heureuse et longue vye.

llibliuthèijuc Sainte-Geneviève. — Ms. '2036. — Copie du xvu" siècle-.

1. Tarjr'm, le cap Tagrin, sur la côte de par M. Léon Deschamps dans la Revue de Guinée, près de la baie de Sierra Leone. Géographie, t. XIX, année 1886, pp. ?i']!x-

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