LES MORISCOS' A SALÉ ET SIDI EL-AYAGHI
Introduction critique.
Une des conséquences de l'ordonnance de bannissement prise par Pliilippe IH contre les Moriscos fut de créer sur la cote atlantique du Maroc une république de pirates- qui, pendant près d un siècle, fut presque aussi redoutable à la navigation que celle d'Alger et mérita d'être appelée « La Rochelle d'Afrique^ ». Les Moriscos de Valence, atteints les premiers par le décret d'expulsion (4 août 1609), avaient cherché un refuge dans les ports barbaresques de la Méditerranée; ceux de Castille, prévenant la sentence qui les menaçait et qui fut publiée le 19 janvier 1610, passèrent en grand nombre au Maroc, dès la fin de l'année i6og. Ce fut ce parti qu adoptèrent les habitants de la ville de Hornachos en Estremadure*. Ils forinaioiilune agglomération iin|)ortante, presque autonome,
1. Au Maroc on n'employait pas le mot espagnol u Moriscos » pour désigner les proscrits. D'après le P. Julian Paslor. on connaissait sous leur vrai nom « Hornaclicros )) les habitants de la Kasba et on donnait à tous les autres proscrits, sans distinguer leur origine, celui de « Andalous ». V. /" Série, Espagne, 16G1. Mémoire du I'. Julian Pastor.
2. Salé n'existait pas comme port de pirates avant l'arrivée des Moriscos, « car, bien que longtemps auparavant cette ville eût quelques petits vaisseaux de course, lorsqu'elle estoit entièrement sous l'empire
du roy de Maroc, c'estoit neantmoins
si peu de chose qu'à peine s'en parloit-il. » Dkx, éd. 1687, p. l'y/)- Cf. Cf.spf.des, p. ^i3. Ce furent les Moriscos qui pour la première fois organisèrent la course en grand au Maroc (r" .Série. Angleterre, Lettre de Harrison, 3 juin 1620).
3. V. infra. Doc. XXXI. Proces-verbal d'André Chemin, p. 212 et Mémoire de l'. Du Clmlard. pp. ,'176-^77.
i. Sai.azar de Mendoza qui visita cette ville au commencement du x\u' siècle en trace le tableau suivant : « Esta villa es de mil casas y encomienda de la orden de Santiago, en la provincia de Léon (sic), a cinco léguas de Llcrena, donde réside un tribunal de el Santo Otlcio de la Inquisicion. Todos los que vivieron en ella cran Moriscos y guardavan la secta de Mahoma, desde que se baptizaron en tiempo de el Rey Catolico don Fernando, y estavan circuncidados.
Prctendieron persuadir a los Inquisidores que nacian assi, y para bazello verdad, en naciendoles el hijo, le circuncidavan y luego avisavan al Cura que havia nacido circuncidado, que se tomasse informacion. Tratavanse como rcpublica y juntavanse a su consejo de estado en una cueva de la sierra y alli batian moneda. Eran mucbos arrieros y sabian por este camino con mucha facilidad todo lo que passava en Espafia y aun fuera, por que tenian inteligencias y correspondencias con los Turcos y Moros. Quando vinicron a Toledo los Moriscos de Granada
INTROmCTIOX cuiiioit:
et avaient autrefois obtenu de Philippe II le privilège de porter les armes, moyennant une redevance de 3o ooo ducats'. Arrogants et pillards, ils détroussaient les voyageurs, fabricjuaient de la fausse monnaie et commettaient des abus de toute sorte. En octobre iGoS, on avait dû envoyer de Madrid pour les châtier l'alcade Gregorio Lopez Madera. Les Hornacheros se firent débarquer à l'embouchure du Bou Regrag - où s'élevaient sur les rives du fleuve les deux villes de Salé (Sla) et de Rbat.
Depuis la plus haute antiquité, cette position était regardée comme la meilleure de la côte atlantique du Maroc, comme le véritable port de Fez ', comme le point d'ov'i l'on commande à la fois la région de Merrakech et celle de Fez. Aussi les envahisseurs successifs du Maghreb el-Aksa y avaient-ils toujours assis leur domination*. La ville de Salé, située sur la rive nord du fleuve, de beaucoup la plus ancienne, était connue des Carthaginois. La cité sud, plus récente, avait été fondée en 1197 P^"" l 'î'"''" almohade Yagoub el-Mansour, qui lui avait donné le nom de Rbat el-Fatah ^. Ce souverain l'avait puissamment fortifiée du côté de la terre et du côté de la mer, pour la mettre à l'abri des coups de main des tribus et des entreprises des Chrétiens. La principale défense de Rbat était sa kasba, citadelle dominant à la fois la ville et l'embouchure du Bou Regrag, sorte d'acropole où habitaient la garnison, le gouverneur et les fonctionnaires'. Lors de la lutte entre les Almohades et les Béni Merin (la/jO- 19,70), Rbat perdit beaucoup de son importance et tomba plus ou moins en ruines. Sous les premiers chérifs saadiens, elle se confond avec Salé : ce nom
travaron entre cllos lipa y amistad miiy cstrccha. Communicavanse por una seiida que Uamaron Moruna, que yva por un dospoblado las quarcnla léguas que ay desde
Toledo a Ornachos de montes y malezas »
Orirji'n de las diijnidadcs seglares de Castella y Léon. Llb. I\ . cap. 5, § 6. — On répétait on Espagne le dicton suivant : k Moriscos en Hornachos,y donde quiera muchachos «, qui doit être entendu : (c II y a à Hornachos autant de Moriscos que de gamins ailleurs. » Les commentateurs de ce dicton ajoutent : « Solea alli haber casi lodos los vecinos moriscos ; ya no despues que los echaron de Espana ». — On comprend qu'ayant une telle réputation, les Moriscos de Hornachos, qui se sentaient particulièrement menacés, n'aient pas attendu le décret d'expulsion pour quitter l'Espagne. On sait d'autre part (Uas. p. 175) qu'ils arrivèrent au Maroc avec de grandes rictiesses, ce qui ne fut pas le cas des proscrits.