‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 333 sur 362 · niecq, Iligh · texte numérisé non relu

niecq, Iligh

9. Le port de Mogador par lequel s'évacuent encore aujourd'hui les produits du Sous fait géographiquement partie du royaume de Merrakecb, mais il se peut qu'il ait élé momentanément sous la domination du marabout du Sous. On se rappelle que la ville actuelle de Mogador est de construction récente, ayant été fondée en 1760 par le chérif Sidi Mohammed ben Abdallah ( 1 707-1 790) pour détruire le commerce du port d'Agadir. V. 2' Série, France, 1760-1770, passim.

KELATION nF THOAt\S IK C.KNnnE "JOI

Les Mores appellent toutes ces places des mesmes noms cy-dessus, excepté SalTv. quils appellent AçalTy, & Sainte-Croix, qu'ils appellent Agader.

Ces trois royaumes avoient anciennement oluK-nn leur roy : \ il y en avoil deux, sçavoir celii\ de Fe/, dont je ne sçay le nom, \ celuy de Maroc, ^louley Ilamet ', en la hataille qu'ils gagnèrent contre le roy de Portugal. Dom Sebastien, vers les parties de Seuta >S; L'Arrache, environ en lôqo^.

Ces rois ont régné, tant qu'ils ont eu la vertu de dompter les gens de la campagne, qui sont Arabes ou Alarbes qui tiennent la campagne. & qui sont divisez & séparez par races ^, le chef ou l'ancien de la race estant le commandant, & a pour qualité le nom de cheq ou capitaine, & habitent sous des tentes et par adouars, un adouar estant un assemblage de quarante ou cinquante tentes en un rond, leurs troupeaux estant au milieu : & une race aura trente ou quarante, mesme cinquante adonars. plus ou moins, selon que la race est nombreuse.

Ces rois estoient obligez de sortir souvent en campagne avec armée, s'ils vouloient estre payez de la garama ou de la taille à laquelle chaque race étoit imposée : et encore cestoit avec bien de la peine quils se faisoient payer, parce que ces Alarbes plioyent bagage et se retiroient en une autre contrée, »S: mesme resistoient selon leurs forces, telle race estant venue à mettre jusques à dix ou quinze mille chevaux sur pied : ik plusic^urs races s étant jointes ensemble en sont venues aux armes oll'ensives et aux attaques, principalement vers Fez & Sus. où depuis plus de cinquante ans il n'y a plus eu de rois', ces royaumes estant possédez par des chefs

I. I^'aiih'ur fait une confusion, A l'épo- le sens de tribus,

que dont il veut parler, le Maroc tout entier, 4. La relation ayant été écrite en i665

V compris le Sous, avait à peu près reconnu (V. supra, INote bibliographique, pp. 697-

l'autoritc de Moulay Abd el-Malek. Ce 698), l'époque à laquelle se reporte l'auteur

chérir marcha avecson frère MouIayAhme.l doit être quelque peu antérieure à l'année

contre l'armée portugaise. if)r.'5.0nsera]ipellequeMoulayech-Chcikh,

3. La bataille eut lieu près du conMuent (pi'on pouvait regarder commelc souverain

de l'oued el-Mckhàzen et de l'oned Louk- du royaume de l'ez, avait été assassiné le 2 1

kos, à i5 kilomètres à l'ouest de El-Ksar août lOiS et que son llls Moulay Abdallah

el-Kebir, le 4 août 1678. Cf. /" Série, no parvintjamais à établir son autorité

France, t. l, pp. 393-676. dans les états de son père. Le pays et sa tur-

3. riaces. L'auteur emploie ce mot avec hulenle capitale restèrent livrés à l'anarchie

de races d'Alarbes qui ont souvent eu demeslé avec les Mores des ports de mer'.

Et présentement ce royaume de Fez est subjugué par plusieurs chefs de race dAIarbes, &i notamment par Glieq Benbouquer^ &: par Cheq Gaillan ' . Celuy-là se tient vers les parties de Mamora, Salé & Tudelle ou Tedala : & celuy-cy se tient vers les parties de Toutouan, Tanger et Arquile, dont il a fait son château.

Les Mores de Salé, estant fortifiez des Morisques qui furent chassez d'Espagne en l'année i56o ' & qui se retirèrent le long de la mesme coste de Mauritanie, surtout à Salé, en grand nombre, tant Andalouz. Granadins, quellornateheros", s'érigèrent enRepublique. ou en Divan ou Conseil, les Mores demeurant dans la grande ville, qu'on appelle le \ieux-Salé, les Morisques dans la nouvelle ville, qu'on appelle AravaP, les uns & les autres ayant garnison dans le Chasteau entre les deux villes : & ainsi unis en Divan, & instruits à la piraterie par les mesmes Morisques. irritez d'avoir esté cruellement chassez de leur pais d'Espagne, ont fait pendant trente ou quarante années de grandes pirateries, ayant mis hors jusques à vingt ou trente vaisseaux de corsaires. Mais cela a cessé depuis la mésintelligence & la guerre qu'ils ont eue depuis trois ou quatre ans avec le mesme cheq Ben Souquer, le fils duquel ayant surpris le Chasteau, les deux villes l'ont tenu assiégé ou bloqué depuis deux ou trois ans ; & finalement, on a nouvelles depuis deux mois qu'ils se sont accordez & qu'ils ont fait paix, en sorte qu'il pourroit bien arriver que les mesmes Morisques et Mores

et ne reconnurent entre temps que deux Salé, où Muley Arxid le lenoitassigé, il se

chefs, Sidi El-.\yachi et Sidi Mohammed réfugia à .\rger, où il équipa une petite

el Hadj ed-DHaï. Quant à la région du frégate qu'il commande encore à présent.

Sous les marabouts Yahia ben Abdallah et qui &fait toute sa subsistance. » Le cheikh

Ali bon Mohammed ben .Vhmed ben .Moussa Ghaïlan se réfugia à ,\lger en 1O66.

s'y disputaient le pouvoir. V. supra. Intro- Z|. Il y eut plusieurs expulsions des

duction critique, p. 578, note 3. Moriscos d'Espagne, dont une en l56o;

1. Allusion aux démêlés de Sidi El- mais celle qui donna naissance à la répu- Ayachi et de Sidi Mohammed el-Hadj avec blique de pirates de Salé eut lieu en 1610. les Moriscos de Salé. 5. Hornateheros pour : Hornalcheros,

2. Surcepersonnage, V. p. 5-7 et note 4. Hornacheros. V. supra. Introduction cri-

3. On lit en marge : « Depuis ces lettres tique, pp. 187-198. écrites, le cheq Gaylan s'estant sauvé de 6. Araval, Rbal.

RELATION DE THOMAS LE GENDRE ~o3

recommenceroient leurs pirateries, ce qui seroit fâcheux. Voilà leur estât présent'.

Pour ce qui est du costé de Toutouan iS; Tanger, on sçait comme clieq Gaillan, ou cidy Gaillan, car quelquefois on l'appelle choq, qui est capitaine, & quelquefois cidy, qui est autant que monsieur, est souvent aux mains avec les Anglois de Tanger \ & et qu il en a surpris & défait quatre ou cinq cens, avec le Gouverneur à leur teste, qui fut tué dans le combat'.

Revenant au royaume de Maroc, le roy Mouley Hamet, après le gain de la bataille contre Dom Sebastien, roi de Portugal, s'en retourna en sa ville de Maroc, où il régna jusques à l'année 1606 ', en grande paix & tranquillité, ayant réduit les Alarbes à luy apporter leur garama ou taille dans Maroc ; & en ce temps-là, les marchands chrestiens, françois, anglois, hullandois ik espagnols, qui demeuroicnt dans la mismc ville en assez bon nombre, y faisoient bon négoce.

Mais après la mort du mesmc Mouley Hamot, les aflaires se brouillèrent grandement : plusieurs de ses parens pretendans le royaume se firent la guene, tui sorte qu'en six semaines de temps, on vit trois rois dans Maroc, l'un chassant l'autre, à sçavoir Mouley Yacob el-Mansor% Mouley Boliesson & Mouley Bouffers". Après

1. Sur les relations des Moriscos de Salé de Tcviot qui commandait la place (V. avec les marabouts de la Zaouïa de Dila, iiij'ra, p. 787, note 3), était sorti avec sa V. Introduction critique, pp. 579-080. — troupe qu'il avait divisée t-n trois détache- En mars 1IJ60, Mohammed el-lladj, qui monts. Celui avec lequel il marchait et qui s'était mis en campagne contre le cheikh comptait 5oo hommes, attiré dans une Ghaïlan, fut complètement battu sur les embuscade, fut attaqué par un parti de bords de l'oued Sbou. .\. la suite de cet cavaliers et de fantassins au nombre de échec, les .\ndalous et les Ilornacberos de plusieurs milliers. Toute la troupe fut Salé se déclarèrent pour le vainqueur et massacrée avec son chef et neuf hommes allèrent mettre le siège devant la Kasba où .seulement réussirent à s'échapper. V. tenait .\bdallah ben Mohammed el-lladj. i''' Série. Angleterre, Lettre de Sir Tobias Cf. I" Série. Espagne, Mémoire de Fr. Bridge à Charles II. msx 1664.

Julian Pastor, 1G61. 4. Moulav .\hmcd rî-.Unnsour mourut le

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