CHAPITRE VIII
Certaines sources se signalent par des phénomènes d'intermittence analogues au tlux et au reflux de la marée des océans : les unes à des intervalles réguliers pendant la journée, les autres à des périodes plus distantes et moins fixes. Pline le Jeune, dans Tune des deux lettres qu'il a adressées à Licinius, en décrit une de ce genre auprès du lac Larian, aujourd'hui lac de Côme, dont le jaillissement avait lieu trois fois par jour.
Dans la vallée de Josaphat, le marais de Siloam est un réservoir artificiel de 18 mètres de longueur sur 3 de large, dans lequel arrivent deux ruisseaux et qu'on euq)loie à l'arrosage des jardins. Les eaux y affluent })ar un canal souterrain dont le débit ])résente des vicissitudes déjà mentionnées par saint Jérôme dans ses Commentaires. Les alternatives ne sont d'ailleurs pas équivalentes, ce que les habitants expliquent en disant que dans la fontaine vit un grand dragon; quand il est éveillé, il arrête l'eau, mais il la laisse couler pendant son sommeil.
En Westphalie, on voit auprès de Paderborn une
source qui disparaît deux fois en vingl-quatre heures, revenant six heures plus tard avec un hruit considéhle. La source de Lay-Wel, près de Torbay, jaillit très nettement plusieurs fois par heure, la distance entre les hautes et les basses eaux étant cependant inférieure à 15 centimètres. Dans le Yorkshire, aux environs de Giggleswick, à Weeding-Well, se rencontrent des particularités analogues.
11 existe peu de sources dont la période d'intermittence soit aussi longue ni aussi régulière que celle de la source de Néjapa, dan le Guatemala (Amérique centrale.)
Cette source est connue dans le pays sous le nom de Rio-Huido (rivière fugitive). Pendant sept années consécutives, elle produit assez d'eau pour former une véritable rivière. Dés que les sept années sont achevées, les eaux disparaissent, la source cesse de couler, et le lit de la rivière, tout à fait à sec, ne présente plus que du sable et de la poussière.
Non loin de Virey, canton de Marnay, dans le Jura est une fontaine appelée binale, parce qu'elle coule régulièrement deux fois l'année. Souvent en été, lorsque les autres sources sont taries, elle donne une eau si abondante qu'elle forme un gros ruisseau, et il lui arrive de disparaître en hiver quand les pluies grossissent les autres cours d'eau. Selon le géologue Thirria, ces circonstances s'expliquent facilement, comme pour toutes les sources intermittentes, en admettant que les eaux pluviales qui s'infiltrent dans le sol, se réunissent dans un réservoir souterrain auquel aboutit un canal courbé en forme de siphon par où
s'effectue l'écoulement des eaux. Ce siphon doit être disposé de manière à pouvoir verser, dans un temps donné, plus d'eau qu'il n'en entre pendant le même temps dans le réservoir par les fissures du terrain, de sorte que l'écoulement cesse lorsque l'eau dans le réservoir se trouve au niveau de l'orifice du siphon, et que celle qui remplissait ce siphon s'est rendue au jour. L'écoulement reprend quand les filtrations continuelles ont de nouveau élevé l'eau dans le réservoir et dans le canal d'épanchement jusqu'tà la hauteur de la convexité de celui-ci.
La Source des Capucins, h Porentruy, ne se montre que très rarement. D'aussi loin qu'on se le rappelle, elle n'a déversé que cinq ou six fois. Alors elle vomit son eau avec une force extrême, de manière h inonder tout le quartier du fauhourg de France.
Un entonnoir naturel appelé Frais-Puits, de douze à treize mètres de profondeur, et de 20 à 25 mètres de diamètre à son orifice, se trouve à quatre kilomètres au sud-est de Vesoul, a la naissance d'un vallon étroit, sinueux et bien encaissé, qu'arrosent en temps ordinaire les eaux de la source abondante de Champdamoy, située à deux kilomètres en aval de cet entonnoir. En été et en automne, après deux ou trois jours de pluies abondantes, le trou du Frais-Puits vomit tout à coup une eau bouillonnante, qui se répand avec impétuosité dans le vallon et l'inonde complètement en quelques heures, ainsi que la prairie de Vesoul, sur une étendue de dix kilomètres. Le torrent est alors si violent qu'il entraine tout sur son passage, et qu'après avoir fait déborder la rivière do Vesoul et en-
valii la partie basse de la ville, il va se jeter dans la Saône qu'il fait sortir de ses bords. Cet épanchement, qui dure pendant plusieurs heures, cesse peu de temps après la pluie. Comme on a trouvé quelquefois des brochets dans la partie du vallon submergé par les eaux de Frais-Puits, et que ces eaux apportent avec elles beaucoup de petits cailloux semblables à quelques-uns de ceux que roule TOgnon, on en a conjecturé que les eaux de Frais-Puits, ainsi que ses poissons et ses cailloux proviennent de l'Ognon. C'est difficile à admettre, car 20 kilomètres séparent le gouffre du point le plus rapproché de la rivière; en outre, rOgnon roule surtout des cailloux de quartz, de granit et de porphyre, arrachés aux roches de son lit; et il ne charrie qu'en petit nombre les cailloux calcaires que Frais-Puits rejette à l'exclusion d'autres. Thirria suppose qu'il existe dans le voisinage de Frais-Puits une vaste cavité souterraine semblable à celle que présentent fréquemment les calcaires jurassiques, et dans laquelle se rendraient par les nombreuses fissures du terrain, la majeure partie des eaux pluviales qui tombent dans le canton; hypothèse d'autant plus admissible que les territoires de Villers-le-Sec, de Lademie et de Colombe sont tout à fait dépourvus d'eau, cette cavité aboutit un canal souterrain qui débouche en aval de Champdamoy, et par lequel s'écoule en temps ordinaire le trop plein du réservoir. Le canal dont il s'agit est surmonté d'un vaste soupirail, le trou de Frais-Puits, dont l'orifice se trouve à un niveau inférieur à la convexité ou partie supérieure du réservoir. Or, à la suite des pluies abondantes, une grande
masse d'eau afflue dans le réservoir par les fissures du terrain; et comme elle ne peut s'écouler en totalité par le canal souterrain de Champdamoy, dont les dimensions sont trop faibjes, son niveau s'élève progressivement dans le réservoir et dans le soupirail de Frais-Puits, et elle finit par s'épancher par ce soupirail qui forme une sorte de réservoir de superficie.
Source intermittente.
L'écoulement dure ainsi tant qu'il y a afftuence extraordinaire dans le réservoir souterrain; mais il cesse dès que la totalité des eaux peut s'écouler par le canal de débouché journalier.
Et les brochets? — Thirria les loge dans le réservoir souterrain.
« Les modifications du débit étant liées avec les pluies, et le jaillissement de plusieurs sources exigeant des chutes d'eau calamiteuses, leur apparition tempo-
raire est regardée comme un funeste présage pour les récoltes. De là les noms de fontaine de disette, fontaine de famine, fontaine famineuse, fontaine de malheur, fouën de carestié, fontaine de cher temps, bramafam [crie la faim) sous lesquels on les désigne dans nos provinces ^ »