CHAPITRE III
Une des catégories d'eaux minérales les plus faciles à déterminer est celle des eaux chargées de chlorure de sodium ou sel commun. En Lorraine, en Franche- Comté, dans les Pyrénées on en rencontre à chaque pas et le prix que les hommes ont de tout .ieaips attaché au sel se représente dans le nom même de ces localités privilégiées. C'est ainsi que les Salins, Château-Salins, Salies, Marsal en France; les Salzbourg, Salzliausen, Salzwerk, Hallein, Halle, en Allemagne, etc., jalonnent les régions dont il s'agit.
Pendant longtemps les sources salées ont été les seules mines de sel; plus tard elles ont indiqué les points où le précieux minéral devait être cherché, et c'est à leur sortie que l'on doit par exemple la découverte du célèbre gisement salin et potassique de Stassfûrt en Prusse.
Si l'on voulait mentionner toutes les sources salées, on n'en finirait pas ; il suffira d'en citer ici quelquesunes.
Balaruc (Hérault) possède une source chaude (47°) extrêmement saline, qui renferme par litre 9 grammes
de sels, dont 7 de chlorure de sodium. L'eau jaillit dans une sorte de presqu'île sur les hords de l'étang de Thau; elle laisse dégager de Tacide carbonique, mais d'une manière intermittente. Ses propriétés excitantes fortifient les tempéraments lymphatiques.
Les eaux de Bourbonne (Haute-Marne) sont aussi très fortement saUnes; elles renferment par litre 7^', 54 de substances sur lesquels le chlorure de sodium entre pour 6 grammes. Elles ne renferment pas d'acide carbonique, mais seulement un peu d'azote. La Fontaine Chaude, ou la Matrelle est à 58 degrés, le Puisard, nommé aussi la Grande source à cause de son abondance, à 57 degrés, et la source de l'hôpital militaife, à 48 degrés.
Aujourd'hui on ne boit pas les eaux de Bourbonne en grande quantité, tandis que jadis on voyait « des personnes difficiles à émouvoir prendre jusqu'à 60 et 80 verres de ces eaux, dans la matinée, sans en être aucunement gonflées. »
Le bain produit des effets très énergiques; il ne faut pas y rester longtemps, sans quoi le cerveau pourrait se congestionner. Quand on sort, la peau semble resserrée sur elle-même ; elle est rude et sèche comme si elle venait de subir le contact d'une liqueur astringente, et en cela Bourbonne diffère de la plupart des sources minérales, qui ont, au contraire, un caractère onctueux.
Les eaux de Bourbonne sont excellentes contre les paralysies, et contre les plaies d'armes à feu. Elles ont la propriété singulière de ramollir les fibro-carti-
loges et même le tissu osseux. Il faut donc bien se garder d'y envoyer les rachitiques.
Les sources minérales naturelles de Kissingen (Bavière) très riches en chlorure de sodium et en sels ferrugineux, sont un remède à certaines maladies intestinales, mais le magnifique puits artésien de cette station l'emporte encore en intérêt sur ces eaux thérapeutiques. On a été chercher l'eau à 622 mètres. C'est une véritable mine de sel.
Les bains de Reichenhall, situés dans le voisinage de Salzbourg, sont alimentés par une vingtaine de sources salées, sortant de la roche calcaire. On y traite le scrofule et le lymphatisme.
Berchtesgaden, dans la même région, a des salines qui sont une véritable curiosité naturelle. Les galeries sont profondes. Dans cette mine se trouve un lac salé de 100 mètres sur 25, alimenté par une source ayant 27 pour 100 de sel avec une température constante de 8 à 9 degrés centigrades.
Toujours dans le Salzbourg, les environs d'Ischl sont également renommés pour leurs mines de sel gemme. Le Salzberg d'Ischl, dont l'entrée est à 800 mètres d'altitude et à 300 mètres au-dessus de la vallée, contient une source salée et une source sulfureuse. Le Salzberg de Hallstadt, que domine le précédent, présente au contraire des fontaines d'eau douce, mais point de fontaines salées. Pour l'extraction du minerai salin, on emploie la méthode de l'inondation. Il faut plusieurs semaines pour remplir ces mines, et autant pour les vider par des pompes. Quand Teau y a séjourné un mois, elle est à
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peu près saturée. Cette solution saline est appelé soole,
La soole est conduite dans les bâtiments des salines où le sel se prépare par évapora tion; on l'emploie aussi pour les usages médicaux.
(( Le procédé de l'inondation, pratiqué durant des siècles, introduit dans la masse el dans la structure des montagnes de sel gemme, des modifications importantes : l'eau dissout les cristaux de sel disséminés dans l'argile et laisse un dépôt argileux sur le plancher des chambres, tandis que la voûte est attaquée, et diminue d'épaisseur à chaque inondation; en sorte qu'après un long temps les argiles salifères sont remplacées par des couches d'argile peu salée, et que la montagne est comme criblée de vastes cavernes*. »
Ischl est une ville d'eaux des plus fréquentés. Elle est admirablement située, au confluent de l'Ischl et de la Traun, dans un paysage montagneux où les bois et les lacs mettent une fraîcheur délicieuse. Le climat y est doux, car la ville et ses environs sont entourés d'un grand cercle de montagnes de 1500 à 2000 mètres. Les sources naturelles sont peu nombreuses et peu importantes. C'est la soole qui est l'agent principal de la médication balnéaire. On l'emploie aussi en inhalations. Les malades, bien enveloppés de manteaux de caoutchouc doublé de molleton, se promènent dans une buée de vapeurs froides. Ceux qui respirent les vapeurs chaudes ou plutôt brûlantes.
1 Labat. Étude sur hchl el le Sal<kammer(jut.
se placent la bouche dans des ouvertures munies de tuyaux de porcelaine. On peut respirer ces vapeurs sans trop d'inconvénients, tandis que la main et les lèvres les supportent mal. Le goût salé se sent à peine. Le lympliatisme et la scrofule sont spécialement traités à Ischl. Les inhalations froides ou chaudes sont excellentes contre les angines et les catarrhes bronchiques.
A Kreuznach (Prusse rhénane) sont des eaux salées qu'on soumet à des préparations assez compliquées, pour en obtenir une concentration suffisante.
On les conduit, à l'aide de machines hydrauliques, à la partie supérieure de vastes hangars formés de fascines superposées avec ordre. Ce sont les bâtiments de graduation. Le liquide pénètre goutte à goutte à travers les ramilles, se divise à l'infini, et, dépouillé par l'évaporation d'une partie de ses principes aqueux et des sels les moins solublcs, tombe dans de vastes réservoirs, d'où il est repris et dirigé sur de nouvelles fascines. Ce n'est qu'après six opérations de ce genre que l'eau marque à l'aréomètre un degré suffisant de concentration. Alors on la transporte dans d'immenses chaudières, où elle est soumise à une ébuUition prolongée. Peu à peu, le sel marin se dépose sous forme de cristaux brillants, qu'on enlève à mesure avec des râteaux, et que l'on fait sécher dans des corbeilles d'osier avant de le livrer au commerce.
L'eau mère, ou mutter-lailge^ qu'on réserve pour l'usage des bains, ressemble assez, par sa couleur jaune foncé, à une bière légère. Elle est grasse et hui-
leuse au toucher. Son odeur rappelle celle de certains fucus. Sa saveur, salée d'abord, puis ardente, laisse un arrière-goût amer et désagréable qui disparaît lentement*.
On boit à Kreuznach Teau de la source Elisabeth qui est acre, salée, saumâtre, et dont aucun gaz ne rend le goût moins désagréable. Ce sont les bains d'eau minérale, mélangée à la mutter-laûge, qui constituent la partie la plus importante du traitement, dont la scrofule, sous toutes les formes, reçoit un incontestable soulagement.
Les eaux de Wiesbaden, dans le Nassau, sont salées. La principale, le Kochbrunnen^ contient, par litre, environ 8 grammes de sels, dont un peu plus de 7 grammes de chlorure de sodium. Cette source marque 67 degrés centigrades. Elle est claire, limpide et répand la légère odeur de la chaux qu'on éteint. On compare sa saveur à celle d'un mauvais bouillon, fortement salé. Elle sourd au fond d'un bassin dans lequel elle laisse un dépôt ocreux.
Les bains sont extrêmement excitants, et les malades y sont quelquefois pris de maux de tête et de vertiges. Ces eaux sont puissantes contre la goutte et le rhumatisme, mais provoquent des crises extrêmement douloureuses.
La vallée de Touzla-Sou, en Asie Mineure, ou vallée de Veau salée, est entourée près de son embouchure d'escarpements qui « frappent tout d'abord par leurs teintes blanches variées de bleu, de rouge et de