SCÈNE III Les mêmes, LUNDESTAD
lundestad. — Bonne fête, monsieur le chambellan l Je vous souhaite honneur et prospérité et tous les biens possibles.
bratsberg. — Que le diable vous emporte! je. . . Tout est en strass, mon cher Lundestad ; rien dans ce monda ne résiste à l'épreuve.
lundestad. — C'est aussi ce que disent les créanciers de Monsen.
bratsberg. — Cette histoire de Monsen ne vous at-elle pas fait l'effet d'un éclair dans un ciel très pur?
lundestad. — Vous le lui aviez prédit il y a bien longtemps !
bratsberg. — Hum ! hum ! . . . C'est vrai; encore avanthier quand il est venu ici pour chercher à me mettre dedans.
fieldbo. — Peut-être pour que vous le sauviez.
lundestad. — C'est impossible, il était déjà coulé. Et ce qui est arrivé est encore un grand bonheur.
bratsberg. — Trouvez-vous aussi qu'il soit très heureux que vous ayez été battu aux élections d'hier.
lundestad. — Je n'ai pas été battu. Tout s'est passé comme je le désirais. On ne peut pas se mesurer avec Stensgard. Il a un je ne sais quoi qui nous manque à nous autres.
bratsberg. — Je ne vous comprends pas bien.
lundestad. — Il a surtout l'art de séduire les masses, comme il a l'avantage de n'être gêné ni par son caractère, ni par ses convictions, ni par sa situation sociale 'r il lui est très facile d'être libéral.
bratsberg. — Il me semble pourtant que nous aussi nous sommes libéraux.
lundestad. — Ouipar Dieu, monsieur le chambellan, nous sommes libéraux, cela ne fait aucun doute; mais, nous ne sommes libéraux qu'à notre manière, tandis que voilà Stensgard qui, lui, est libéral à la manière desautres, et voilà ce qui change la situation.
bratsberg. — Et vous voulez favoriser cette œuvre de bouleversement?
lundestad. — J'ai lu dans de vieux livres d'histoire qu'il y avait autrefois certains hommes qui avaient le pouvoir d'évoquer les fantômes, mais qui ne pouvaient pas les chasser.
bratsberg. — Mais, mon cher Lundestad, comment pouvez-vous, vous qui êtes un homme éclairé, croire... T
lundestad. — Je sais bien que c'est de la superstition, monsieur le chambellan, mais il en est des idées neuves comme des spectres, on ne peut pas les chasser quand on les a évoquées; c'est pourquoi on doit s'efforcer de s'en accommoder le mieux que l'on peut.
bratsberg. — Oui, mais maintenant que Monsen est tombé et certainement avec lui sa honte de perturbateur . . .
lundestad. — Si Monsen était tombé deux ou trois jours plutôt, bien des choses se seraient passées autre ment.
bratsberg. — Tant pis, vous vous êtes trop hâté.
l'union des jeunes 2U1
lundestad. — J'ai eu égard à votre situation, monsieur le chambellan.
bratsberg. — A ni a situation?
lundestad. — Notre parti doit conserver sa bonne réputation aux yeux du peuple, nous représentons la vieille honnêteté norvégienne. Si j'avais combattu Stensgard, vous savez qu'il a la lettre de change...
bratsberg. — Il ne l'a plus.
lundestad. — Gomment ?
BRATSBERG. — La VOici.
lundestad. — Il vous l'a renvoyée?
bratsberg. — Oui, c'est un homme d'honneur; je dois lui rendre ce témoignage.
lundestad (pensif). — Ce Stensgard a de-la chance