‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 128 sur 131 · SCÈNE VI BRATSBERG, HEJRE, STENSGARD · texte numérisé non relu

SCÈNE VI BRATSBERG, HEJRE, STENSGARD

hejre. — Hé! hél c'est une grande assemblée! Oui, on fait ses compliments ; on a revêtu ses habits du dimanche. Peut-être que je puis aussi..,

bratsberg. — Merci ! merci, mon vieil ami t

hejre. — Bon Dieu, très cher, ne prends donc pas ces façons communes! (Il arrive de nouveaux invités.) Tiens voilà les agents de la justice, le conseil exécutif. (A Stensgard.) Oh cher et heureux jeune homme, vous voilà? Votre main, veuillez agréer l'assurance de la joie # sincère d'un vieillard.

stensgard. — A quel propos?

hejre. — Vous m'avez demandé hier de lancer quelques mots à double entente sur votre compte.

stensgard. — Oui; eh bien?

hejre. — Je me suis prêté à votre désir avec une vraie joie.

stensgard. — Et comment l'a-t-elle pris?

hejre. — Gomme une femme qui aime; elle a fondu en larmes, a fermé sa porte à clef , et n'a plus rien voulu voir, ni entendre.

stensgard. — Dieu soit loué!

hejre. — Vous êtes barbare! Mettre le cœur d'une veuve à une épreuve si cruelle! Mais l'amour a des yeux de chat... Suffit! Aujourd'hui, quand je suis revenu chez elle, madame Rundholmen, fraîche, d'excellente humeur,

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peignait ses cheveux d'or devant la fenêtre ouverte. Elle avait l'air d'une sirène, avec votre permission. Ahl c'est une maîtresse femme!

stensgard. — Bon, et puis?

hejre. — Et puis elle riait comme une possédée, très char. Elle m'a montré une lettre et m'a crié : « C'est une •demande en mariage, monsieur Hejre. Je me suis fiancée hier. »

stensgard. — Fiancée?

hejre. — Mes souhaits sincères de bonheur, jeune homme. Je me réjouis infiniment d'être le premier à vous apprendre la bonne nouvelle.

stensgard. — Ce n'étaient que des propos en l'air. hejre. — Qu'est-ce qui n'était que propos en l'air? stensgard. — Vous avez mnl compris; ou c'est ellemême qui a mal compris. Fiancée! êtes-vous fou? Maintenant que Monsen est ruiné, elle va probablement aussi...

hejre. — Mais non, très cher, madame Rundholmen est solide.

stensgard. — N'importel j'ai de tout autres projets. •Cette lettre n'était qu'une plaisanterie, cher monsieur Hejre; faites-moi le plaisir de ne raconter à personne cette sotte histoire.

hejre. — Compris, compris : on se taira. Voilà ce qu'on appelle du roman. Ah! cette jeunesse est si poétique! Oui, oui, pas un mot; je vous revaudrai cela dans vos procès : chut! je plaiderai pour vous

bratsberg. (Il causait depuis un instant avec Lundestad.) — Non, Lundestad, je ne peux pas le croire; «'est impossible.

lundestad. — Je vous l'affirme; je l'ai appris de la bouche même de Hejre.

hejre. — Qu'avez-vous appris de ma bouche?

bratsberg. — Dis-moi, est-il vrai que M. Stensgard t'a montré la lettre de change hier?

hejre. — Oui, pardieu, c'est vrai. Mais quel rapport y a-t-il...?

bratsberg. — Je te le dirai après : et tu lui as dit qu'elle était fausse?

hejre. — Oui, une inoffensive plaisanterie, pour calmer un peu son ivresse de bonheur.

lundestad. — Mais vous lui avez dit que les deux signatures étaient fausses?

hejre. — Au diable, pourquoi pas les deux aussi bien qu'une?

bratsberg. — Ainsi donc...

lundestad {au chambellan). — Et lorsqu'il a su cela...

bratsberg. — Il a donné la lettre de change à Ringdal.

lundestad. — Parce qu'il ne pouvait plus l'utiliser pour vous effrayer.

bratsberg. — Il joue le généreux ; il m'abuse de nouveau ; il s'ouvre l'entrée de ma maison, il me contraint à le remercier. Oh, ce... cet homme I

hejre. — Mais qu'est-ce donc que toutes ces histoires ?

bratsberg. — Plus tard, plus tard, cher ami (A Lundestad). Et c'est cet homme là que vous protégez, que vous appuyez l

lundestad. — Et vous même ?

bratsberg. — Oh ! j'ai presque envie det...

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lundestad (il montre Stensgard qui cause avec Thora). Regardez ! que doivent penser les gens ?

bratsberg. — Ils vont savoir ce qu'ils doivent penser.

lundestad. — Trop tard, monsieur le chambellan ; il s'insinue en se servant d'espérances, d'apparence et de probabilités.

bratsberg. — Je sais aussi manœuvrer, monsieur le propriétaire Lundestad.

lundestad. — Qu'allez-vous faire ?

bratsberg. — Vous allez le voir (il s'approche de Fieldbo). Monsieur le docteur, voulez-vous me rendre un service ?

fieldbo. — Avec plaisir.

bratsberg. Hé bien, mettez-moi cet homme à la porte!

fieldbo. — Stensgard ?

bratsberg. — Oui, ce chevalier d'industrie. Je ne veux pas prononcer son nom. Chassez-le ! Je vous donne carte blanche.

fieldro. — Carte blanche... Sous tous les rapports?

bratsberg. Oui, par le diable !

fieldbo. — Votre main, monsieur le chambellan.

BRATSBERG. — La Voilà.

fieldbo (bas). — Allons, c'est le moment ou jamais. (Haut). L'honorable société veut-elle me prêter un instant d'attention ?

bratsberg. — Le docteur Fieldbo a la parole.

fieldbo. — J'ai l'honneur de vous faire part, avec le consentement de M. le chambellan, de mes fiançailles . avec sa fille, Mademoiselle Thora.

(Grande surprise. Thora pousse un faible cri. Le chambellan veut prononcer quelques mots, puis se tait).

stensgard. — Ses fiançailles 1 Tes fiançailles t

hejre. — Avec la fille du chambellan ? (Il se tourne vers le chambellan). Avec ta avec... avec...

lundestad. — Le docteur est-il fou ?

stensgard. — Mais, monsieur le chambellan

bratsberg. — Que faire ? Je suis un libre penseur; et j'entre dans l'Union des jeunes.

fieldbo. — Merci ! Merci 1 Et mes excuses !

bratsberg. — Nous sommes dans un siècle d'associations, monsieur l'avocat. Vive la libre concurrence 1

thora. — 0 mon père chéri!

lundestad. — Puisqu'il est question de fiançailles, je puis vous faire part aussi des fiançailles de

stensgard. — Calomnié.

lundestad. — Pas du tout ; des fiançailles de Mademoiselle Monsen avec

stensgard. — Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, vous dis-je !

thora. — Si, père, c'est vrai, ils sont ici tous les deux.

BRATSBERG. — Qui ?

thora. — Ragna et l'étudiant Helle ; là.

(Elle indique la porte de droite.)

lundestad. — L'étudiant Helle! Ainsi, c'est lui !...

bratsberg. — Et ici ? chez moi? (Il va vers la porte). Venez, chers enfants !

ragna (timidement). — Oh! non l non 1 II y a tant de monde!

bratsberg. — Pas de fausse honte l Vous ne pouvez rien à ce qui est arrivé.

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helle. — Elle n'a plus de foyer, monsieur le chambellan.

ragna. — Oh ! venez à notre secours!

bratsberg. — Vous pouvez compter sur mon aide ; et, en attendant, je vous remercie, d'être venus chercher un asile chez moi.

hejre. — Puisque c'est une série de fiançailles, je peux la compléter.

bratsberg. — Gomment ?Toi? A ton âge? Quelle folie?

hejre. — Mais il n'est pas question de mo.i!... Suffit.

lundestad.— La partie est perdue, monsieur Stensgard.

stensgard. — Vraiment? {Haut). C'est moi qui vais compléter la liste, monsieurDaniel Hejre. Mesdames, messieurs, moi aussi j'ai une communication à vous faire.

bratsberg. — Comment !

stensgard. — On joue double jeu, on cache ses propres opinions quand cela est nécessaire. Je considère cela comme permis quand c'est dans l'intérêt général. Ma mission est toute tracée à l'avance et je la mets audessus de tout. Mon activité est consacrée à ce district, il faut faire la lumière dans les idées de la population. de n'est pas là l'œuvre d'un chevalier d'industrie. Les gens de la région doivent se serrer autour d'un des leurs. C'est pourquoi je me suis lié solidement et d'une manière indissoluble par les liens du cœur. Si j'ai éveillé de la défiance chez quelqu'un, qu'on me le pardonne. Moi aussi je suis fiancé.

bratsberg. —Vous?

fieldbo. — Fiancé ?

hejre. — Je veux en témoigner,

bratsberg. — Comment ?

fieldbo. — Avec qui ?

lundestad. — Ce n'est pourtant pas ?...

stensgard. — C'est un mariage d'amour et de raison : fiancé à Madame veuve Rundholmen.

bratsberg. — La veuve du restaurateur ?

lundestad. — Oh ! alors...

bratsberg. — Je ne comprends pas du tout; comment, dans ces conditions ?. . .

stensgard. — C'est delà stratégie, monsieur le maître de forges.

lundestad. — Il est très fort!

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