‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 15 sur 131 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les Mêmes, M™ BERNIGK

madame bernigk [de la porte du jardin). — Qu'y a-t-il donc, mon cher Richard?

bernigk. — Ma chère Betty, en quoi cela peut-il fintéresser? (A ses associés) Maintenant il faut terminer les listes, le plus tut sera le mieux. Il va sans dire que nous signons les premiers. Notre situation nous en fait un devoir.

sandstad. — Gela va de soi, monsieur le consul.

rummel. — Ça marchera; Bernick, c'est certain.

bernigk. — Oh! pour le succès, je ne suis pas inquiet. Il nous faut pousser la chose, chacun dans le cercle de nos connaissances. Nous pouvons compter, du reste, sur la sympathie générale. Naturellement la municipalité apportera aussi sa contribution. \

madame bernigk. — Mais enfin, Richard, ne vas-tu pas nous raconter?

berntck. — Il n'y a rien là qui intéresse les femmes.

hilmar. — Ainsi tu Teux prendre en main cette affaire des chemins de fer?

berniok. — Naturellement.

rorlund. — Mais, l'an dernier, monsieur le consul.

bernick. — L'an dernier, c'était différent. Il s'agissait d'une ligne sur la côte.

wiegeland. — Qui eut été fort inutile, car nous avons déjà les bateaux à vapeur qui font ce service.

sandstad. — Et qui nous eût coûté très cher.

rummel. — Sans compter qu'elle aurait lésé des intérêts considérables.

bernigk. — La chose décisive c'est qu'elle eut été nuisible à nos grands commerçants; voilà pourquoi je m'y suis opposé, et pourquoi on a maintenant décidé la construction d'une ligne intérieure.

hilmar. — Celle-là ne desservira pas les villes voisines.

bernigk. — Si fait, la nôtre, mon cher, car nous avons le projet de construire un embranchement.

hilmard. — Un nouveau projet.

ru mm EL. — Oui, et superbe, celui-là!

rorlund. — Hum !

wiegeland. — Il n'y a pas à le nier, c'est la Providence elle-même qui a préparé le terrain pour un embranchement.

rorlund. — Est-ce réellement votre avis, monsieur Wiegeland?

bernigk. — Je dois l'avouer, je considère moi-même comme un rare bonheur l'occasion qui, par hasard, m'a, ce printemps, amené dans cette vallée que je ne connaissais pas. Rapide comme l'éclair m'est venue la pensée qu'il faudrait créer là un embranchement. J'y ai envoyé un ingénieur, dont j'ai ici les devis et les calculs. Il n'y a plus aucun obstacle.

madame bernigk (qui est avec les autres dames sur la porte du jardip,.) — Gomment, mon cher Richard, ne nous as-tu pas dit un mot de tout cela ?

bernigk. — Ma bonne Betty, tu n'aurais pas su te placer au point de vue qu'il fallait. Du reste, je n'en ai

soufflé mot à âme qui vive. Mais maintenant l'heure décisive est venue ; nous allons faire connaître nos projets et travailler de toutes nos forces à leur succès.

rorlund. — Est-ce que vous croyez vraiment à de si grands avantages, messieurs ?

bernigk. — Absolument. Quelle puissante impulsion cela va donner aux affaires ? Toutes les vastes forêts qui seront mises en valeur ! Toutes les mines abondantes que l'on exploitera! Pensez combien d'industries vont naitre et grandir I

rorlund. Et vous ne redoutez rien de ces rapports journaliers avec un monde si corrompu ?

bernigk. — Non; n'ayez nul souci, monsieur le vicaire. Notre industrieuse petite ville s'inspire, Dieu merci, d'idées saines et morales, que nous avons tous contribué à faire germer, si j'ose le dire, et que nous continuerons à développer de notre mieux, chacun dans notre sphère. Vous, monsieur le vicaire, appliquez votre bienfaisante activité à l'école et à la famille. Nous autres, les hommes du travail pratique, nous servirons la société en y répandant le bien-être ; et nos femmes, — oui, approchez, mesdames — ; nos femmes, dis-je, nos femmes et nos filles, — eh bien, continuez comme par le passé vos œuvres de bienfaisance, et apportez à ceux qui vous entourent la même aide, le même secours que je trouve en ma chère Betty, et ma chère Marthe, et mon Olaf. (Il regarde autour de lui.) Où donc se cache-t-il, Olaf, aujourd'hui?

madame bernigk. — Oh ! pendant les vacances, il est impossible de le retenir à la maison.

bernick. — Alors il doit être encore au bord de l'eau. Tu verras que cela finira mal.

hilmar. — Bah ! Une petite lutte contre les vagues !

madame rummel. — Que c'est beau de votre part, cet esprit de famille l

bernick. — Bah! Est-ce que la famille n'est pas la* base même de la société? Un agréable chez soi, des amis fidèles, un petit cercle bien choisi, dans lequel nul élément discordant ne vient apporter le trouble...

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