SCÈNE X M»« MARTHA, JOHANN
johann (en les regardant s'éloigner). Hum 1 (Il veut descendre an jardin, Martha arrive par la droite avec un panier sous le bras). Tiens, voilà Martha !
martha. — Ah ! Johann Est ce bien toi?
johann . — Es-tu si pressée ?
martha. — Oui... Attends-les un peu les autres-
vont, sans doute, rentrer. (Elle veut sortir par la gauche).
johann. — Ecoute, Martha, es-tu toujours aussi pressée?
MARTHA. — Moi?
johann. — Hier tu m'as écrit de la même façon, et j& n'ai pu échanger une seule parole avec toi; et aujour~ d'hui
MARTHA. — Mais
johann. — Nous étions autrefois deux excellents camarades, t'en souviens-tu ?
martha. — Eh I Johann ! il y a si longtemps de cela! 1
johann. — Quinze ans, ni plus, ni moins. Me trouves- ■ tu bien changé ?
martha. — Toi ? oh 1 oui, toi aussi I Quoique
johann. — Que veux-tu-dire ?
martha. — Rien.
johann. — Tu ne me parais pas très heureuse de nous revoir, Martha.
martha. — J'ai attendu si longtemps, Johann, si longtemps !
johann. — Attendre... mon retour?
MARTHA. — Oui.
johann. — Pourquoi attendais-tu que je revienne? martha. — Pour que tu répares le mal que tu as fait.
JOHANN. — Moi?
martha. — As-tu oublié que, par ta faute, une femme est morte dans la misère et dans la honte? As-tu oublié que tu as empoisonné toute la jeunesse d'une pauvre enfant ?
johann. — C'est toi, Martha, qui me reproches cela?... Est-ce que ton frère ne t'a jamais rien... dit?
martha — Mon frère! Pourquoi?...
johann. — Est ce qu'il n'a jamais... jamais eu an mot d'excuse pour moi ?...
martha. — Johann, tu sais qu'il a, en morale, des principes sévères.
johann. — Huml Oui, oui; je connais les principes sévères de mon vieil ami Richard... Mais, pourtant!... je viens de causer avec lui. Je trouve que, sous ce rapport, il a plus changé que toi.
martha. — Peux-tu dire cela? Richard a toujours été un honnête homme inflexible.
johann. — Ce n'est pas ce que je veux dire... Laissons cela. Je sais maintenant comme tu me considères. Tu attendais le retour de l'enfant prodigue.
martha. — Écoute, Johann, je vais te dire ce que je pense. (Montrant le jardin.) Vois-tu cette jeune fille qui joue avecOlaf ? C'est Dina. Te rappelles-tu l'incompré-
hensible lettre que tu m'as adressée après ton départ? Tu me priais d'avoir confiance en toi ; et j'ai eu confiance en toi, Johann. Tout le mal que l'on disait de toi pouvait être l'erreur d'un moment, d'une heure de folie.
johann. — ,Je ne te comprends pas.
martha. — Tu me comprends très bien ; mais laissons ce sujet. Tu es parti recommencer une nouvelle vie; et moi, Johann, ta vieille amie, je t'ai remplacé. Les devoirs que tu n'as pas voulu ou pu remplir, je les ai pris à ma charge, moi. Je te le dis afin que tu n'aies pas de remords. Pour la pauvre enfant, j'ai été une mère, et je l'ai élevée aussi bien que j'ai pu.
.tohann. — C'est pour cela que tu as brisé ta vie ?
martha. — Je n'ai pas brisé ma vie. Mais tu es venu bien tard, Johann.
johann. — Martha!... Ah! si je pouvais tout te dire! Permets-moi au moins de te remercier de ta sympathie.
martha (souriant aveceffort). — Maintenant que nous nous sommes complètement expliqués, Johann..., silence!... Voici quelqu'un. Adieu, je ne puis plus rien.
(Elle s'éloigne par la seconde porte à gauche. MlleHessel arrive du jardin.)