‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 30 sur 131 · SCÈNE X M»« MARTHA, JOHANN · texte numérisé non relu

SCÈNE X M»« MARTHA, JOHANN

johann (en les regardant s'éloigner). Hum 1 (Il veut descendre an jardin, Martha arrive par la droite avec un panier sous le bras). Tiens, voilà Martha !

martha. — Ah ! Johann Est ce bien toi?

johann . — Es-tu si pressée ?

martha. — Oui... Attends-les un peu les autres-

vont, sans doute, rentrer. (Elle veut sortir par la gauche).

johann. — Ecoute, Martha, es-tu toujours aussi pressée?

MARTHA. — Moi?

johann. — Hier tu m'as écrit de la même façon, et j& n'ai pu échanger une seule parole avec toi; et aujour~ d'hui

MARTHA. — Mais

johann. — Nous étions autrefois deux excellents camarades, t'en souviens-tu ?

martha. — Eh I Johann ! il y a si longtemps de cela! 1

johann. — Quinze ans, ni plus, ni moins. Me trouves- ■ tu bien changé ?

martha. — Toi ? oh 1 oui, toi aussi I Quoique

johann. — Que veux-tu-dire ?

martha. — Rien.

johann. — Tu ne me parais pas très heureuse de nous revoir, Martha.

martha. — J'ai attendu si longtemps, Johann, si longtemps !

johann. — Attendre... mon retour?

MARTHA. — Oui.

johann. — Pourquoi attendais-tu que je revienne? martha. — Pour que tu répares le mal que tu as fait.

JOHANN. — Moi?

martha. — As-tu oublié que, par ta faute, une femme est morte dans la misère et dans la honte? As-tu oublié que tu as empoisonné toute la jeunesse d'une pauvre enfant ?

johann. — C'est toi, Martha, qui me reproches cela?... Est-ce que ton frère ne t'a jamais rien... dit?

martha — Mon frère! Pourquoi?...

johann. — Est ce qu'il n'a jamais... jamais eu an mot d'excuse pour moi ?...

martha. — Johann, tu sais qu'il a, en morale, des principes sévères.

johann. — Huml Oui, oui; je connais les principes sévères de mon vieil ami Richard... Mais, pourtant!... je viens de causer avec lui. Je trouve que, sous ce rapport, il a plus changé que toi.

martha. — Peux-tu dire cela? Richard a toujours été un honnête homme inflexible.

johann. — Ce n'est pas ce que je veux dire... Laissons cela. Je sais maintenant comme tu me considères. Tu attendais le retour de l'enfant prodigue.

martha. — Écoute, Johann, je vais te dire ce que je pense. (Montrant le jardin.) Vois-tu cette jeune fille qui joue avecOlaf ? C'est Dina. Te rappelles-tu l'incompré-

hensible lettre que tu m'as adressée après ton départ? Tu me priais d'avoir confiance en toi ; et j'ai eu confiance en toi, Johann. Tout le mal que l'on disait de toi pouvait être l'erreur d'un moment, d'une heure de folie.

johann. — ,Je ne te comprends pas.

martha. — Tu me comprends très bien ; mais laissons ce sujet. Tu es parti recommencer une nouvelle vie; et moi, Johann, ta vieille amie, je t'ai remplacé. Les devoirs que tu n'as pas voulu ou pu remplir, je les ai pris à ma charge, moi. Je te le dis afin que tu n'aies pas de remords. Pour la pauvre enfant, j'ai été une mère, et je l'ai élevée aussi bien que j'ai pu.

.tohann. — C'est pour cela que tu as brisé ta vie ?

martha. — Je n'ai pas brisé ma vie. Mais tu es venu bien tard, Johann.

johann. — Martha!... Ah! si je pouvais tout te dire! Permets-moi au moins de te remercier de ta sympathie.

martha (souriant aveceffort). — Maintenant que nous nous sommes complètement expliqués, Johann..., silence!... Voici quelqu'un. Adieu, je ne puis plus rien.

(Elle s'éloigne par la seconde porte à gauche. MlleHessel arrive du jardin.)

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