‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 54 sur 131 · SCÈNE II RUMMEL, BERNICK · texte numérisé non relu

SCÈNE II RUMMEL, BERNICK

bernick. — Que signifie cela ?

rummel. — Ah I quel ennui ! Tu étais là I (au domestique :) Laissez-nous. (Le domestique sort.)

bernick. — Rummel, qu'est-ce que cela veut dire ?

rummel. — L'heure la plus glorieuse de ta vie s sonnée. La ville entière a décidé de donner, ce soir, un sérénade à son premier citoyen.

bernick. — Que dis-tu ?

rummel. — Une sérénade avec musique 1 Nous au rions eu aussi des flambeaux, mais nous n'avons pas os par ce temps d'orage. On va illuminer ici. Gela fera trè bon effet dans les journaux.

bernick. — Ecoute, Rummel, je ne veux rien de sem blable.

rummel. — C'est trop tard. Ils seront ici dans un •demi-heure.

bernick. — Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu ?

rummel. — J'avais peur que tu me fisses des objec tions. Au reste, je me Suis mis d'accord avec ta femme Elle est ma complice et s'occupe des rafraîchisse ments.

bernick. — Qu'est-ce ? Viennent-ils déjà? Il me sem ble entendre des chants...

rummel. — Des chants?... Non, ce sont les Améri cains ; c'est le départ de YIndian Girl.

bernick. — Elle part?... Non, je ne puis ce soir Rummel, je suis souffrant.

rummel. — En effet, tu as mauvaise mine. Il faut que ti prennes un peu sur toi. Prends sur toi, que diable! Si ti savais la peine que nous nous sommes donnés, Alstestd Wiegeland et moi, pour organiser cette démonstratioi spontanée. Nous tenons à ce que tes adversaires soien ■écrasés, anéantis par cette manifestation sympathique On a répandu dans la ville des bruits tels que nous n

pouvons pas tarder davantage à faire connaître les achats de terrains que nous avons faits. Annonce-les ce soir. Au milieu des chants et des discours, dans le bruit •des verres, dans l'enthousiasme de la fête, annonce à la ville... tout ce que tu as risqué dans l'intérêt général. Vois-tu, dans ces occasions-là, on peut faire accepter les choses les plus incroyables. Cependant prépare un peu le public, autrement ça ne marcherait peut-être pas. bernigk. — Bien, bien, bien...

rummel. — Spécialement pour avouer une chose aussi délicate l... Dieu soit loué ! Tu as un nom qui peut braver cela. Bernick! Ecoute, si nous nous entendions un peu ? Le cousin Hilmar a composé pour toi une chanson, paroles et musique. Gela commence très gentiment par ces mots : « Élevons la bannière intellectuelle. » Le vicaire Rorlund a accepté de faire le discours. Tu lui répondras.

bernigk. — Je ne le pourrai pas ; si tu t'en chargeais, Rummel ?

rummel. — En dépit de toute ma bonne volonté, non. Le discours s'adressera directement à toi. Peut-être y aura-t-il quelques phrases pour nous? J'en en déjà parlé avec Altstedt et Wiegeland . Nous avons pensé que tu répondrais par un toast à la prospérité de notre Société. Altstedt dira aussi quelques mots sur la bonne entente qui règne parmi nous tous. Wiegeland fera une courte allocution sur la nécessité de maintenir dans cette nouvelle entreprise les principes moraux qui nous ont toujours guidés. J'ai également l'intention de prononcer quelques paroles bien senties et de porter un toast à ces dames, dont l'influence toute modeste qu'elle est, ne

laisse point que d'être salutaire et significative. Pourquoi ne m'écoutes-tu pas ?

bernick. — Je t'écoute, je t'écoute. Dis-moi, penses-tu que la mer soit vraiment bien orageuse ?

rummel. — Ah 1 tu as peur pour le Palmier ? Tu sais bien qu'il est largement assuré 1

bernick. — Oui, assuré, mais...

rummel. — Et en fort bon état, c'est le plus important.

bernick. — Hum 1... Si le navire coule, tout ne finil pas en même temps que ces existences humaines sacrifiées. Le navire, la cargaison se perdent, sans doute ; mais les papiers peuvent être...

rummel. — Que diable, les papiers n'ont pas grande importance.

bernick. — Non, à coup sûr... Je voulais dire seulement... Ecoute... Voilà qu'ils chantent encore I

rummel. — C'est à bord du Palmier que Ton chante

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