‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 60 sur 131 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M11" BERNICK et DINA, toutes les deux en manteaux. Cette dernière a un petit sac de voyage à la main

dîna. — Avec lui ! Avec lui l

martha. — Oui, pars avec lui, Dina l

dîna. — Le voici !

johann. — Dina I

dîna. — Emmenez-moi t

johann. — Comment?

lona. — Tu veux?

dina. — Oui, emmenez-moi avec vous I L'autre m'a

écrit. Il dit qu'il annoncera, ce soir

johann. — Vous ne l'aimez pas ?

dina. — Je n'ai jamais aimé cet homme. Je préférerai

me jeter à la mer que de devenir sa femme. Oh ! quelle peine il m'a fait hier! Gomme il était hautain! Comme il me faisait sentir qu'il m'élevait jusques à lui, moi, une insignifiante jeune fille 1 On n'aura plus pour moi de ces indulgences-là. Je veux partir. Puis-je partir avec vous?

johann. — Oui, oui; mille fois oui!

dîna. — Je ne vous serai pas longtemps à charge. Emmenez-moi, aidez-moi un peu dans les débuts; et puis...

johann. — Hourrahl nous nous arrangerons, Dinal

lona (montrant la porte du consul). — Chut! parlons bas ! Parlons bas !

johann. — Dina, je vais vous emporter dans mes bras.

dîna. — Je ne vous le permettrai point. Là-bas, en Amérique, je travaillerai. Gela me sera facile, n'est-ce pas? Si je puis seulement partir d'ici ! Oh! ces dames, vous ne savez pas? Elles m'ont écrit aujourd'hui même pour me recommander d'être reconnaissante de toute la générosité que l'on montrait à mon égard. Demain^ après-demain, tout le temps, elles me surveilleraient, pour savoir si je suis vraiment digne de mon bonheur î Et moi j'ai peur de tant de respectabilité !

johann. — Dites-moi, Dina; partez-vous pour cette raison seulement? Et ne suis-je rien pour vous?

dina. — Johann, nul autre ne m'est aussi cher que Vous.

johann. — 0 Dina 1

dina. — Tous me disent ici que je dois vous mépriser et vous haïr, que c'est mon devoir; mais je ne comprends pas ce devoir et je crois bien que je ne le comprendrai

lona. — Oh ! non, jamais, mon enfant !

martha. — Ton seul devoir ce sera de le suivre, car tu seras sa femme.

johann. — Oui, ouil

lona. — Hein? Tiens, il faut que je t'embrasse, Martha! je n'aurais pas espéré cela de toi.

martha. — Moi même je ne le prévoyais pas. Il fallait briser la glace. Gomme nous avons souffert ici de leurs habitudes, de leurs manières. Révolte-toi, Dina! Epouse* le. Il surviendra quelque événement qui les éclaboussera tous.

johann. — Dina, que ré pondez- vous?

dîna. — Je serai votre femme.

johann. — Dina!

dina. — Mais je veux d'abord travailler, devenir quelqu'un... Etre une chose que l'on prend... non, cela ne me conviendrait pas.

lona. — Oui, c'est très bien, c'est bien.

johann. — L'espérance me soutiendra dans l'atti nie; et je compte

lona. — La conquérir, John ! Maintenant, à bord!

johann.— à bord! Oh! Lona, chère sœur, un mot, écoute ! (Il V emmène au fond de la scène et lui parle rapidement.)

martha. — Dina, heureuse enfant ! Laisse-moi te regarder une dernière fois, une dernière fois t'emhrasser \

dina. — Mais ce n'est pas la dernière fois! Ma chère, ma bien-aimée tante, nous nous reverrons 1

martha. — Jamais! Promets-moi, Dina, de ne jamais revenir. {Elle lui prend les deux mains et la regarde en face.) Va où ton bonheur t'appelle, chère enfant, sur

la mer immense! Que de fois, dans mon école, là-bas, j'ai rêvé de cette mer! Puis ce doit être si beau là-bas, le ciel est plus vaste, les nuages flottent plus haut qu'ici; l'homme respire un air plus libre.

dîna. — Tante Martha, tu viendras nous rejoindre un jour!

martha. — Moi! jamais! jamais! J'ai une tâche à remplir ici.

dîna. — Il ne peut pas rentrer dans mon esprit que je resterai toujours loin de toi.

martha. — On se résigne à bien des séparations, Dina. (Elle Vembrasse.) Promets-moi de le rendre heureux, chère enfant.

dîna. — Je ne veux pas le promettre, je hais les promesses. Toute chose arrive par la volonté de Dieu.

martha. — Oui, oui, c'est vrai. Rflste ce que tu es, fidèle et sincère à toi-même.

dîna. — Je serai fidèle et sincère, tante.

lona (Elle cache dans sa poche quelques papiers que Johann lui remet). — Bien, bien, mon cher Johann; et maintenant va !

johann. — Oui, il n'y a plus de temps à perdre. Adieu donc ! Merci pour toute ton affection ! Adieu, Martha ! Sois bénie aussi pour ta fidèle amitié l • martha. — Adieu, Johann ! Adieu, Dina ! Soyez heureux ensemble!

(Elles disparaissent à demi derrière la porte. Johann et Dina s'éloignent rapidement à travers le jardin. Mlle Lona ferme la porte et tire le rideau.)

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