SCÈNE VI
LUNDESTAD, FIELDBO, ASLAKSEN, HEJRE
aslaksen (hors de la tente). — Garçon î une plume, de l'encre et du papier. Ça marche, monsieur le docteur.
fieldbo. — Qu'est-ce qui marche ?
aslaksen. — Nous fondons l'Union.
lundestad (il s'approche doucement). — Ètes-vous beaucoup à signer ?
aslaksen. — Nous sommes déjà environ trente-sept, sans compter les femmes. Une plume, de l'encre et du papier, vous dis-je. Il n'y a pas de garçon! C'est la faute de notre administration locale.
(Il disparaît derrière la tente.
lundestad. — Ouf ! la journée a été chaude !
fieldbo. — Je crains que la température n'augmenta encore.
lundestad. — Quelle est votre opinion? Croyez-vous que le chambellan soit très irrité ?
l'union des jeunes 169
fieldbo. — Mais pas du tout, vous l'avez bien vu. Que dites-vous de cette nouvelle Société ? C'est une nouvelle lutte d'influences qui se prépare dans la localité, i
lundestad. — Une vrai lutte, vous avez raison. Il est très bien doué, ce Stensgard.
fieldbo. — Et il veut parvenir.
lundestad. — Les jeunes gens veulent toujours parvenir. Je le voulais aussi quand j'étais jeune. On nepeut leur en faire un reproche... On peut entrer, sans doute.
hejre (hoi*s de la tente). — Tiens, Lundestad! est-ce que vous voudriez faire de l'opposition? Hé! hé! dans ce cas, il faut vous presser.
lundestad. — Oh! j'arrive bien encore assez tôt.
hejre. — Trop tard , mon cher. Est-ce, par hasard, que vous voudriez être parrain. (Hurrahs sous la tente.) Voilà les sacristains qui chantent amen. Le baptême est terminé.
lundestad. — Mais on peut bien écouter; je me tiendrai coi.
hejre. — Encore un pilier qui tombe! Et il en tombera d'autre*s. Ça aura bientôt l'air ici d'une forêt après la tempête. Perspective splendide!
fieldbo. — En quoi cela peut-il vous intéresser, monsieur Hejre?
hejre. — M'intéresser? Je ne suis pas un homme intéressé, monsieur le docteur. Quand je me réjouis, c'est pour l'amour de mes chers concitoyens. Il y aura, enfin, dans notre localité, un peu de vie, d'animation. Personnellement, je dis ce que le Grand Turc disait de l'empereur d'Autriche et du roi de France : Gela m'est égal que
le cochon mange le chien ou que le chien mange le cochon.
(Il s'en va par la droite).
la poule (sous la tenté). — Vive l'avocat Stensgard ! Hurrah! hurrah! hurrah pour l'Union des jeunes! Du vin! un punch! Hèva! de la bière! Hurrah!
bastian (dans ta porte de la tenté). — Dieu vous bénisse ainsi que toute l'humanité! (D'une voix entrecoupée.) Oh, docteur! je me sens si fort ce soir, il faut que je fasse quelque chose.
fieldbo. — Ne vous gênez pas : mais que voulez-vous faire?
bastian. — Je crois que je vais aller dans la salle de danse et rosser deux ou trois de mes amis.