‹ Les "Souvenirs politiques" de M. Ch. Langelier [microforme]Chapitre 5 sur 5 · RE ———————— · texte numérisé non relu

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(4) Et là encore, il semble que son récit exige de nombreuses

additions et rectifications. Au moment même où je corrige ces

épreuves, Mgr Téètu commence, dans la ‘Semaine religieuse” de

Ouébec, une série d’études d’allure fort menaçante pour M. Langelier et son livre.—O. A.

Bien qu'adversaire politique de l'hon. M. Chapleau, M. Langelier, son ancien Compagnon de cl? ie, était toujours resté avec lui dans les termes de la meil! ar amitié, I] s'adressa donc à Jui, et le pria en sa qualité de Secrétaire d'Etat, d'écrire à Rome au nom du gouvernement. M. Chapleau consulta Sir John Macdonald qui accueillit Je projet € la manière Ja plus favorable, M. Chapleau écrivit à Rome et quelques mois après la bonne nouvelle nous arrivait que gr Taschereau avait été nommé cardinal,

Voilà l'histoire vraie de cet événement qui jeta tant de lustre sur notre pays. :

Elle est certes intéressante, mais l'envelopper dans trois cent cinquante pages de rabâcheries, c'est un peu nous en gâter le charme. Et Puisque M. Langelier voulait borner là ses révélations, on peut bien lui demander pourquoi il déclare dans sa préface :

En publiant ces “Souvenirs”, je me suis proposé de rendre témoignage aux hommes politiques qui furent mes chefs ou mes compagnons d'armes. Et, devant une génération nouvelle qui ne les a pas connus, j'ai cru bon d'attester ce qu'ils

J'étais l’un d’entre eux; ils ont servi à guider ma conuite politique dans l'avenir. J'ai connu les desseins et les actes, 5 succès et les revers de ceux qui marchaient à notre tête. Ce récit sera donc celui d’un soldat posté durant l’action auprès des généraux.

Le moindre bout d'article sur les dessous d’une organisation électorale, l'alimentation de la C. E., et autres mystères que l’auteur a Certainement eu l’occasion de pénétrer, aurait fait bien mieux notre affaire que cet

indigeste volume à une Piastre cinquante.

IT

Je disais tantôt que “les mémoires, s’ils ne sont pas toujours écrits pour fausser la vérité, Je sont généralement dans l'intérêt d’un homme, d’une famille ou d’une coterie”’,

Je songeais en écrivant cela à ces œuvres immortelles qu'ont laissées les de Retz, les Saint-Simon, les Chateaubriand, moins pour renseigner la postérité que pour se bien poser devant l'Histoire, eux et leurs amis.

Mais tout en plaidant pour la Fronde, c'est-à-dire pour lui-même, de Retz, suivant le mot d'un critique, A fait un livre “capable de rendre ligueur, frondeur, et presque séditieux, par contagion.”

Mais Saint-Simon déshabille Louis XIV avec une malice si perverse, que si on ne savait la chose par ailleurs, on se douterait à peine qu'il se venge d’une disgrâce personnelle,

Mais Chateaubriand, tout en étalant à chaque page ce ses “Mémoires d'outre-tombe” son égoïsme et son orgueil, a mis tant de passion dans son plaidoyer contre Bonaparte qu’on se sent parfois l'envie de croire que le grand Corse fut un petit homme auprès de Louis XVIII.

Fouché lui-même, l'ignoble Fouché, contre qui l'on est prévenu dès avant que d’ouv-ir son livre, accuse Napoléon d'inceste avec tant de candeur qu'on s’y laisserait prendre, si tous les autres historiens du premier Empire n'étaient là pour nous assurer que le premier policier de l'Empereur fut une canaille.

Et tout cela se conçoit: plus un récit est sujet à caution, plus l’auteur doit s’appliquer à le rendre plausible.

S'il est permis de comparer aux grands hommes les hommes... moins grands, tel n’est pas le procédé de M. Charles Langelier; on dirait que M. le shérif de Québec, non content de nous servir du réchauffé, a voulu afficher son parti-pris à chaque page, et en traits si éclatants, que nul ne püt n’en être pas frappé.

* Prenons d’abord la centaine de pages qu’il consacre aux luttes politico-religieuses, et qu’il semble re-

garder comme la partie la plus importante de l'ouvrage.

Je ne perdrai pas de temps à discuter s'il est juste d'accuser tout le clergé Canadien-français d'avoir combattu pendant trente ans le parti libéral, quand on invoque précisément contre tel ou tel évêque de l'époque, en faveur de ce parti, l'autorité de Mgr Taschereau, archevêque puis Cardinal ; quand on peut rappeler avec orgueil que l'avocat qui le premier fit valoir dans une Contestation d'élection l'argument de l'ingérence cléricale, M. François Langelier, resta. avec l'autorisation du clergé, professeur de droit à l'université çaholique de Québec.

Fermons les Jeux sur ces légères contradictions.

Hâtons-nous ‘de reconnaitre que dans sa lutte contre le libéralisme religieux, le clergé canadien attaquait souvent “tous et chacun des partis politiques «ui s'appellent libéraux,” ce que les Instructinns du Saint- Office, confirmées par le cardinal Siméoni au nom de Léon XIII, devaient interdire le 15 septembre 1881 ; qu'il était temps que la Cour romaine s'émût, quand un brave homme ne pouvait se porter candidat “libéral modéré” dans une élection étrangère à toute question religieuse, sans qu'aussitôt l'évêque écrivit aux fidèles, ou plutôt aux électeurs :

“Notre Saint-Père le Pape, et après lui tous les “archevêques et évêques de cette province, ont déclaré “que le libéralisme catholique devait être abhorré “comme la peste: aucun catholique n'a le droit de se “dire un libéral modéré, et partant, ce libéral modéré “re peut pas être élu POur représenter des catholi- “ques.” (Lettre de M gr Bourget à propos de ja candidature de M. Fortier dans le comté de Chamblv.\

Remerçions franchement la Cour romaine d'avoir extirpé de notre pays l'espèce de folie mystique qui

faisait écrire au Journal de Trois-Rivières en parlant des progrès du libéralisme au Canada:

“La femme deviendra l'esclave et la chose du “mari brutal, comme cela était avant que le prêtre “n'eût effacé de son sang ces articles de la législation ” païenne ; le père aura le droit de vie et de mort sur “son enfant.” Etc. etc.

Et venons-en tout de suite à la question bien autrement sérieuse c'e savoir si le parti libéral canadien, en SUpposant générale l'hostilité dont il souffrait, a remporté sur le cléricalisme, dans la province de Québec, la victoire décisive que prétend l'auteur des “Souvenirs politiques”.

Sur ce point encore, nous n'aurons qu'à citer M. Langelier contre M. Langelier.

L'auteur écrit (pp. 39 et Suiv.) à propos du fameux discours prononcé par M. Laurier à Québec le 2 juin 1877:

Il fit voir que c'était du développement des inst'tutinne représentatives qu'étaient sortis les deux principes Libéral et Conservateur, qu'il n'y avait rien dans le libéralisme que nous professions qui fût de nature à alarmer lLelise ou La foi religieuse de qui que ce soit.

... M. Laurier venait d'ouvrir une ère nouvelle dans natre politique; il avait, d’un souffle, d’un coup de maître (sic). dissipé tous les vieux préjugés, terrassé l'hydre du fanatisme et représenté le parti bbéral sous ses vraies coul urs. La conscience timorée de bien des libéraux sè sentir srulagée en constatant que ce parti qui avait subi tant d'anathèmes méritait le respect de tous les bons citoyens et pouvait marcher le front haut.

Pages 165 et 166, il écrit, après avoir cité une déclaration nettement catholique faite par M. Mercier dans un banquet offert par les libéraux de Québec à M. Plake:

C'est à partir de ce moment que le clergé commença à s'apercevoir que les hommes qui dirigeaient le parti libéral vnlnient bien ceux qui conduisaient la barque conservatrice. (Ce fut le commencement de la réhabilitation d'un parti ostracisé depuis tant d'années.

Ailleurs (nage 276) il commente ainsi une fête offerte par les Jésuites à Mercier après le recouvrement de leurs biens :

lation trop sincèrement catholique pour ne pas entend'e sans être émue des appels qui s’adressaient à ses sentiments les plis chers. Quel travail herculéen n'avait-il pas fallu accomplir pour faire disparaitre les malentendus et faire comprendre ure bonne fois que l’on peut être bon libéral ct excellent

En faut-il davantage pour démontrer qu'avant 1889 (les “Souvenirs” ne vont pas plus loin) le groupe libéral canadien-français ne put tricunpher aux urnes qu'après avoir dépouillé tout ce qui le distinguait du parti conservateur sur le terrain religieux, et que, partant. M. Langelier devrait tout au moins préciser ce qu'il entend par la défaite du cléricalisme dans les élections canadiennes ?

* Même absence complète de logique ou de bonne foi dans l'appréciation de tous les autres événements. En 1878 c'était un gouverneur libéral qui renvoyait d'office un cabinet conservateur. En 1892 un

SOuverneur conservateur congédiait un ministère libéral. Les motifs invoqués étaient à peu près identiques dans les deux cas. De fait, il est peu d'esprits Justes, aujourd'hui, qui n'admettent que M. Letellier et M. Angers furent également excusables ou également condamnables. I] n'y"a plus guère que les ignorants aveuglés par la passion politique qui fassent un crime à celui-ci de ce qui leur paraît chez l'autre : courageux accomplissement d’un pénible devoir,

Pour M. Langelier, Letellier est un héros et M. Angers un forban.

Letellier, écrit-il à 1a Page 121, aurait pu couler des jours heureux à Spencer Wood, s’il avait voulu adopter la politique du “laisser faire” mais cela n'était ni dans Sa nature, ni

a + LE . , + , dans ses goûts. Il n’a Jamais voulu admettre la théorie qu'un Lieutenant-Gouverneur est une simple machine à Signer. /1 at'ait une idée plus élevée des importantes fonctions qu'il remblissait.

Deux pages auparavant, il écrivait :

seur. En 1892, en effet, il occupait à son tour le poste de Lieutenant-Gouverneur à Québec: il n’hésita point à renvoyer le gouvernement Mercier qui venait de sortir des élections avec une grande majorité. 11 lui refusa même la con-

Et comme si la raison de sa partialité pour Letellier n'était pas assez évidente, il écrit (age 123) : On peut donc dire que c’est M. Letellier qui a sérieuse-

ment commencé l’œuvre de la libéralisation de la province, laquelle a été complétée plus tard par M. Mercier.

Plus tard encore (p. 131), il dira à propos de la chute du cabinet Joly, M. Robitaille étant gouverneur :

C'était la fin du drame politique qui se continuait depuis près de deux ans. Que faire avec un Lieutenant-Gouverneur qui se prêtait aux menées sournoises des adversaires de ses ministres, avec une majorité décidément hostile dans le gouvernement fr<éral?

Comme si ce n’était pas là, précisément, l’accusation portée contre Letellier par ses contemporains!

Page 120, il qualifie de traitres les cinq députés libéraux qui abandonnèrent M. Joly pour mettre fin, disaient-ils, à la crise produite par l'hostilité du Conseil législatif ; et il ajoute, page 131:

Quand on a suivi un chef qui tombe, il ne reste qu'une chose à faire à ses Compagnons de fortune, c'est de tomber avec lui.

Deux pages plus loin (1 33), la chute de M. Joly lui inspire cette morne réflexion :

.. Malheureusement cet esprit de parti qui nous a fait tant de mal a brisé ce gouvernement pour satisfaire, non pas les légitimes ambitions, mais les appétits d’un petit nombre.

Page 163, nouvelle lamentation sur l'esprit de parti, inspirée celle-là par l'échec du projet de coalition :

Ainsi finit cette tentative d'alliance qui aurait peut-être groupé ensemble tous les Canadiens-Français et leur aurait assuré une influence prépondérante,

Enfin, il rendra un dernier hommage à l'indépendance en parlant du mémorable mouvement politique

de 1885:

Pour permettre à tous les Canadiens-Français de s'unir sans * froisser leurs susceptibilités Rolitiques, on fonda un nouveau Parti qu'on appela le parti National.

Dès la page 14, d’ailleurs, il nous montrait avec M. Hanotaux “le citoyen indépendant écarté des emplois publics, la fidélité et le mérite suspects, l'envie, la haine, les partis Pris, écartant les meilleurs”. Et il ajoutait

L’honnête homme cède: il plie; il rentre dans le silence. Æ maître ne dit plus comme l’ancien despote : “Vous penserez Comme moi ou vous mourrez”, il dit: “Vous êtes libre de ne point penser ainsi que moi; mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous. Vous garderez vos privilèges dans la cité mais ils vous deviendront inutiles; et si vous briguez le suffrage de vos concitoyens, ils ne vous l’accorderont point, et : vous le leur demandez, ils feindront encore de vous le reuser,

Et ainsi de suite jusqu’à la fin. Partout où le contrôle est possible, on Surprend l’auteur en flagrant délit de partialité, ou de quelque chose de pis. 11 s’éton. ne, Ou feint de s'étonner, que le clergé ait approuvé en 1867 un plan de confédération arrêté entre Brown et Cartier—comme si cela ne Prouvait pas que le clergé, hors des questions religieuses, n'avait pas de préférences politiques. Un emprunt de trois millions et demi à 4 pour cent, effectué par Mercier, lui paraît “un succès financier énorme” (page 293). II qualifie de “spirituelle parodie” la platitude suivante, sortie d'un Coco anonyme que, par modestie sans doute, ji! désigne sous le nom plutôt vague d’un de nos'ar. (p. 84) : .

LA TAXEUSE

L'ex-gouvernement ayant gaspillé oute l’année,

Se trouva fort dépourvu Quand le temps de siéger fut venu :

Pas une seule petite parcelle D'argent du pays dans l’escarcelle, Il déclara frinine A l'opposition, sa voisine, La priant de lui laisser poser Quelques taxes pour subsister Jusqu'à l'élection nouvelle “Il les enlèvera, lui dit-elle, ma belle, Avant l'élection, foi de brutal,

n vue de politique capital.” L'opposition est très soucieuse :

our l'intérêt du pays, il le faut.

“Qu'avez-vous fait de vos capitaux ?

“Dit-elle à cette taxeuse, “Nuit et jour avec tout partisan “J'en jouissais, ne vous déplaise.” “Vous jouissiez : c’est prouvé par le malaise, “Eh bien! crevez maintenant.”

M. F.-X Lemieux est à ses yeux un jurisconsulte éminent et un profond magistrat (p. 82).

- À maintes reprises il dénonce améèrement les influences matérielles que le parti libéral eut à vaincre pour arriver au pouvoir :

Ces hommes courageux avaient alors contre eux non seulement l'influence des gouvernements, mais aussi, celle du haut commerce, de la finance... (P. 12)

Oui, dans ce temps-là, la haute finance, les banques, les grandes compagnies de chemins de fer et de navigation, les manufacturiers, les marchands de bois, tous ceux qui étaient attachés au pouvoir ou qui en espéraient quelque chose, toutes ces classes formaient une armée compacte, une organisation puissante contre le parti libéral. Les fraudes électorales les plus formidables étaient commises avec impunité.

Mais il ne dit pas que ces mêmes influences se sont mises au service du parti libéral dès qu'il a été installé au pouvoir.

Il répondra sans doute que son livre finit en 1889. Mais alors, à quel mobile a-t-il obéi en sortant de son cadre pour nous parler tour à tour du pont de Québec, de l'augmentation des subsides fédéraux, du livre de Mg: Fèvre sur Jules-P. Tardivel, et—je vous le donne en cent, je vous le donne en mille—de la navigation d'hiver ( 11)?

Je pourrais pousser beaucoup plus loin mes observations sur l'esprit de l'ouvrage; mais en voilà amplement assez pour montrer quel droit, ici encore, M. Langelier avait d'écrire dans sa préface :

Je me suis efforcé d'être juste pour mes anciens adver- Saires, généreux pour mes EnnemIs, impartial pour tous. S'il ir’est arrivé d’être injuste, ;e serai le preraier à le regretter.

Par les copieux extraits que j'ai déjà cités, et même par ce que j'ai dit du fond, l'on a pu se faire une idée de la composition et du style. L'on imagine bien, en effet, Comment doivent se lire des mémoires censés finir à 188 et où, par exemple, le texte d'un long rapport parlementaire sur la possibilité de la navigation d'hiver sert de prologue à un panégyrique de M. Raymond Préfontaine. |

L'on imagine bien aussi quel effet doit produire une tranche, ici et là, du cardinal de Retz, de Tocqueville, de Hanotaux, dans un livre de “Souvenirs” qui accouple le pont de Québec à Mgr Fèvre, M. Gouin au brise-glace le “Montcalm”.

Malgré les airs parfois prétentieux de son livre, M. Langelier semble avoir voulu démontrer qu'il n’a

pas plus de mesure dans les mots que dans les idées. On dirait une gageure,

IT embouche la trompette lyrique pour nous présenter des hommes très estimables, mais incontestablement médiocres ; tels MM. Pierre Bachand et D.-A. Ross, des ministres de 1878 dont personne ne se rap-

pelle plus le nom.

Il écrit (p. 199) à propos d'un discours prononcé par Mercier en septembre 1885 à Saint-Laurent de Jacques-Cartier :

Quelle formidable harangue! quel Puissant plaidoyer! On croirait relire les, fameuses catilinaires de Cicéron.

Les ouvriers employés à la construction de certain édifice public s'étant mis en grève, et l'un d'eux ayant été tué par la troupe, cet événement lui remet en mémoire le mot de Salluste :

Toujours dans la cité ceux dont les ressources sont nulles haïssent les bons, exaltent les méchants, détestent les choses anciennes en haine de leur propre situation, appellent de tous leurs vœux un bouleversement universel, et se repaissent sans inquiétude de troubles et de séditions parce qu'il est aisé à l'indigence de se retirer d'affaires sans rien peidre,

Et quand, arrivé au bout du volume, le lecteur cherche, ahuri, la page rédemptrice qui couronne beaucoup d'ouvrages médiocres, les pieds lui glissent soudain, et avant qu'il n'ait eu le temps de reprendre son équilibre, il est emporté au-dessous de tout—pour être topographiquement exact: au plus creux de la Basse-Ville de Québec—dans l'éboulement de la T'errasse Frontenac. Cette fin de volume fait penser aux “morceaux choisis” du Nationaliste; je me croirais en conscience de ne la pas reproduire :

. Le dernier incident de cette année qui mérite d'être mentionné, c'est l'éboulis qui se produisit au bout de la Terrasse qui touche à ,a Citadeile, le 2 Septembre, et qui causa la

Un point, c'est tout; “finis”, Au prochain tome !

* Quelques phrases donneront maintenant une idée des connaissances philologiques et grammaticales de l'auteur :

Il porta devant la Cour Suprême le jugement du juge outhier qui fut renversé. (P. 36)

La péroraison de ce discours esc aussi belle, aussi éloquente que celle prononcée par M. Chauveau à l'inauguration du monument des braves, et comme elle un chef-d œuvre d'éloquence. (P. 40)

Jamais on avait entendu une si mâle éloquence, (P. ai) . Du reste, ils l'ont bositivement nié Personnellement, (P. 63) Le magasin de M. J--B. Renaud fut défoncé et mis à sac par les émeutiers. (P. 101) En principe, ‘“’opbosition n’était Pas opposée à la vente. ….

Je ne connais Pas #n homme politique qui restera autant que lui ancré (11!) dans le souvenir des foules. CP. 191)

O de Retz! O de Tocqueville ! O Hanotaux! O... Salluste !

Mais pour la troisième fois, en voici, n'est-ce pas, Surabondamment assez.

Nous avons donc vu:

1° Qu'à part deux pages sur la nomination du cardinal Taschereau, l'ouvrage de M. Langelier ne contient que des rabâcheries :

?* Que l'auteur ne prend pas même la peine, ou n'est pas même capable de dissimuler une passion politique digne non pas d'un lieutenant, mais tout au plus d'un caporal ignare ct butor, par le ton qu'elle prend et la façon dont elle se traduit :

3" Que le style est celui d'un geolier qui voudrait faire des lettres.

Est-ce à dire que la lecture de ce livre n'offre d'intérêt que pour les amateurs de curiosités politiques ou littéraires ?

Non, certes, et l'on va s'en Convaincre à l'instant.

* D'abord, les mémoires de M. Langelier proclament un fait déjà assez connu, mais qu'on ne trompettera jamais trop: Savoir, que la famille Langelier a beaucoup souffert de l'ingratitude des hommes en général et des ministres libéraux en particulier.

Il y a des gens dont la misère augmente à mesure que leurs revenus s'accroissent. Tel, par exemple, ce brave homme qui parlait constamment de ses sacrifices aux intérêts de la patrie alors qu'il gagnait cinq mille piastres Par année comme secrétaire d'une grande ville, et qui, admis à cumuler avec cette charge celle de sénateur, menace de verser dans le désespoir.

Je disais au commencement de cet article que de fil en aiguille et de poire en fromage les trois frères Langelier avaient fini par décrocher, l'un la présidence de la Cour Supérieure à Québec, un autre le shérifat de Québec, un troisième, la direction des services forestiers de la province de Québec. Eh bien! ces braves gens sont profondément malheureux, et cela se voit presque à chaque page des “Souvenirs”. M. Charles Langelier pardonne tout, excuse tout chez ses anciens chefs—son ancien chef, devrais-je dire, puisqu'il n’en reste plus qu'un dans la politique active: M.

Laurier—oui, il leur pardonne tout, excepté la manière dont ils ont traité la famille Langelier,

. Ceux-là, trop loin des événements pour les avoir vus, trop près pour les juger, ne savent pas, ne sauront jamais peutetre, avec quel respect, avec quelle piété leur reconnaissance devrait se retourner vers ces vieux libéraux qui préparèrent le triomphe futur de leur parti. (P. 12)

Ce témoignage de courage, d'indépendance, rendu par un aav:rsaire (le Canadien), M. F. Langelier l'a bien mérité. Il est facheux que ceux qui avaient tant bénéficié de ses luttes n'aient pas su reconnaitre ses services lorsque l'occasiou s'en est offerte, (P. 8r)

Que les partis politiques sant ingrats! ils ne savent reconnaitre que les services actuels: ceux rendus dans le passé ne comptent plus, on les oublie afin d'avoir moins de scrupules à ne pas les récompenser! (P. 123)

C'était (Pitre Tremblay) un honime personnel (sic), une nature fortement trempée, un caractère comme il s’en rencontre rarement. Comme il aurait condamné certaines compromissions et certaines palinodies dont nous avons été témoins! (P, 125)

Quand on vous le disait, qu'ils sont malheureux !

* Le livre nous fournit aussi les éléments d'une piquante comparaison entre le ton des discussions politiques aujourd'hui et autrefois.

Avons-nous assez souvent, en ces dernières années, entendu des hommes politiques qu'on accusait vaguement de malversation—et qui ne sont pas tous inconnus à M. Charles Langelier—se tourner vers leurs accusateurs le front chargé d'éclairs et leur crier d'une voix de tonnerre: “Misérables ! ayez donc au moins le courage de préciser!” Dans les mémoires de M. Langelier, on accuse beaucoup, mais on ne précise jamais; et cela est d'autant plus symptomatique que cet ancien ministre a eu des années de loisirs pour

réunir ses preuves et que, dans la plupart des cas, il n'aurait plus à craindre les poursuites, les accusés étant morts.

M. Ruggles Church, devenu trésorier voulut assurer le parachèvement des c’.emins de fer du Nord et de Colonisation. Pour cet objet les Chambres l'autorisèrent à faire un second emprunt de $4,000,000. On comprend quel a pât fut pour les spéculateurs a Perspective de ces grandes épenses d'argent. Des députés et des ministres avaient des intérèts dans ces chemins de fer. (P. 50)

On y entrainait (chez Sénécal) les députés que les discours n'avaient pas reussi à convaincre, et, quand ils sortaient de là, leur opinion était bien formée, (P. 112)

L'auteur ne ménage pas même la magistrature, et malheureusement, ce qu'il dit d'autrefois inspirera peut-être des rapprochements coupables aux journalistes politiques qui depuis quelque temps ont eu affaire aux tribunaux de la province de Québec.

Les juges qui tenaient leur nomination du parti au pouvoir mettaient une coupable complaisance à absoudre ceux qui s'en constituaient les apôtres. La presse conservatrice répandue dans tout le pays défendait tous ces abus. (P. 13)

Les personnages que l’auteur met en scène ne précisaient pas davantage, ni ne respectaient davantage la réputation des hommes publics.

M. François Langelier, aujourd'hui sir François Langelier, président de la Cour supérieure à Québec, l'éminent magistrat qui ces jours derniers, dans un jugement, dénonçait avec indignation l'âpreté de nos discussions politiques, disait en 1884 dans un discours, assez éloquent d'ailleurs, rapporté par son frère à la page 204 des “Souvenirs” :

“ Votez pour ui vous voudrez, je ne veux pas “vous en faire de reproche à l'avance. Les soucis de

“la cabale électorale disparaissent à mes yeux devant ” l'image de notre malheureuse province, déjà plus qu'? “moitié minée par des dilapidateurs qui se font un jeu “ d'exploiter la confiance populaire...

“ J'ai trop vu de talent déployé en vain, d'énergie ” épuisée au service de la cause populaire ; j'ai d'autre “part trop vu de trahisons, de vénalité; j'ai trop vu " de cette démoralisation qui nous tue, contre laquelle “viennent se ruer en vain les meilleures raisons, la “plus sainte justice, l'éloquence la plus sincère, pour “croire davantage au salut du pays... à moins que le “peuple ne se réunisse lui-même à nous dans un com- ” mun effort pour se débarrasser du joug honteux qui “pèse sur lui!...

” IT suffit de quelques voix achetées pour composer “une faible majorité à un parti décidé à tout pour em- “pêcher qu'on ne fasse la lumière sur ses infamies. Les © misérables qui se vendent ainsi ne songent peut-être “ pas, quand on leur donne dans l'ombre le prix de “ leur honte, que pour chaque piastre ainsi gagnée, ils “ s'exposent, et non seulement eux-mêmes, mais tous “les électeurs, à s'en faire arracher dix par ceux qui “les gour'ernent en les corrompant!...

“Il y a dans l'Assemblée Législative une majorité “sert ile, aveugle et sourde, fidèle image de la majorité “ fourvoyée par l'argent et le préjugé qui l'a élue.”

M. Tarte écrivait dans le Canadien, sur la vente du chemin de fer du Nord:

“IT y a tout grand ouvert un comptoir pour le ” commerce des consciences.”

M. Laurier disait en septembre 1881 à Mégantic, en parlant du cabinet Chapleau :

“Ce serait déshonorer le nom de gouvernement que d'appeler de ce nom ceux qui nous gouvernent ; le

tléitriibrise

“nom qu'ils méritent c'est celui de la rapine et du pil- “lage organisés.” (P, 160)

Vers la méme époque M. Laurier publiait son célèbre article des “Quarante voleurs”, où il accusait de brigandage ministres et députés, Cité en cour crimiñelle, il ne prouva qu'à demi ses affirmations, bien que tout le monde dans le parti libéral et beaucoup de monde hors du parti libéral fût convaincu qu'il avait dit vrai.

Et cet article de M. Laurier, soit dit en passant, était dans le ton ordinaire de la polémique, comme nous le savions cCéjà, mais comme nous aimons en trouver l'aveu dans cette phrase de M. Langelier, lequel était alors avec son frère François, si je ne me trompe, un des principaux collaborateurs de l'Électeur :

Le malheureux Sénécal (sic) était le moins ménagé dans les dénonc'atiens de Ja presse libérale, Lile Le traitait ouvertecment de z'olcur, de Pirate, etc, cte. (P.143 )

Ce qui démontre bien que, pour déplorer la li- Lerté d'allures de la presse politique d'aujourd'hui, il faut être d'une insigne mauvaise foi, se laisser aveugler par la passion politique, ou ne pas savoir ce qui se passait dans la province de Québec il y a vingt-cinq ans ; et je connais certain journaliste à qui cette constatation fait rudement plaisir,

*Chose non moins curieuse, ce livre écrit pour glorifier le parti libéral dans le tort comme dans le droit sera, sur plus d'un point, un véritable évangile pour ceux qui à l'heure actuelle, parmi nous, prèchent l'indépendance d'esprit à la jeunesse.

[ls y verront qu'à Saint-Roch de Québec, autrefois comme aujourd'hui, mais pas au profit du même parti,

“des assommeurs soudoyés empêchaient les orateurs de se faire entendre” (5); et cela les confirmera dans la conviction que les pierres et les œufs pourris ne sont pas nécessairement un argument irréfutable.

Ïs y verront, au chapitre des cabinets Chapleau, Mousseau et Ross, qu’un parti forcé de jeter ses chefs par-dessus bord durant la bataille est déjà voué à la défaite ; et cela les armera d’un nouveau courage contre la majorité servile qui dans les parlements répond à leurs raisonnements par ses charges silencieuses de bête énorme et stupide.

Mais ils y verront surtout quelles réserves d’abnégation et de dévouement renferme encore l’âme du peuple canadien-français.

Ce qu'ont été, à très peu d'exception près, les hommes politiques de cette génération, l’autobiographic même incomplète et—il est bien permis de le croire— même flattée, de M. Charles Langelier, nous le montre avec un réalisme tristement éloquent. Rarement homme s’est déprisé autant, et : vec une aussi belle inconscience, On dirait que toute sa carrière s'est déroulée entre Québec, le Château-Richer, Saint-Joseph de Lévis et Sillery ; Sauf pour un voyage électoral en Gaspésie, il ne sort

Mettons les “nationalistes” à la place des “libéraux”, le “Soleil” à la place du “Journal de Québec” et du “Courrier du Canada”, et ne croirait-on pas voir un tableau de la situation politique dans la région de Québec en l’an de grâce 1907? Les assommeurs ne sont plus du même ‘‘bord”, voilà tout: l'éducation politique du peuple est restée à peu près la même.—O. A.

pas une seule fois de ce tt ‘âtre, où l'esprit d'un joueur de dames serait à l'‘roit. On cest tenté de lui appliquer ce mot du raitre écrivuin Barbey d'Aurevilly à propos d'un cu.itre beauco 1p moins cuistre que le shérif actuel de Quebec : ‘Un smbilic à regarder, ce n'est pas le tour du monde, quand vous le prendriez dans la panse même de Falistaff.” Et quels exploits que les siens! A un électeur qui lui demande “s'il est vrai que Sénécal a volé autant qu'on le dit”, il répond sans Eroncher : “Certainement.” I] scudoie Lemelin et le paie pour lui faire, au risque d'une effusion de sang, jeter le désordre dans une assemblée pub'ique: et vingttrois ans après, au soir de sa vie, à l'heure où, chez la plupart des hommes, le passé se dessine plus net sous une conscience plus claire, non seulement il se glorifie de cette vilenie, mais il se croit tenu d'en faire une part à son parent le plus proche, sir François Langelier, et à ses amis les plus intimes, sir Alphonse Pelletier et François-Xavier Lemieux (6). Et lui aussi, il a été ministre! Et-lui aussi, il a été à son heure un des chefs de la race canadienne-française !

Re (6) Pour qu’on ne me soupçonne pas d’exagérer, je laisserai l’auteur nous raconter lui-même le fameux incident de Sillery:

“M. Torte ft convoquer pour le 19 février une assemblée à Sillery à laquelle Sir Adolphe Caron, Sir John Thompson, M T. Chase Casgrain et M. Tarte lui-même devaient prendre part. C'était une réponse au défi porté aux ‘“‘pendards’”’ par ‘“l’Electeur’, d'essayer de tenir une Assemblée dans notre district. Il fallait à tout prix l'empêcher d'avoir lieu. Dès que la chose fut connue SIR ALPHONSE PFTTATIER, MM. FRS LANGELIER, Ernest Pacaud, F. X. LE. MTÆUX et moi-même, nous nous réunimes pour décider quel par'i piendre. APRES DELIBERATIONS, JE FUS DELEGUE AVEC

d LE FUT EFFECTIVEMENT. “La sainte, dit-il en recevant l’argent, je vous promets que les ‘‘pendards” ne parleront point.” Il tint parole; l’assemblée fut un fiasco monumental qui ôta aux pendards l’idée de répéter l'aventure.

36 LES “SOUVENIRS” DE M. LANGELIER IT écrit quelque part dans ses “Souvenirs”:

C'est donc le coup d'Etat de M. Letellier qui m'a jeté dans la politique et qui m'a ouvert pour la première fois les portes du parlement. J'étais jeune alors, trop jeune méme : c'est une erreur d'entrer au début de sa carrière dans l'arène politique, cette “fournaise” comme Chapleau l'a un jour appelée. On ne possède encore ni les connaissances, ni l'expériences nécessaire pour jouer un rôle: et, cette vie si agitée, si passionnante, entourée des nombreuses distractions qui en sont le cortège inévitable éloigne de l'étude. La politique est une science comme les autres qu'il faut étudier, qu'il faut apprendre. (Pp. 79 et suiv.)

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“La manière dont Lemelin s’y prit pour briser cette assemblée est trop amusante pour ne pas être racontée.

“Sir Adolphe Caron et ses partisans avaient choisi pour le théâtre de leur exploit, la maison d'école, une bâtisse avec des chässis très hauta dont les carreaux étaient tout petits. Il va sans dire qne les amis de Sir Adolphe s’attendaient à du bisbille (sic) et qu’i's s'étaient préparés en conséquence. Les nôtres n'étaient pas très pressés de pénétrer dans cette salle, sachant bien l’accueil qu’il leur serait fait, Soudain, le père Lemelin eut UNE IDÉE LUMINEUSE qui décida de la victoire. Le long de l’école se trouvait une cordée de bois re poële, débité (sic) en petits quartiers; il en distribua deux ou trois à chacun de ses hommes avec instructions de LES JETER DANS LES FENETRES dès qu'il en donnerait le signal. Tous ces quartiers de bois lancés ensemble produisirent UN EFFET M ÉRVEILLEUX, les vitres se cassèrent avec fracas, on aurait dit que la bâtisse elle-mêmr allait s’écrouler. Bref, la panique fut telle que chacun se sauva à qui mieux mieux, les gens de Lemelin se joignant aux autres dans le sauve qui peut pour arriver jusqu'à leur carrioles qui avaient été Jaissées à distance. Le “général” Lemelin avait pris d'assaut la forteresse bleue à coup de... quartiers de bois et sans effusion de sang!”

Un juge auébecois, M, McCorkill, qui, en l’occurence, jugeait en faveur d’un de ses collègues libéraux de la veille, condamnait la “Patrie” l’année derniere Pour avoir dit sur la foi de M. Bourassa que M. Alexandre Taschereau avait été l’un des fauteurs des désordres du 5 août 197. Qui n'eprouverait un innocent plaisir à voir cette affaire ramenée devant nos tribunaux avec sir François Langelier, président-suppléant de la Cour supérieure, son collègue Lemieux et sir Alphonse Pelletier, gouverneur de Ja province, dans le rôle de demandeurs, et, comme défendeur, M. Charles Langelier, frère de sir François et grand officier de Dame Justice à Québec? Peu importe que les événements remontent à 1886; tous les personnages mis en cause, à l'exception d’Ernest Pacaud, sont encore vivants, ct puisque la Justice estime déshonorant de susciter du désordre dans une assemblée publique, ils devront revendiquer leur honneur, ou :1l faudra prendre pour acquis que même dans l’âge mür la passion politique, don, heureusement, ils se sont purgés depuis, leur faisait commettre des actes peu honorables, sinon tout à fait déshonorants.—O. A.

Combien de compagnons d'armes de M. Langelier ne pourraient-ils pas en dire autant Combien de ces Roumestans de petites villes, qui sacrés génies oratoires à vingt ans en petite chapelle pour quelque bonne gueulade de club, ont passé, entre de maigres fonctions ministérielles maigrement remplies, les trois quarts de leurs jours au même cercle, à se chauffer du même scotch en écoutant les mêmes platitudes dites par Les mêmes bourgeois bornés et gourmés, et qui, tombés en la lie d'un pot-de-vin éventré par l'adversaire dans leurs bras où dans ceux de leurs amis, se ramassent comme ils peuvent, et consacrent la fin démésurément longue de leur vie à écrire en petit nègre leurs carrières tristement drôles d'opéra-bouffe !

Is n'étaient pas tous ainsi. Quelques-uns

Etaient partis Pieds nus dans l'herbe humide et vive, Le coeur pur, la chair Vierge et les veux innocents: Toute une aube en frissons se levait dans leurs âmes. . .

Et parmi ceux-là-—est-ce un reste de piété pour une des adorations de ma prime jeunesse ?—parmi ceux-là, je ne puis nommer sans émotion celui qui s’écriait en 1877 à Québec :

“J'en ai la conviction. j'en ai la certitude, si nos ‘idées sont justes, comme je le crois, si nos idées sont “une émanation du vrai éternel et immuable, comme je “le crois, elles ne périront pas : elles peuvent être reje- “tées, honnies, persécutées, mais un jour viendra où on “les verra germer, lever et grandir, lorsque le soleil “aura fait son œuvre et suffisamment préparé le ter- “rain.”

Même pour les meilleurs, cependant, la fascination du pouvoir a été si forte qu'ils ont oublié de définir ces idées qui sont “une émanation du vrai éternel et immuable”,

Quoi qu'en pensent les naïfs, les partis politiques n'existent pas parce qu'ils sont utiles au bon gouvernement d'un pays : fatals comme les divergences d'opinion qui les engendrent, ils sont utiles comme elles, mais ils ne sauraient leur survivre sans devenir un danger pour la chose publique par l'appoint qu'ils fournissent aux intrigues des coteries et aux ambitions personnelles des chefs. Il y 4, pour assurer la stabilité du gouvernement, tn autre moyen que d'ériger les partis en factions - près l1 solution des problèmes qui les ont fait naître : c'est «le les laisser se former et se réformer—par la libre affirmation des opinions et le libre jeu des tendances—autour des questions qui ont le plus de chances de durer comme importance et comme intérêt, et d'abandorser les autres sujets au jugement individuel du citoyen et du député.

Et si cette digression ne devait m'entrainer hors du cadre de cette brochure, je montrerais que le peuplement du pays par l'immigration, le régime économique des chemins de fer, l'exploitation des richesses naturelles, les relations du Canada avec la métropole, l'autorité de l'Etat fédéral en matière scolaire, sont autant de problèmes, en notre Pays, qui auraient pu ou qui pourraient tour à tour, suivant l'importance ou suivant l’urgence qu'ils emprunteratent aux événements, donner lieu à des formations politiques nouvelles. Je montrerais aussi que, la constitution ayant assigné au pouvoir fédéral et au pouvoir provincial des ressorts différents, il n'y a pas de raison pour que les formations politiques soient les mêmes dans les deux sphères, et il y a encore moins de raison pour faire intervenir l'intérêt des partis fédéraux dans la discussion des affaires provinciales, et vice-versa.

Je le répète, même ceux de nos hommes politiques qui étaient entrés dans l'arène avec des intentions pures

ROMANS RE dr nr D

étant salsa ui; ai tin ne

et des desseins élevés, n'ont Pas pris la peine de définir leurs idées et leurs Programmes, mais ont, au contraire. compté uniquement sur l'ignorance et sur les préjugés Léréditaires du peuple. Sous prétexte de travailler à la paix intérieure du pays, ils ont écarté les controverses nécessaires, encouragé le mensonge, multiplié les malentendus et réduit l'opinion publique à se repaitre de personnalités. Depuis 1878, le parti libéral a changé de Programme avec le parti conservateur pour les choses fédérales, et sauf Mercier qui était, au sens Canadien-français du mot, plutôt nationa! ‘e, il n'y a pas eu à Québec un chef du cabinet de nom 1péral qui n'eût pu tout aussi Justement s'appeler conservateur—et vice versa.

Et pourtant, on se Contente toujours, dans notre province, des formations politiques de 1854.

Et pourtant, le peuple a toujours la foi ; les idées qu'on lui promettait qu'il verrait germer, prospérer e grandir”, il ne les a jamais vues, mais il continue à s'épuiser en luttes sauvages pour les hommes qui prétendent, nouveaux Moiïses, en avoir reçu le dépôt dans les ténèbres du Sinaï.

M. Langelier s’écrie en Parlant des chefs libéraux d'autrefois :

Lorsque l’on jette un coup d'œil vers ce passé trop oublié par la génération présente, l’on ne peut s'empêcher d'admirer la fermeté de ces libéraux, comme leur inaltérable fidélité à leurs principes. Ah! s'ils eussent voulu transiger, faire des compromis, des concessions, ils auraient pu arriver au pouvoir, aux honneurs. Ils ne l'ont point voulu et nous nous inclinons devant ces héros de notre cause.

Combien plus admirable a été la fidélité de troupes qui n'avaient pas comme les chefs, pour leur garder du cœur au ventre, l'espoir des offices et des honneurs, et qui, déguenillées, manquant de pain, se battaient

pour un drapeau qui à leurs yeux portait dans ses plis l'avenir même du pays! Et quel bon Canadien ne souhaïtera de voir un jour tant de généreuse vaillance au service de principes limpides et justes, plus essentiels au bien national que la gloire transitoire d’un chef de parti!

M. Langelier éveillera ou fortifiera ce désir dans la poitrine des jeunes hommes d'aujourd'hui. Quel malheur pour lui qu'ii le fasse accidentellement, sans s'en douter, et que son livre n'en reste pas moins, malgré son prix élevé et malgré limprimatur officiel (7), un parfait chef-d'œuvre de gâtisme.

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e Québec n’a cru pouvoir faire rien de mieux que d’acheter—pour quel usage? on l’ignore

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