‹ Les stances;Chapitre 5 sur 7 · QUATRIEME LIVRE I I C · texte numérisé non relu

QUATRIEME LIVRE I I C

Tu me la dois enfin, cette faveur, ô Parque, Qui filas tous mes maux,

De songer à mon g-ré, balancé dans la barque Sous les feux des Gémeaux.

Puisque tu veux qu'ainsi me versent Tamertume

Calliope et Péan, Fais que mes yeux lassés soient baignés de Técume

De rimmense Océan.

Et puisque le laurier se flétrit sur mes tempes Et tombe grain à grain,

Sur ma tête fatale emmêle et tords les hampes Du pâle lys marin.

OUATRIEME LIVRE 121

Hymette, mont sacré, divinité vivante,

Mieux que l'humaine voix,

Mieux que le vent d'Auster qui répand l'épouvante Au plus profond des bois,

Tu me parlais avec la grâce de ta ligne Qui courbe tes sommets.

Et d'écouter le ciel, certes, j'étais plus digne Que je ne fus jamais.

0 héros, sur tes flancs la mort du jour imprime

Le plus clair orient, Car, comme un fruit pressé, Tâme sur toi s'exprime

Du rubis souriant.

Et pourtant, ce n'est pas la joie insidieuse D'une aimable couleur

Oui me rattache à toi, mais l'ombre pluvieuse Qui te vêt de malheur:

C'est par elle qu'ainsi le sens de ma nature

Au tien a répondu, Elle qui d'Apollon l'esprit plein d'imposture

A du coup confondu.

OUATRIEME LIVRE 120

Sunium, Suniam, sublime promontoire Sous le ciel le plus beau,

De Tâme et de Tesprit, de toute humaine gloire Le berceau, le tombeau !

Jadis, bien jeune encor, lorsque le jour splendide Sort de l'ombre vainqueur,

Ton image a blessé, comme d'un trait rapide, Les forces de mon cœur.

Ah! qu'il saigne, ce cœur! et toi, mortelle vue. Garde toujours doublé,

Au-dessus d'une mer azurée et chenue, Un temple mutilé.

QUATRIÈME LIVKE 120

Ptoses, en bracelet autour du tronc de l'arbre, Sur le mur, en rideau,

Svelte parure au bord de la vasque de marbre D'où s'élance un jet d'eau,

Roses, je veux encor tresser quelque couronne

Avec votre beauté, Et comme un jeune avril embellir mon automne

Au bout de mon été.

VJ

En dépit de mes maux, de la nuit de mon âme, Je me sens plus vivant

Que ne le fut jamais sur le brasier la flamme Quand Texalte un bon vent.

Misérable démon, qui t'attaches à nuire,

Pauvre facétieux, Tu vois bien qu'à la fin nous pouvons te réduire,

Et moi-même et les dieux.

QUATRIEME LIVRE I ZQ

Compagne de Téther, indolente fumée, Je te ressemble un peu :

Ta vie est d'un instant, la mienne est consumée, Mais nous sortons du feu.

lùO LES ST.VNCES

L'homme, pour subsisterj en recueillant la cendre,

Qu'il use ses genoux !

Sans plus nous soucier et sans jamais descendre,

Evanouissons-nous !

QUATRIÈME LIVRE l3l

Tu soufFres tous les maux et tu ne fais que rire

De ton lâche destin ; Tu ne sais pas pourquoi tu chantes sur ta lyre

Du soir jusqu'au matin.

Poète, un grave auteur dira que tu t'amuses

Sans trop d'utilité; Va, ne l'écoute point : Apollon et les Muses

Ont bien quelque beauté.

lo2 LES STANCES

Laisse les uns mourir et vois les autres naître, Les bons ou les méchants,

Puisque tout ici-bas ne survient que pour être Un prétexte à tes chants.

QUATRIÈME LIVRE l33

Coupez le myrte blanc aux bocages d'Athènes,

A Nîmes le jasmin ; A Lille et dans Paris, que les roses hautaines

Tombent sous votre main,

l34 LES STANCES

Aux Martiofues d'azur allez cueillir encore

La flore des étangs, Pour former la couronne, amis, qui me décore

Et me garde du temps.

QUATRIÈME LIVRE l35

0 monts justement fiers de vos pentes arides, 0 bords où j'égarais mes pas,

0 vagues de la mer, berceau des Néréides,

Que je fendais d'un jeune bras,

J'ai peur de vous revoir, mais c'est une folie :

Sied-il qu'un cœur comme le mien

Soit assouvi jamais de la mélancolie

De votre charme aérien ?

En cet après-midi si lourd — toujours j'y pense!

De mon affreux pressentiment, Lorsque je t'ai revue après vingt ans d'absence,

Mer, honneur de ton élément,

l38 LES STANCES

J'ai tressé de mes mains, d'amarante azurée Et de pavots, un chapelet,

Pour le jeter avec mon âme déchirée

Dans ton onde qui me parlait.

QUATRIÈME LIVRE iSg

Moi qui porte Apollon au bout de mes dix doigts, Je suis la fable du vulgaire ;

A Tordre un tel tribut, je l'ai dû, je le dois^ Ce jourd'hui, jadis et naguère.

QUATRIÈME LIVRE l^l

Je te sens sur mes yeux, lune, lune brillante Dans cette nuit d'été ;

Mon cœur de tes rayons distille l'attrayante Et froide volupté.

Si tu n'es plus Diane, et quand tu serais morte,

Tu g-uides bien mes pas Dans l'ombre et sur le bord de la tombe, et qu'impc

La vie ou le trépas !

OUATRIÈME LIVRE l43

Lorsque le pâle jour fuit avec ses mensonges, Lorsque tombe le soir,

Sur la pierre marine, Océan, que tu ronges, Je reviendrai m'asseoir.

l44 LES STANCES

Le mystère est en moi comme couve une flamme Dans un tas de sarments;

Je le ferai jaillir pour confronter mon âme Avec les éléments.

QUATRIÈME LIVRE ll^ô

Que je suis las de toi, Paris, et de Tautomne !

Que je languis souvent De voir le champ qui ploie et la mer qui moutonne

Au souffle d'un bon vent !

Mais quel philtre jamais, Paris, de quelle sorte, Me vaudra ta rancœur?

0 novembre, tu sais que c'est ta feuille morte Qui parfume mon cœur.

.OUATRIÈME Livn:j ilx']

J'écoule sur ma lèvre, ô voix cvrénéenne, Tes accents surhumains ;

Et quels faisceaux, brillant de l'eau castalienne. Débordent de mes mains I

l48 LES STANCr-.S

Mais vous m'étiez jadis, Muses, comme une forte Liqueur riche en chaleurs,

Et mon âme à présent n'est qu'une belle morte Gisante dans vos fleurs.

QUATRIÈME LIVRE l49

La coupe de douleur où je me désaltère, Douce comme le miel,

Emprunte d'ici-bas, certes, le caractère Le plus substantiel.

La vie est la fumée et la mort est son ombre ;

Intérêts, capitaux, Tout est dans la balance : il faut chercher le nombre

Oui règle les plateaux.

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